Étienne Wolf, président d’Alsace Habitat : « Les gens ne veulent pas se remettre en cause »
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Étienne Wolf, président d’Alsace Habitat : « Les gens ne veulent pas se remettre en cause »

actualisé le 09/07/2020 à 16h50

Le président du bailleur social Alsace Habitat réagit à notre article sur les souffrances au travail des salariés d’Opus 67, récemment fusionné avec la Sibar. Pour Étienne Wolf, aussi maire de Brumath, il n’y a ni problème de management, ni problématique d’effectif, mais des « gens qui ne veulent pas se remettre en cause ».

Suite à la publication de notre enquête sur les conditions de travail au sein du bailleur social Opus 67, Rue89 Strasbourg a sollicité une réaction du conseil départemental.

Pour rappel, Opus 67 et la Sibar ont fusionné le 1er juillet pour former la société d’économie mixte (SEM) Alsace Habitat. Le Département du Bas-Rhin détient 85% des parts de ce nouveau bailleur social. Étienne Wolf est président d’Alsace Habitat et vice-président en charge de la politique de l’habitat au conseil départemental. Il réfute toute problématique de sous-effectif ou de « management malveillant » chez Opus 67. Le maire de Brumath (Les Républicains) met plutôt la responsabilité sur les salariés et rappelle aux employés qu’Alsace Habitat est une entreprise : « Si vous n’êtes plus à l’aise, il faut partir. »

Étienne Wolf est président d’Alsace Habitat et vice-président en charge de la politique de l’habitat au conseil départemental. Le maire de Brumath rappelle aux salariés qu’Alsace Habitat est une entreprise : « Si vous n’êtes plus à l’aise, il faut partir. » (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Rue89 Strasbourg : Comment décririez-vous les conditions de la fusion entre les bailleurs sociaux Opus 67 et la Sibar ?

Étienne Wolf : Je ne comprends pas pourquoi on dit que la fusion ne se passe pas bien. Il faut savoir que les syndicats étaient contre cette fusion depuis le départ. Ils restent là-dessus. Mais c’est la loi ELAN qui nous impose de fusionner. On aurait pu raccrocher Opus 67 et la Sibar à une structure nationale mais nous avons préféré les garder à nos côtés, car ces organismes servent à appliquer sur le terrain la politique d’habitat du conseil départemental.

Un cabinet d’étude nous a accompagné pendant tout le processus de réflexion sur la fusion. Il y a eu des réunions entre les gens d’Opus et de la Sibar. Il y a eu des réunions où le conseil départemental était présent. Les services de l’habitat du conseil départemental étaient sur le terrain. Il y a toujours eu une opposition au niveau des syndicats, contre tout le travail de fusion.

« Deux structures complètement différentes »

Bien sûr, Opus 67 et la Sibar sont deux structures complètement différentes. Opus 67 est un office public gestionnaire de HLM. La Sibar, c’est une société d’économique mixte. La façon de travailler est différente. Chez Opus 67, vous avez une partie du personnel, plus de 70 sur les 150, qui sont des fonctionnaires. Ça n’existe pas à la Sibar.

Qu’est-ce que cette fusion va apporter aux salariés d’Opus 67 et de la Sibar ?

Il faut quand même savoir que les employés d’Opus 67 travaillent 10% de moins que les gens de la Sibar tout en gagnant 10% de plus qu’eux. Les employés d’Opus 67 ont 197 jours de travail par an, contre 217 à la Sibar. On a conservé dans la fusion tous ces avantages-là. Donc les bénéficiaires, ce sont les salariés de la Sibar.

Dans certains services, les salariés d’Opus 67 dénoncent un sous-effectif, des départs non-remplacés. Qu’en pensez-vous ?

Opus sort d’une situation où ils étaient favorisés. Quand on regarde sur l’ensemble des HLM, la Sibar a 13 emplois pour 1 000 logements et Opus en a 20 pour 1 000. Quand il y a eu changement de directeur, avant que Nabil Bennacer devienne directeur général, il y a eu chez Opus une augmentation de 9% du personnel. On a donc demandé à Monsieur Bennacer de réduire certaines problématiques chez Opus : les vacances locatives, les délais de traitement des réclamations, les insatisfactions des locataires et des collectivités partenaires… On avait donné cette mission à Nabil Bennacer, qu’il bouscule tout ça en arrivant, pour qu’on soit plus opérationnel.

