« Hard Corps » : maigrir à tout prix
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« Hard Corps » : maigrir à tout prix

Après avoir « tout tenté », Mélanie a décidé de recourir à la gastrectomie en septembre 2014. En quelques mois, elle a perdu 50 kilos. Pour dénoncer la grossophobie qu’elle a subie jusqu’à 35 ans, cette assistante sociale alsacienne a joué dans un film basé sur sa transformation radicale. « Hard Corps » sera projeté au Molodoï ce soir à 19h.

« J’ai peur de redevenir ce que j’étais. » Il y a cinq ans, Mélanie a perdu cinquante kilos après avoir eu recours à une gastrectomie. Membre de l’association alsacienne « Les sales films », elle a décidé de mettre cette transformation radicale au cœur du long-métrage « Hard Corps ». « J’ai toujours été en surpoids. J’avais envie de dénoncer ce que j’ai subi jusqu’à mes 35 ans », explique-t-elle, encore stressé à l’idée de se voir sur grand écran pour la première fois, jeudi 5 septembre à 19h au Molodoï.

Le long-métrage de Yann Kerdoncuff « Hard Corps » sera projeté au Molodoï jeudi 5 septembre à 19h. (Document Remis)

Régimes inutiles, sport et blessures

Mélanie s’est d’abord trouvée « ronde ». Elle vivait avec « la vision de la femme pulpeuse des années 70. » Mais suite à une rupture amoureuse, « tout s’est dégradé… » Pendant près de quinze ans, la jeune femme a donc enchaîné les rendez-vous chez le médecin, les diététiciens… Aucun régime, aucun suivi nutritionnel ne l’a aidée à perdre du poids. Les 3 à 4 séances de sport hebdomadaires non plus. « J’ai fini par faire de l’arthrose aux genoux, parce que je n’étais juste pas faite pour tant d’activité sportive », se souvient-elle.

Au quotidien, la jeune femme est constamment ramenée à son poids. En plein jour, rue des Arcades à Strasbourg, un homme l’interpelle : « Vas-y la grosse, planque-toi! » Personne ne réagit. Le soir, dans les bars, les verres à deux tournent souvent courts. Sinon, la nuit chez l’autre reste souvent sans lendemain. Au travail, un bénéficiaire de ses services d’assistante sociale ne se souvient plus de son nom. Il demande à l’accueil : « Comment elle s’appelle la grosse là? » Pour Mélanie, la source de tous les maux semble claire : « Mon mal-être, c’était le gras qui prenait toute la place sur mon corps. Je voulais exister par moi-même. »

Gastrectomie et « Hard Corps »

En septembre 2013, Mélanie voit la gastrectomie comme l’unique solution. Pendant un an, la trentenaire se lance dans une longue procédure pleine de rendez-vous et d’examens : psychologue, gastro-entérologue, chirurgien, coloscopie, endoscopie… Les risques post-opération sont aussi nombreux : occlusion intestinale, anémie, carence en vitamines… Concrètement, c’est deux tiers de l’estomac qui sont retirés. « Mais j’ai entendu des gens parler de solution de facilité », soupire-t-elle.

En quelques mois, la trentenaire perd cinquante kilos et prend l’équipe de court : « On a dû tourner plus vite que prévu », dit-elle en souriant. A force de jouer le personnage de Juliette, Mélanie apprécie « d’être au centre de l’intérêt. » Par la suite, la femme à la chevelure brune rencontre Adrien, son mari. Un magasin de robes de mariées lui fait une offre de mannequinat : « J’ai fait deux défilés puis on m’a appelé pour un troisième… J’étais enceinte. »

« Je me suis faite violence »

Le montage, le mixage-son, l’étalonnage et la composition musicale du film ont pris près de six ans. Il y a peu, le réalisateur a transmis un lien privé pour le visionnage de « Hard Corps ». Mélanie a essayé de voir le film plus d’une dizaine de fois sans y parvenir : « C’était très dur de me voir », explique-t-elle avant de résumer sa participation au long-métrage : « Je me suis faite violence pour montrer que je suis une femme, et pas juste un corps flasque. » Au poignet gauche, Mélanie porte une montre connectée, « pour le suivi sportif ». Avec la grossesse et le stress d’une maison en chantier, elle s’inquiète de sa « reprise de poids ». Aujourd’hui encore, la balance est utilisée chaque matin.

Y aller

Projection du long-métrage de Yann Kerdoncuff « Hard Corps », jeudi 5 septembre à 19h au Molodoï, à Strasbourg.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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