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Pourquoi les fermetures des cantines scolaires de Strasbourg sont récurrentes
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Pourquoi les fermetures des cantines scolaires de Strasbourg sont récurrentes

par Clémence Michels.
Publié le 31 mars 2022.
Imprimé le 24 juin 2022 à 23:59
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Toutes les cantines scolaires de Strasbourg sont fermées ce jeudi 31 mars. Pour la sixième fois depuis septembre 2021, les parents devront s’occuper de la pause déjeuner de leurs enfants. La Ville décide de fermer les cantines lors de certains appels nationaux à la grève qui ne concernent pas le personnel périscolaire en particulier.

Vincent est père de deux enfants, tous les deux à l’école maternelle Saint-Jean. Âgés de 4 et 6 ans, les petits ont manqué plusieurs fois la cantine en raison de sa fermeture, décidée par la Ville de Strasbourg suite à des grèves du personnel périscolaire, qui encadrent les élèves pendant la pause midi. En tant que parent, Vincent trouve cette situation « insoutenable » :

« Nous sommes obligés, au mieux, de prendre une pause déjeuner au travail de 11h30 à 14h pour chercher nos enfants pour le repas de midi, au pire de poser des congés de dernière minute pour assurer leur déjeuner. Cela a un impact direct sur notre environnement de travail. »

Depuis la rentrée 2019, plus de 15 fermetures de cantine

Sophie (prénom modifié), est maman de deux enfants, en première et troisième section de maternelle, également à Saint-Jean :

« Depuis que j’ai mis mon premier enfant à l’école maternelle, soit en 2019, il y a eu au moins 15 à 20 jours de fermeture des cantines. Une de mes amies m’avait déjà prévenue à ce sujet, mais je ne l’avais pas crue. »

Pour l’année scolaire 2021/2022, six jours de grève provoquant la fermeture de la cantine de l’école Saint-Jean ont été comptabilisés par « éducartable », une application qui permet la communication entre les parents d’élèves et l’école. La cantine a fermé ses portes les 5 octobre, 14 décembre, 13 janvier, 27 janvier, jeudi 17 mars, et ce jeudi 31 mars.

« Peu importe le nombre de grévistes, la Ville ferme systématiquement les cantines »

Le 17 mars 2022, la CGT, FSU, Solidaires et les organisations de jeunesse FIDL, MNL, UNEF et VL avaient appelé à la grève et à manifester à l’échelle nationale pour l’augmentation des salaires. Cette manifestation réunissait les employés du privé comme du public et portait des revendications similaires à la mobilisation du 27 janvier 2022.

Ce 31 mars, la CGT appelle les professionnels de l’accompagnement, de l’aide et des soins à domicile – y compris les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) – à faire grève. Il ne s’agit donc pas d’une grève spécifique au personnel périscolaire, mais d’une grève intersectorielle. Selon Gilles Dimnet, permanent à la CGT de Strasbourg-Eurométropole, la fermeture des cantines de Strasbourg relève d’un « choix de l’employeur », et non de la grève en elle-même :

« Ces appels à la grève, comme celui du 17 mars, ont été réalisés au niveau national. Il n’y a pas un taux de grève plus élevé dans le périscolaire comparé aux autres services. Peu importe leur nombre, la Ville ferme systématiquement les cantines lors de préavis de grève. »

Jeudi 31 mars, environ 25% du personnel périscolaire de Saint-Jean devrait être en grève. Ce taux de participation est régulier, selon un membre du personnel de l’école Saint-Jean, qui a préféré garder l’anonymat.

(Photo Rue89 Strasbourg)

« Pourquoi la Ville ne trouve pas de solution ? »

Soraya Ouldji est adjointe à la maire de Strasbourg en charge de la petite enfance et de la restauration scolaire. Selon elle, « les employés de la restauration scolaire n’ont pas le devoir de déclarer 48h à l’avance leur intention de faire grève ». L’élue explique :

« En fonction du nombre estimé de grévistes, soit les cantines restent ouvertes avec un personnel réduit, soit des repas froids tirés du sac sont mis en place, soit une partie, voir la totalité des cantines – comme ce jeudi 31 mars – doivent fermer. S’il y a un fort relai au niveau local de ces appels à la grève nationaux, il faut s’attendre à une forte mobilisation.

Le 17 mars, nous avions 30% des personnels de la restauration scolaire à Strasbourg en grève, et 25% des agents périscolaires. Nous ne pouvons plus assurer un accueil sécurisé des enfants à partir de 25% de grévistes estimés. Dans ces cas là, nous sommes obligés de fermer les cantines. »

« C’est un problème qui dure dans le temps »

Soraya Ouldji affirme que le service d’accueil est difficile à mettre en place :

« Si nous remplaçons des employés lors de grèves, on risque d’entraver le droit de grève. En temps que parent, je comprends la fatigue générale engendrée par la situation, qui va de pair avec les restrictions sanitaires mises en place depuis deux ans. »

Sophie espère que des mesures seront mises en place pour faire face à ces fermetures intempestives :

« Nous attendons toujours avec angoisse les mails de l’école et de la mairie, au cas où il faut poser un congé ou bien s’organiser autrement en cas d’absence ou de grève. C’est un problème de fond puisque ça dure… Nous ne savons même pas les raisons qui poussent le personnel à faire grève, et je n’ai pas l’impression que la mairie ait pris des mesures les concernant. Je suis attentive à leur situation, mais je ne comprends pas pourquoi la Ville ne trouve pas de solution. »

(Photo Rue89 Strasbourg)

Pas de revendications spécifiques du personnel périscolaire selon la Ville

Hülliya Turan est adjointe à la mairie de Strasbourg en charge de l’éducation et de l’enfance. Elle affirme également qu’il n’y a pas de revendications spécifiques de la part du personnel de la cantine car les appels à la grève se font à l’échelle nationale :

« Depuis le début de son mandat, la mairie de Strasbourg a mis en place des échanges et des rencontres régulières avec les représentants syndicaux afin de faire face aux difficultés rencontrées et la baisse de moyens dans le secteur de l’éducation, notamment en raison de la crise sanitaire. Nous sommes à l’écoute du personnel périscolaire, nous réfléchissons à des améliorations des conditions de travail, notamment pour les emplois vacataires.

Mais il n’y a pas eu de demandes spécifiques, de prise de contact ou de négociations de la part du personnel des cantines scolaires. La crise du Covid a également provoqué une recrudescence des absences dans le personnel scolaire et périscolaire, en raison des restrictions. Si la situation sanitaire continue à s’améliorer, on espère que les cantines scolaires fonctionneront de manière pérenne, même s’il y a des grèves dans le secteur. »

Contrairement à ce qu’affirme Hülliya Turan, à travers le collectif Strasbourg Animation en lutte, le personnel périscolaire a formulé des revendications précises et a même rencontré des élus.

Aussi, les cantines fermaient déjà souvent en 2019, soit avant la pandémie. Gilles Dimnet, de la CGT, confirme :

« La fermeture systématique des cantines est antérieure au Covid. L’ancienne municipalité le faisait déjà en cas de grève. C’est une décision que nous respectons à la CGT, mais nous n’avons jamais été associés. »

Article actualisé le 01/04/2022 à 23h15
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Clémence Michels

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