[Grand entretien] Frédéric Bierry : « le Département sera la collectivité du vivre-ensemble »
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[Grand entretien] Frédéric Bierry : « le Département sera la collectivité du vivre-ensemble »

actualisé le 29/05/2015 à 11h52

Frédéric Bierry, nouveau président du conseil départemental du Bas-Rhin (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Frédéric Bierry, nouveau président du conseil départemental du Bas-Rhin (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Nouveau président du conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry nous vient de Schirmeck. Imprégné de la tradition démocrate-chrétienne à l’Alsacienne, Frédéric Bierry revendique les contrôles du RSA et veut faire du Département la collectivité du « vivre-ensemble » sur tout le territoire, Eurométropole comprise.

Frédéric Bierry, 49 ans, est le nouveau président (UMP) du conseil départemental du Bas-Rhin. Il a été élu le 2 avril par la nouvelle majorité issue du scrutin des élections départementales.

• Rue89 Strasbourg : Vous étiez maire de Schirmeck depuis 1995 et attaché parlementaire de Laurent Furst (UMP). Qu’est-ce qui vous a pris de vous porter candidat à la présidence du conseil départemental du Bas-Rhin ?

Frédéric Bierry : Ce qui me fait tripper, c’est l’action publique, et ça depuis que mes deux parents qui travaillaient dans une entreprise de textile de la vallée de la Bruche se sont retrouvés au chômage alors que j’avais 15 ans. J’ai trouvé ça profondément injuste. Attaché parlementaire, j’aurais pu devenir député, mais être un parmi 577 pour élaborer la loi, très peu pour moi. En revanche, améliorer la vie des gens, peser sur les décisions en défendant certaines valeurs, alors là oui. C’est pourquoi après avoir été vice-président depuis 2008, je me suis présenté à la présidence.

• Justement ces valeurs, quelles sont-elles ?

Je crois en une société responsable et humaniste. Pour moi, chaque personne a un talent à apporter à la société et notre rôle est de valoriser ce talent, sinon c’est du gâchis. C’est pourquoi dans l’action sociale, je pense qu’il faut sortir de l’assistanat pour évoluer vers ce que j’appelle l’accompagnement responsable.

« Payer ses impôts n’est pas suffisant »

On m’a interpellé une fois sur un marché en me disant, « les élus tous pourris ». Ça m’a mis en colère. J’ai répondu : « et vous, que faites-vous pour la société ? » On me répond : « Je paie mes impôts. » Eh bien ça ne suffit plus aujourd’hui, on a besoin de l’implication de chacun. Quand on travaille 35 heures par semaines, on peut donner quelques heures de bénévolat à la société. On y gagne en ouverture d’esprit, et la société y gagne parce qu’il y a des besoins dans l’environnement, contre l’isolement des personnes âgées… Le service civique par exemple est un excellent système, mais pourquoi le réserver aux jeunes ?

Et c’est pareil avec les prestations sociales. Ainsi, l’allocation adulte handicapé est peu compatible avec un travail. Je trouve ça aberrant. Dans un établissements d’accompagnement (Esat) à Rothau par exemple, certaines personnes handicapées mentales font un meilleur boulot pour le contrôle de pièces que des valides. Quant au RSA, il faut rappeler qu’il y a un contrat qui lie le bénéficiaire à la collectivité, un contrat dans lequel le premier s’engage à trouver un emploi.

• Les départements ont failli disparaître de l’éventail administratif français, comment voyez-vous le rôle du Bas-Rhin ?

Les départements ont longtemps été des collectivités d’équipement, on y décidait des routes et on subventionnait les travaux d’importance dans les communes. Mais aujourd’hui, 60% des dépenses du Département vont à l’accompagnement social. Notre rôle est donc d’assurer le « vivre ensemble » de la société française, nous devons revitaliser la vie collective. Avec les grandes régions, les départements sont devenus la principale collectivité territoriale de proximité. On fera en sorte que les Bas-Rhinois connaissent leurs binômes d’élus, et que la politique que nous mènerons soit issue du terrain.

Nous devons avoir un effet de levier pour chaque euro d’argent public dépensé. Quant on aide les plus démunis, il faut que ça ait un sens dans un bassin démographique : est-ce que le problème est l’accès à l’emploi des jeunes, l’isolement des personnes âgées ou la précarité endémique ? Pour ça, il faut être à l’écoute. C’est pourquoi, j’irai personnellement à la rencontre des Bas-Rhinois de mon canton, en porte à porte, avec comme objectif d’être passé dans chaque commune à l’issue du mandat.

