Festival Léz’Arts Scéniques : le guide du festivalier joyeux
Culture 

Festival Léz’Arts Scéniques : le guide du festivalier joyeux

actualisé le 20/07/2012 à 11h14

Tim Amstrong et Jimmy Cliff à Coachella 2012, en Californie (Photo Jason Persee / FlickR / CC)

Métalleux à cheveux le vendredi, rockstars le samedi et papes du reggae le dimanche : l’association Zone 51 remet le couvert pour la 11e édition du festival Léz’Arts Scéniques, du 27 au 29 juillet à Sélestat. Petit guide du festivalier joyeux.

Vendredi 27 juillet

Soyez sympas, ne faites pas trop durer l’apéro-camping et venez tôt pour Fall of Death, un des trois gagnants du tremplin. Parce que ce n’est jamais facile d’ouvrir un festival à 14h30 et qu’ils ont déjà fait leurs preuves sur la scène metalcore. Puis tendez l’oreille (une suffira pour se faire une idée) pour la déferlante thrash metal des Américains fous de Municipal Waste, passionnés essentiellement par la bière, les zombies et leurs années collège (une belle photo de groupe vous attend sur leur page d’accueil !).

Morceau de choix avec Lunch hall food brawl (« Bataille de bouffe à la cantine »)

Ne vous roulez pas trop par terre et gardez des forces pour le reste de la programmation trash metal, le package des trois fameux groupes teutoniques, en date unique en France : Destruction, Sodom et Kreator, aux titres plus longs, plus sombres, plus réfléchis. Aperçu avec Phantom Antichrist, titre-phare du nouvel album de Kreator :

Dans ce tourbillon apocalyptique, ne loupez pas les figures de la scène alternative française que sont Black Bomb A (leur prestation complète au Hellfest est ici) et Lofofora, au son brutal et virulent. Ce dernier, mêlant rock fusion et metal hardcore est un éternel énervé mais n’oublie pas que la critique passe mieux en poésie. L’Oeuf, Buvez du cul, Les gens, Comme à la guerre, c’est eux. Ne soyez pas trop loin de la scène pour planter vos yeux dans ceux de Reuno, le chanteur survolté, crâne rasé et sourire carnassier. Il y a un an, il a enflammé le plateau de Top of the Pops avec Des choses qui nous dérangent :

Puis soyez attentif à la leçon de style des Finlandais de Finntroll, créatures blondes venues de tout là-haut en costumes traditionnels pour vous parler des mystères de l’univers, version black metal.

Après des années de patauge, les gangstas californiens de Suicidal Tendencies (SxTx pour les fans) reviennent avec un nouvel album qui couronne 30 ans de carrière. Tenez-vous donc prêts pour la tournée Insanity, qui présente l’opus de la renaissance. The art of rebellion, le dernier album correct du groupe phare de punk hardcore date de 1992 et accueille Can’t stop, cet hymne qui donne envie de péter le plafond avec son petit poing.

La nuit tombée, le ministre de la Culture de la soirée fera son apparition sous les traits de Alien Jourgensen, chanteur taré du groupe Ministry. Fondateur du métal industriel, aux excès notoires, la bête de scène est une légende vivante. Visualisez les dreads noirs de Jack Sparrow, le manteau noir de Néo et la bouteille de Jack Daniel’s de William S. Burroughs, puis écoutez ça. Maintenant faisons plus ample connaissance avec le groupe – fervent adversaire de l’Amérique conservatrice – via cette bande-annonce d’un documentaire sorti il y a quelques mois.

Pour le chaos final, veillez au clair de lune en compagnie des mystiques britanniques de New Model Army, formation de post-punk aux textes torturés et engagés.

Samedi 28 juillet

Réveil avec une leçon de musique de Thomas Schoeffler Jr, un mec normal qui arrive sur scène tout seul, se pose sur une chaise et parvient à créer une ambiance envoûtante grâce à ses morceaux folks hyper-péchus, comme Day by day. Tout aussi énergiques, les éternels ados de Guerilla Poubelle reviennent sur scène après une longue pause : au-delà des chants de guerre comme Culture poubelle ou Etre une femme, la Guerilla est aussi un groupe aux paroles acerbes et aux engagements concrets. Pour mieux connaître Till et sa bande, voici le film sur leur tournée de 2006  :

Faites honneur au leader d’Everlast, trop méconnu, vénérable auteur du tube Jump around (version fanfare de l’université du Wisconsin, ça vaut des points aussi) et digne représentant de la culture white trash ricaine (« White trash beautiful« ). Rap, rock, blues, l’Irlandais Erik Schrody aux multiples groupes sait tout faire.

Pour le punk, faites confiance aux sautillants clowns à lunettes des Toy Dolls, 35 ans de scène dans les jambes et aucune envie d’arrêter ( « Ma femme est une psychopathe« ), mais surtout à Rancid. Le groupe étiquetté nineties est pourtant toujours en phase avec l’actualité et ne rate jamais un scandale pour en tirer un brulôt : la situation au Tibet, la guerre en Irak, la gestion de l’ouragan Katrina, le racisme ambiant aux USA, etc. En attendant le prochain prévu dans l’année, deux albums ont réellement compté dans l’histoire du groupe californien, qui a largement pioché dans le ska puis le hardcore au gré de son évolution : And out come the Wolves et Let the Dominoes fall. Coïncidence heureuse, Tim Amstrong, le chanteur de Rancid a produit cette année ReBirth, le nouvel album de Jimmy Cliff, le pape du reggae qui se produit le lendemain sur la grande scène du festival.

