Gardes de nuit : des médecins rodés mais moins motivés
Vie pratique 

Gardes de nuit : des médecins rodés mais moins motivés

actualisé le 28/03/2016 à 22h48

La Permanence Des Soins assure le relais des gardes lorsque les cabinets médicaux sont fermés. (Photo Andreas Damm / Pixelio / CC)

Il est 22h18, quelque part dans la CUS. Le petit dernier fait une poussée de fièvre. Le cabinet du médecin de famille est fermé. Que faire : foncer aux urgences ? Fébrile, vous composez finalement le 03 69 55 33 33, numéro unique de garde pour Strasbourg. Au bout du fil, la Permanence des soins (PDS) chargée de réguler les demandes en fonction des pathologies…

C’est « une réponse à une demande de soins non programmée, en dehors des heures d’ouverture des cabinets médicaux ». La Permanence des soins (PDS) regroupe les médecins généralistes libéraux (nos « médecins traitants ») par secteur de garde, neuf en tout dans la CUS. Ils assurent une astreinte en semaine de 20h à 8h du matin, les samedis après-midis et les dimanches et jours fériés toute la journée. Depuis la loi HPST de 2009 portant réforme des hôpitaux, l’Agence régionale de santé, service déconcentré de l’État en matière de santé, assure l’organisation de cette PDS.

Dans la région, un système de régulation a été mis en place en 2007. Concrètement, lorsqu’un patient appelle le numéro de garde (03 69 55 33 33), son appel est réceptionné par un permanencier en lien avec un « médecin régulateur ». Selon le cas, ce médecin délivre un conseil médical, oriente le patient vers un cabinet médical ou vers le médecin d’astreinte dans le secteur du patient, qui effectue directement une visite à domicile. Selon la gravité, le médecin régulateur peut également mobiliser le Samu. Parallèlement à cette régulation, les demandes des patients peuvent aussi être prises en charge par le centre 15 lorsqu’ils appellent directement ce numéro d’urgence. Autre possibilité pour les patients : appeler SOS Médecins (03 88 75 75 75).

Des médecins moins motivés pour assurer les gardes

D’après l’enquête annuelle de la PDS produite par le Conseil National de l’Ordre des médecins, le nombre de secteurs au 1er janvier 2012 dans le Bas-Rhin – 44 – n’a pas évolué par rapport à l’année 2011. Or, au niveau national, la tendance est à la diminution, ce qui veut dire que moins de médecins acceptent d’assurer les gardes. Depuis 2007, le nouveau système aurait permis une meilleure gestion des appels et de la prise en charge des demandes, selon le Dr Gérard Ichtertz, secrétaire général du Conseil départemental de l’Ordre des médecins du Bas-Rhin :

« Le nombre d’appels, notamment pour les urgences vitales reste stable. L’activité de conseil est très importante, elle permet aussi de gérer le stress du patient, qui peut augmenter avec l’heure tardive ou la nuit tombée. »

La PDS semble donc bien organisée, notamment en ville. Le Dr Ichtertz reconnaît pourtant que des médecins généralistes ne souhaitent pas ou plus assurer de garde :

« Il faut comprendre les médecins épuisés, qui aspirent à un autre mode de vie. La féminisation de la médecine implique aussi un rapport différent à l’organisation de la profession. »

Par ailleurs, même si la tendance est à l’arrêt, le Bas-Rhin reste l’un des départements dans lequel la plupart des gardes en « nuit profonde » (après minuit) est assurée.

Le recours aux urgences un peu trop systématique

Si le système de PDS fonctionne bien et en complémentarité, qu’en est-il des urgences surchargées ? Pour Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste (et conseiller municipal PS), le problème vient plutôt d’un lien patient – soignant distendu :

« Avec la diminution des gardes assurées par des médecins de famille, la régulation est confrontée à des cas sans connaître le patient et il peut être parfois plus courant d’avoir recours aux urgences. De plus, la tendance est à la demande de soins de très haute qualité et à la médicalisation à toute épreuve. L’hôpital représente cet endroit et la société fait appel aux urgences.

Enfin, lorsque les services qui relèvent du médico-social sont fermés, il existe aussi un recours aux urgences alors que les cas ne relèvent pas des urgences à proprement parler. Un maillage du territoire devrait permettre un continuum de soins, de la médecine de proximité jusqu’à l’hôpital. C’est ce qui commence à se mettre doucement en place, notamment avec certaines maisons urbaines de santé regroupant travailleurs sociaux, assistantes sociales, infirmières, médecins. »

En parallèle, certains cas seraient aussi envoyés aux urgences malgré la faisabilité de l’acte en cabinet, comme l’explique le Dr Ichtertz :

« Avant, je pouvais intervenir pour des sutures, mais c’est plus difficile de les pratiquer en cabinet aujourd’hui avec le changement des réglementations sur la stérilisation et les matériels à usage unique. »

Enfin, si le Dr Alain Goeller, médecin généraliste à la Meinau, reconnaît que la PDS est « une bonne chose », il s’inquiète cependant qu’elle intervienne à partir de 20 heures quand des cabinets médicaux ferment à 19 heures.

« Sur mes ordonnances, j’indique le numéro du 15 en cas d’urgence. Médico-légalement, je ne souhaite pas qu’un répondeur se déclenche pour donner un autre numéro de téléphone. A partir du moment où l’appel est décroché, il devrait être traité. Cela devient problématique de laisser un message sur un répondeur en cas d’urgence. »

L'AUTEUR
Lucie Dupin
Lucie Dupin
Journaliste freelance web et radio - Tendance Europe & Franco-Allemand

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