« Que l’État nous fasse confiance sur l’accompagnement social »

Notre objectif doit être de permettre et de valoriser l’engagement, là où il existe, de fonctionner en réseau pour que des solidarités se créent. Le Département sera la collectivité du lien social, nous avons une expertise acquise depuis de nombreuses années. Que l’État nous fasse confiance en élargissant notre marge de manœuvre dans l’accompagnement social et nous aurons de bien meilleurs résultats, en termes d’inclusion sociale et de qualité de vie. J’ai plein d’idées sur ces questions, mais il faudra faire évoluer le cadre légal. C’est pourquoi je prévois de m’impliquer dans les commissions sociales de l’Assemblée des départements de France (ADF) pour rencontrer le gouvernement et lui faire des propositions.

• L’efficacité dans l’action sociale, est-ce un renforcement des contrôles des bénéficiaires du RSA ?

La fraude aux allocations est quelque chose que je ne peux pas accepter, d’autant plus dans un budget aussi contraint que le nôtre. Comme pour chaque dépense d’argent public, nous devons avoir la garantie que cet argent est bien utilisé. Donc les contrôles des bénéficiaires du RSA, je les ai mis en place et je les assume, on poursuivra dans cette voie. Et on fera en sorte que cet argent serve à quelque chose, car si une personne reçoit de l’argent et ne fait rien, c’est une perte pour la société et pour elle-même puisqu’elle ne se réalise pas complètement.

« On a tous une dette vis à vis de la société »

Le revenu minimum d’existence par exemple, ce n’est pas mon parti pris. On a tous une dette vis à vis de la société. C’est la même chose pour les jeunes chercheurs par exemple qui partent aux États-Unis ou ailleurs, il faudrait envoyer la facture de leur formation aux entreprises qui les emploient.

On peut aussi revenir aux fondamentaux de la vie quotidienne pour certains, apprendre les bases d’une gestion équilibrée d’un budget familial. En finir avec ces crédits renouvelables qui sont la cause d’une faillite personnelle sur deux à la commission du surendettement. Nous devons permettre l’indépendance et l’autonomie.

Et dans notre organisation, nous allons décloisonner les services. Par exemple, l’aide sociale à l’enfance et le soutien aux sports et à la jeunesse seront fusionnés dans un même service, s’intéressant d’une manière globale aux plus jeunes. Nous aurons aussi une organisation territoriale, pour être à l’écoute des citoyens.

• Qu’en est-il des relations avec l’Eurométropole, qui s’approprierait bien une bonne partie des compétences du Département ?

Je crois que cette idée d’avoir deux territoires séparés qui vivraient l’un à côté de l’autre, à la lyonnaise, n’est pas la bonne. Nous devons entrer dans une logique de co-construction de la métropole. Strasbourg, c’est le rayonnement européen de l’Alsace et au-delà. L’Eurométropole doit se concentrer là-dessus via l’innovation, le développement économique, le renforcement de son attractivité et nous sommes tout à fait disposés à lui laisser le leadership sur ces questions. Il est tout autant envisageable que l’Eurométropole entre au conseil d’administration de l’Adira par exemple.

« Le Département ne délaissera pas la métropole »

En revanche, l’Eurométropole n’aurait rien à gagner à s’approprier l’aide sociale sur son territoire. D’abord, ce ne serait pas intéressant financièrement pour l’agglomération puisque les financements ne sont compensés qu’à moitié par l’État et ensuite, le Département dispose d’une véritable expertise dont il serait dommage de priver les Strasbourgeois.

On a accusé le Département de délaisser l’Eurométropole en baissant sa participation au contrat triennal. Mais c’est faux. D’une part, la baisse de nos recettes nous contraint à réduire nos dépenses partout et d’autre part, nos financements sont équitablement répartis pour moitié sur l’agglomération, l’autre sur le reste du département.

• Néanmoins vous avez nommé Jean-Philippe Maurer vice-président en charge des relations avec l’Eurométropole, alors qu’il est dans l’opposition au sein du conseil de l’agglomération et que vous disposiez d’autres conseillers départementaux qui font partie de votre majorité et qui sont vice-présidents de l’Eurométropole (Sébastien Zaegel, Jean-Louis Hoerlé, Vincent Debès)…

De toutes façons, c’est moi qui prendrait attache directement avec Robert Herrmann (président (PS) de l’Eurométropole, ndlr) pour toutes les questions liées aux relations entre l’Eurométropole et le conseil départemental. Je suis très proche de Fabienne Keller (ancienne maire (UMP de Strasbourg de 2001 à 2008, ndlr), je serai à l’écoute avec Jean-Philippe Maurer. On a des oppositions mais je crois que certaines questions doivent transcender nos différences politiques. Je suis persuadé qu’on y arrivera.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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