Dans le rapport d’AD Conseil, le management de la direction générale est mis en cause à plusieurs reprises. Dans les témoignages récoltés par Rue89 Strasbourg, Nabil Bennacer est pointé du doigt. Comment réagissez-vous ?

Nabil Bennacer a fait pour Opus 67 un travail de réflexion avec les employés. On ne peut pas toujours satisfaire les demandes du personnel. À un certain moment, M. Bennacer doit aussi tenir les objectifs demandés par les élus du conseil d’administration.

En outre, M. Bennacer est directeur général à la Sibar depuis près d’un an. Or, je n’ai aucune démission, aucune réclamation de salariés de la Sibar. Je n’ai personne qui vient me voir parce que le directeur pose problème. Alors je ne comprends pas comment il donne satisfaction complète à la Sibar et pas à Opus 67.

Il y a quand même un rapport qui a été rédigé par le cabinet AD Conseil sur les risques psychosociaux au sein d’Opus 67. Cette étude est alarmante quant aux risques de burn-out et sur la charge mentale qui pèse sur les employés. Que pensez-vous de ce rapport ?

Je ne sais pas si les auteurs de ces rapports sont impartiaux.

« Nabil Bennacer a bousculé et ça n’a pas plu »

Le second rapport sur les risques psychosociaux vous semble-t-il aussi partial ?

Vous trouvez ça normal, pas plus tard qu’hier, j’ai reçu des courriers anonymes avec votre article. Ils demandent la démission de M. Bennacer. Moi, encore aujourd’hui, j’accorde toute ma confiance à Nabil Bennacer parce que je vois comment ça s’est passé à la Sibar, puis maintenant à Alsace Habitat. Les gens sont ravis. Il n’y a aucun problème avec les membres du comité social et économique.

Comment expliquez-vous cette différence de situation entre Opus 67 et Sibar avec un même directeur général ?

Au départ, Nabil Bennacer a dû remettre les choses à plat chez Opus 67. Il est venu à l’office public avec les objectifs qu’on lui avait donnés. Il a bousculé et ça n’a pas plu aux employés.

Est-ce que vous pourriez expliquer concrètement quels étaient ces objectifs où Opus 67 était vraiment à la traîne par rapport à la Sibar ?

Opus 67 ne s’occupe que de logements sociaux. La Sibar gère aussi des gendarmeries, des commerces… L’entreprise a une approche plus entrepreneuriale des choses.

« Aucun emploi n’a été surveillé »

Quand on dit qu’il y a moins de personnel à Opus 67, c’est faux. On a changé le fonctionnement. On a externalisé un certain nombre de missions.

Quel était l’effectif en 2017 et quel était l’effectif d’Opus 67 avant la fusion ?

Alors on a baissé, là on est tout à fait d’accord. Mais les gens ont été réemployés, ils sont devenus concierges d’immeubles par exemple. Alors bien sûr, il y a des gens qui n’étaient pas contents avec l’externalisation de la régie d’entretien et une partie de la prestation de nettoyage. Mais aucun emploi n’a été supprimé. Les collaborateurs ont été repositionnés sur d’autres emplois, comme gardien d’immeuble.

Selon moi, les syndicats d’Opus 67 étaient contre la fusion dès le départ et ils essayent par tous les moyens de saper cette fusion. Dans la nouvelle structure, je ne vois pas pourquoi il y aurait des problèmes avec du personnel d’Opus 67. Si des gens ne se sentent plus à l’aise dans l’entreprise, il faut aller voir autre part.

Les salariés d’Opus 67 ont reçu leur nouveau contrat la veille de leur prise de fonction au sein d’Alsace Habitat, le 1er juillet. Est-ce que ce délai vous paraît normal ?

Le nouveau contrat n’a rien changé. Les salariés d’Opus 67 ont toutes les prérogatives qu’ils avaient avant. Ils ont été consultés. Les syndicats ont travaillé tout ça et ont informé les employés. Tout a été discuté en amont et rien n’a été imposé.

J’allais vous demander les mesures qui ont été mises en place après le rapport sur les risques psychosociaux d’AD Conseil, mais si je comprends bien, vous estimez qu’il n’y avait pas lieu de mettre en place des mesures particulières ?

Il y a eu des séminaires, des réunions de travail, des réunions d’information, des newsletters… Tout ça pour que les gens puissent travailler ensemble. À tout bout de champ, des réunions, des soirées… Un moment, désolé, si les gens ne veulent pas se remettre en question c’est autre chose. Quand une entreprise évolue, il faut que les gens se remettent en question.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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