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GCO, le dénouement, c’est maintenant
Politique 

GCO, le dénouement, c’est maintenant

par Marie Marty.
Publié le 9 mai 2012.
Imprimé le 24 octobre 2021 à 21:04
2 119 visites. 11 commentaires.

Le GCO ne devrait absorber que 10% du trafic sur l'A35, celui des véhicules de transit. (Photo Pascal Bastien)

Quelques jours avant la Présidentielle, les élus PS et EELV au Conseil régional jouaient leur dernière carte pour contrer le projet GCO, à deux doigts d’être finalisé. Trois semaines plus tard, bilan des courses : le contrat de concession n’est toujours pas signé et l’alternance politique hypothèque grandement l’avenir du projet. Pour enfoncer le clou, le collectif « GCO non merci » organise une énième action samedi et pour « maintenir la pression » sur les décideurs.

Le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg a du plomb dans l’aile. On imagine mal aujourd’hui cette autoroute à péage s’élever un jour entre Vendenheim et Ittenheim, sur ces 27 kilomètres imaginés il y a plus de 10 ans pour désengorger hypothétiquement (voir le rapport TTK) le trafic routier dans Strasbourg et garantir une continuité autoroutière du nord au sud de l’Alsace pour les véhicules de transit.

Et pour cause, la gauche sera aux manettes en France le 15 mai – date de la passation des pouvoirs entre Nicolas Sarkozy et François Hollande – et les élus socialistes et écologistes alsaciens se prononcent contre le projet depuis toujours (voir ci-dessous le courrier de Roland Ries et Jacques Bigot au président Nicolas Sarkozy en 2008). Les défenseurs de l’infrastructure – et en premier lieu les exécutifs UMP de la Région Alsace et du Département du Bas-Rhin – ont donc peu de chance de voir le GCO mis en service un jour.

Courrier de Roland Ries et Jacques Bigot à Nicolas Sarkozy (2008)

A moins que le contrat de concession ne soit signé d’ici le 15 mai. C’est en théorie encore possible. C’est en tout cas ce que craignent les membres du collectif « GCO non merci », qui organisent une (dernière ?) action symbolique samedi. Luc Huber, l’un des animateurs du collectif, membre d’Alsace Nature et candidat EELV aux Législatives dans la quatrième circonscription du Bas-Rhin, celle du Kochersberg (Strasbourg-campagne), remarque :

« Notre but samedi n’est pas de faire une énorme manifestation, mais plutôt d’organiser une action symbolique pour montrer qu’on reste mobilisés et vigilants jusqu’à l’abandon total du projet. On veut aussi mieux communiquer sur l’un des dommages collatéraux que causera le GCO s’il se fait, en inaugurant cette « Grande congestion de l’ouest ». »

« Grande congestion de l’ouest » : késako ? Le communiqué du collectif explique :

« L’axe RD1004 – RN4 – A351 (autoroute de Hautepierre) est déjà très encombré aux heures de pointe. 
Il est prévu également d’intégrer à cet axe le Transport en site propre ouest (TSPO), projet de bus express entre Wasselonne et Strasbourg, mais aussi la jonction du contournement Oberschaeffolsheim – Wolfisheim (COW), et la construction d’un échangeur avec la future Voie de liaison inter-communale ouest (VLIO). 

Le GCO, s’il se fait, amènera via l’échangeur d’Ittenheim, 14 000 véhicules supplémentaires par jour sur le même axe.
 La situation deviendra d’évidence inextricable et le GCO, qui devait pourtant « améliorer les accès à Strasbourg », contribuera fortement à la création d’un nouveau et sans doute du plus gros bouchon strasbourgeois. »

Des « réactions violentes » si le gouvernement de gauche valide le GCO

Vision de cauchemar pour tout ceux qui empruntent cet axe au quotidien. Si, comme le confie Alain Fontanel, adjoint au maire socialiste de Strasbourg et proche de la direction du PS, c’est bien le géant du BTP Vinci, concessionnaire pressenti, qui « n’a pas souhaité signer le contrat avant les élections, pour ne pas insulter l’avenir », qu’en sera-t-il après le 15 mai ? Pour Luc Huber, il semble « compliqué, voire inenvisageable », que le contrat de concession soit signé par la gauche. Il reprend:

« Roland Ries a toujours dit que c’était « une mauvaise réponse à une bonne question ». Je n’ose même pas imaginer qu’un chef de gouvernement socialiste signe un tel décret. Si c’était le cas, ça regonflerait à bloc la mobilisation ! On pourrait s’attendre de la part des agriculteurs, très remontés contre le projet Vinci, plus gourmand en terres agricoles que le projet Sanef par exemple, à des réactions violentes ! Ce serait vécu comme un revirement, ce qui n’est pas trop apprécié dans les campagnes… Mais pour moi, il n’y a pas de raison de ne pas faire confiance à la gauche sur les engagements pris (ndlr : notamment dans le cadre de l’accord PS-EELV pour les Législatives). »

Le PS, localement en tout cas, reste droit dans ses bottes. Roland Ries, qui aurait pu se retrouver dans une situation délicate s’il avait été ministre et confronté à un contrat de concession signé, souhaite aujourd’hui « peser de tout son poids » pour éviter que le projet ne se fasse en l’état. Alain Fontanel, lui, est catégorique :

« Le GCO est en panne sèche ! Quand le nouveau ministre des transports devra prendre sa décision, on attirera son attention sur l’opacité qui a entouré le choix du concessionnaire. Dans cette affaire, la raison l’a emporté : Vinci n’a pas voulu signer, se montrant en cela plus raisonnable que la Région, qui était prête à aller jusqu’au bout. Ce qui a aussi pu jouer, c’est que Vinci n’a, parait-il, pas réussi à boucler son closing bancaire. Peut-être à cause des surévaluations de trafic sur le GCO. Or, quand on doit mobiliser des fonds propres importants, on est plus prudent. »

Très probablement, le projet d’autoroute à péage autour de Strasbourg va être « remis à plat » (Alain Fontanel). En clair : enterré. Restera néanmoins à trouver des solutions efficaces et plus « propres » à l’engorgement pendulaire sur l’A35.

Y aller

Samedi 12 mai 2012 à 9h30, rendez-vous à 9h30 : cérémonie d’inauguration sur le futur échangeur, entre Ittenheim et Wolfisheim, lieu-dit « bellevue » (sur la RD228 en direction de Hurtigheim juste après l’intersection avec la RN4), suivi d’une marche d’environ 1 heure jusqu’à Stutzheim-Offenheim. A 11 heures, rassemblement avant dispersion au parc de la Souffel (entre Stutzheim et Offenheim). Contacts : Dany Karcher : 06 99 25 31 43, Luc Huber : 06 36 57 77 36.

Article actualisé le 10/05/2012 à 07h03
L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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