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GCO : pourquoi le ministre Ries désavouera le maire Ries
Politique 

GCO : pourquoi le ministre Ries désavouera le maire Ries

par Marie Marty.
Publié le 16 février 2012.
Imprimé le 09 mars 2021 à 12:17
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Pour le maire de Strasbourg, le Grand contournement ouest (GCO) est “une mauvaise réponse à une bonne question”. Mais si Roland Ries devient ministre des Transports du président François Hollande, pourra-t-il revenir sur un projet entériné d’ici là ?


Dans le hall de la Maison de la Région lundi, une dizaine d’élus du Kochersberg, d’agriculteurs et de militants écolos, tous appartenant au collectif « GCO – Non merci ! » font acte de présence, quelques minutes avant le démarrage de la séance plénière du conseil régional. Leur leitmotiv : signifier aux élus « que le combat continue ». Au menu du jour de l’assemblée régionale : le vote d’un rapport entérinant le projet de Grand contournement ouest de Strasbourg, et l’attribution d’une subvention de 3,25M€ à Vinci, le concessionnaire retenu par l’Etat pour construire et exploiter cette nouvelle autoroute de 24 kilomètres, d’ici 2016.

Sans surprise, comme la semaine dernière au Conseil général du Bas-Rhin, le rapport et la subvention sont adoptés après plus d’une heure d’interventions musclées, parmi lesquelles celles remarquées du vice-président Justin Vogel, maire de Truchtersheim, « capitale » du Kochersberg, qui tacle violemment ce « projet obsolète », véritable « aberration stratégique et écologique », ou celle d’Antoine Waechter, élu écolo d’opposition.

Un argument largement avancé par les détracteurs du projet lundi: « L’attribution à marche forcée », « dans la précipitation », d’un marché à 750 millions d’euros, « qui engage les collectivités pour 55 ans ». Et ce, quelques semaines seulement avant des échéances nationales qui pourraient sérieusement renouveler les interlocuteurs au plus haut niveau de l’Etat.

Dernière étape attendue avant la mise en branle des tractopelles : la signature du décret d’attribution en Conseil d’Etat, qui doit valider le choix de l’opérateur privé. Cette signature pourrait, craignent le Collectif et les élus de gauche, intervenir entre les deux tours de l’élection présidentielle, fixant le montant des pénalités (dont le chiffre est inconnu pour le moment…) en cas de rupture du contrat.

Les pénalités engageront le ministre

Et c’est bien là le nœud du problème. « Si ces pénalités se chiffrent en dizaines ou en centaines de millions d’euros, souffle-t-on au PS, la gauche pourra difficilement revenir dessus si Hollande passe. » Car, ajoute-t-on, « comment faire comprendre au gars dans les bouchons qu’on donne des millions à Vinci pour ne pas régler son problème immédiat ! »*

Un risque qui fait trembler les anti-GCO, qui sont conscients que même si Ries devient ministre – une hypothèse envisageable en cas de victoire de la gauche, puisque le sénateur-maire de Strasbourg figure dans l’organigramme de l’équipe de campagne du candidat Hollande, au titre des Transports – “rien ne nous assure qu’il ait le courage politique de revenir sur ce dossier. Et ce, en dépit de l’accord EELV-PS pour les Législatives, signé il y a quelques mois, qui dit noir sur blanc que la gauche réexaminera les projets d’autoroutes une fois au pouvoir », s’inquiète Luc Huber, porte-parole du Collectif.

Ce dernier espère néanmoins que, « même si l’Etat fait tout pour rendre le processus irréversible », Roland Ries, qui s’est toujours exprimé contre le GCO, en 2008 notamment, pendant la campagne des Municipales, et à de nombreuses reprises depuis, prendra le risque de casser le contrat. « S’il ne prend aucun engagement auprès de nous (ndlr : notamment dans un courrier adressé au maire de Kolbsheim, Dany Karcher, en janvier, resté confidentiel), il a plusieurs fois évoqué un précédent, celui du dossier du VAL (véhicule automatique léger), bouclé par le maire Marcel Rudloff (centriste) avant les élections de 1989, sur lequel est revenu Catherine Trautmann au lendemain de son élection », au profit du tramway en site propre qui circule aujourd’hui.

Roland Ries a réaffirmé à Rue89 Strasbourg sa position de principe anti-GCO et note que la « logique républicaine » serait de ne pas faire signer le décret avant le mois de mai. Sur l’après, il achoppe : « Ma nomination comme ministre est une rumeur – je n’ai aucune position arrêtée sur la question ».

* Une étude indépendante du cabinet TTK (Karlsruhe), financée par des deniers publics, a démontré en 2005 que seuls 5 à 8% du trafic sur l’A35 à hauteur de Strasbourg serait reporté vers le GCO.

Pour aller plus loin

Article actualisé le 17/02/2012 à 10h17
L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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