Grande braderie : des étals d’inquiétudes pour les commerçants itinérants
Economie 

Grande braderie : des étals d’inquiétudes pour les commerçants itinérants

Les mesures de sécurité rendent la vie dure aux commerçants itinérants inscrits pour la Grande Braderie de Strasbourg. Dans le local syndical des commerçants des marchés de France, l’agitation régnait déjà à deux jours de l’événement. Reportage.

« Cette préparation de la Grande Braderie, c’est un calvaire », Sylvie Wilmann ne mâche pas ses mots. Passer son après-midi derrière un bureau, entre les coups de fil et l’ordinateur, très peu pour elle. Cette commerçante non-sédentaire depuis 1986 fait un effort à deux jours de l’événement. « On se bat pour que la braderie continue », explique-t-elle.

Entrée du syndicat des commerçants des marchés de France (67), derrière la gare de Strasbourg. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

300 places de commerçants à gérer

Celle qui est aussi secrétaire générale du syndicat des commerçants de marché du Bas-Rhin doit attribuer les places de chacun des vendeurs itinérants, transférer une liste de 300 inscrits à la mairie et à la police, et enfin accueillir certaines personnes mécontentes de l’emplacement attribué. La gestion des espaces pour les stands a été déléguée par l’organisateur, l’association de commerçants les Vitrines de Strasbourg.

Six personnes charbonnent dans le local syndical, situé derrière la gare de Strasbourg. Ce matin encore, Sylvie Wilmann vendait sa lingerie sur le marché d’Obernai : « On a eu juste le temps de se prendre un sandwich avant de venir ici. »

L’agitation règne dans la maisonnette. Face à Sylvie, Nadège Schouler a le nez dans son ordinateur. Cette autre membre du syndicat aime préciser : « Je suis moi-même fille de camelot (argot pour désigner les marchands itinérants, ndlr) » La femme préfère aussi vendre ses montres et bijoux, à l’air libre… Mais il faut bien donner un coup de main à deux jours de la grande braderie. Les bureaux sont couverts d’épais dossiers, de chèques pour payer les emplacements et de bouteilles d’eau, canicule oblige. L’ancienne présidente du syndicat raccroche le téléphone avant de résumer le dernier appel :

« On vient de m’appeler car le camion d’un des commerçants est cassé. Donc je dois déclarer une nouvelle plaque d’immatriculation auprès de la préfecture. Et la mairie veut aussi sa liste… »

La fin du stationnement derrière l’étal

Les difficultés des commerçants itinérants ne s’arrêtent pas là. Cette année encore, la problématique du stationnement est sur toutes les lèvres. Sylvie Wilmann est exaspérée :

« Avant, on pouvait venir avec nos camionnettes et nous garer derrière l’étal. Depuis les attentats de 2015, les véhicules utilitaires ne sont plus admis dans l’enceinte de la ville. En plus, cette année le stationnement est géré par une entreprise privée. On peut plus négocier avec la ville pour que les commerçants puissent laisser leur véhicule à proximité de leur stand… Du coup, il faut décharger très tôt le matin avant d’aller se garer sur un parking trop petit (celui de la place de Lattre de Tassigny). Là-bas, les affaires sont sans surveillance… »

Bernard Reeb ouvre la porte du bureau. Cet ancien marchand itinérant passe saluer l’équipe. À la retraite, l’ex-président du syndicat donnera un coup de main vers 5h30 du matin pour déballer les cartons. Volontiers râleur, l’homme de 79 ans fustige un nouveau risque qui survient pour les commerçants :

« Si les camionnettes des vendeurs sont garées ailleurs, comment font les commerçants s’il y a de l’orage, s’il pleut? C’est toute la marchandise qui est foutu si on peut pas la mettre à l’abri. »

Bernard Reeb, commerçant itinérant à la retraite et ancien président du syndicat.

Dans le couloir d’à côté, un homme crie son mécontentement. Ce vendeur itinérant vient de recevoir sa place pour la grande braderie. L’emplacement n’est pas le même que l’année dernière. Le président du syndicat, surnommé Lulu par tous les gens du milieu, tente de le calmer. Sylvie Wilmann y parvient après quelques minutes d’explications. « C’est le bordel, les gens commencent à venir râler… », souffle-t-elle.

Un commerçant vient de récupérer son emplacement définitif auprès de Nathalie Guth, trésorière du syndicat.

« Avec les barrages, ça va bouchonner… »

Les membres du syndicat travailleront bien après 20h, jeudi puis vendredi… Le samedi, toute l’équipe sera prête à mettre leurs étals en place, dès 5h30. La secrétaire générale craint déjà déjà le début de cette longue journée :

« Il n’y a que deux entrées autorisées pour plus de 300 vendeurs itinérants… On en avait demandé quatre. Avec les barrages filtrants de la police, ça va bouchonner… Et certains clients sont là dès 6 heures… »

Pour chaque vendeur, la taille et l’emplacement exact du stand sont cruciaux. En début de matinée, l’équipe du syndicat devra mener de front le placement de certains commerçants mécontents… et leurs propres affaires. Car chacun souhaite rentabiliser la location proposée à 22 euros le mètre carré par Les Vitrines de Strasbourg pour les non-sédentaires. Pour la Grande Braderie, il faut faire un gros chiffre. Lors d’un marché classique, le même espace vaut 1,22 €.

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L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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