Time Bomb, la période ska des débuts de Rancid :

Puis, laissez-vous toucher par la grâce à l’état brut de Catherine Ringer, la veuve la plus rock’n roll de France, récemment primée aux Victoires de la musique en tant qu’artiste interprète de l’année avec son album solo Ring’n roll. A 55 ans, la chanteuse à la voix de madone a réussi à s’échapper du lourd héritage des Rita Mitsouko pour se construire son propre univers, sophistiqué et coloré. Le clip Punk 103 est un régal visuel, grâce aux dessins des Frères Guedin mais d’autres bijoux dans l’album, comme Quel est ton nom sont à découvrir :

Il ne reste plus qu’à garder le rythme sur les scratchs de Mr Magnetix, aux commandes avec le Cabaret Freaks, une bande de déjantés qui remettent le fluo au goût du jour. Le DJ électro est une émanation du Catcheur et la Pute, habituellement synonymes de bien belles prestations artistiques (voir leur soirée spéciale Martien).

The Bloody Beetroots, les Italiens masqués aux doigts magiques, sont une valeur sûre pour une fin de soirée électro-punk. Allez, un dernier clip intelligent qui ne va pas réhabiliter l’électro auprès de Mémé :

Dimanche

Invitez plutôt Mémé au concert d’Elements 4, ça va l’attendrir. : une fratrie de quatre jeunes, 14 ans en moyenne, qui composent de la pop plutôt accessible. Une bonne culture musicale, une belle énergie, la formation est étonnante et bien foutue.

Du jazz, du hip hop, de l’électro : Lyre le temps, les anciens petits du coin devenus grands en sont à leur deuxième album de mix et sont toujours aussi recommandables. Tournez vous en boucle un de leurs premiers succès, About the trauma drum et découvrez Sweet sugar swing un de leurs meilleurs morceaux d’électro-swing, joué avec les crocs.

Place à la chanson française. Et ça commence par un adieu. A La Ruda (ex-Salska), qui a fait le job pendant deux décennies et raccroche le micro à la fin de l’année : des chansons qui resteront (l’Art de la joie, le Prix du silence, le Bruit du bang, etc) et des lives survoltés font du groupe un pilier de la scène française à trompettes.

Après cet instant Adieu camarades, rions un peu avec les Fatals Picards et leurs chansons tordantes. Ceux-là même qui ont bousillé toutes les chances de la France à l’Eurovision 2007 avec cette hérésie musicale : « L’Amour à la française« . Mais le plus souvent,ils disent des choses plutôt justes, malgré la grosse couche de dérision, sur le coming out  ou sur le mythe de la gauche par exemple.
Dans la famille Chanson française néo-réaliste, style les Ogres de Barback ou la Rue Kétanou, Debout sur le zinc sonne comme une caresse musicale : des belles chansons d’amour, un peu de nostalgie vieille France et des mélodies qu’on n’a pas oublié depuis nos 15 ans. Touche locale, l’an dernier ils ont enregistré les chansonnettes de « L’abécédaire de Boris Vian », un album illustré par Tomi Ungerer. Le making of de l’aventure est ici.

Reggae night now ! Tiken Jah Fakoly, Ivoirien en exil, est l’une des voix les plus médiatiques en faveur du continent africain, soutenue en France par Sinsemilia ou les frères de Zebda. Engagé contre toutes les injustices, il sillonne depuis des années les festivals pour dénoncer la Françafrique, la corruption, la dette des pays du Tiers-monde de sa voix lancinante (écouter « Plus rien ne m’étonne« ).

Jimmy Cliff, le patron, a commencé à jouer du reggae il y a cinquante ans à Kingston. Sa carrière décolle réellement lors de la sortie du film « The Harder They Come » (en anglais) : le chanteur tient le premier rôle de ce film culte sur le milieu pourri de l’industrie du disque en Jamaïque, projeté dimanche à 12h à la médiathèque de Sélestat. (Plus d’infos sur la session cinéma du festival). L’homme enchaîne alors les hymnes, Wonderful World, Vietnam, Wild world, mais aussi les morceaux purement commerciaux, Reggae night, I can see clearly now ou Hakuna Matata, ce qui lui est largement reproché par le milieu rastafari, dont il ne fait pas partie puisqu’il est converti à l’islam. Son nouvel album, ReBirth, sera t-il celui de la renaissance artistique ? Vous pouvez déjà vous faire une idée avec ce live du titre-phare de l’album, One more :

Hum, c’est l’heure du dance-floor géant. Participez au sabotage de champs par Birdy nam nam, les quatre Français génies du scratch sur vinyle, amplement reconnus comme un des poids lourds de la scène électro. Un nouvel EP « Jaded future » vient tout juste de sortir, déjà numéro 1 aux USA, catégorie albums electro sur iTunes, et numéro 2 en France. Avec des remix de Foreign Beggars ou encore Skrillex (Goin’ hard) :

Tu es arrivé jusqu’au bout de la nuit, tu as le droit de te trémousser sur Big Boss de Doctor P, spécialiste en dubstep mais, en authentique festivalier de l’été, ne quitte pas le site sans avoir participé au concours de déguisements. P-Mod, le photographe de la ménagère de moins de 50 ans (dixit Twitter), de préférence nue et tatouée, se fera un plaisir de te prendre en photo toi et tes amis dans son studio. Si tu es très original, peut-être que tu gagneras le droit de revenir gratuitement l’an prochain au festival, en VIP, pour une nouvelle session de bordel général.

Y aller

Festival Léz’Arts Scéniques, du vendredi 27 juillet au dimanche 29 juillet, aux Tanzmatten, quai de l’Ill à Sélestat. Renseignements : 03 88 92 02 05. Site web.

L'AUTEUR
Laure Siegel
Laure Siegel
Journaliste (ex-Cuej) du coin. Culture, société, écologie. @LaureSiegel

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