Un collectif se crée contre le sexisme à l’Université de Strasbourg
Société 

Un collectif se crée contre le sexisme à l’Université de Strasbourg

Face au sexisme, au harcèlement et aux agressions sexuelles à l’Université de Strasbourg, un nouveau collectif féministe d’étudiantes vient de se former. Les « Héritier.e.s d’Athéna » veulent offrir une écoute et un accompagnement aux victimes.

Un nouveau collectif féministe vient de se créer à l’Université de Strasbourg. Des étudiantes de différentes composantes (en majorité issues des sciences humaines) se sont rassemblées sous le nom Les Héritier.e.s d’Athéna. Elles ont le sentiment d’un vide dans la lutte contre le sexisme à l’Université de Strasbourg. Le collectif Copines existe mais selon elles, il se concentre essentiellement sur l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Strasbourg.

Sortir du cadre officiel

Les services de l’Université de Strasbourg agissent bien contre le sexisme et le harcèlement comme avec le Centre d’accueil médico-psychologique (CAMUS) qui propose gratuitement un accès à des psychologues. Une mission égalités-diversité fait l’objet d’une vice-présidence, attribuée à Isabelle Kraus. Elle veille à prévenir le sexisme et les discriminations parmi les personnels de l’Université.

Mais ces dispositifs sont trop peu connus des étudiants, selon les membres des Héritier.e.s, qui n’en avaient elles-mêmes pas connaissance. Malgré quelques mesures, le climat sexiste à l’université est toujours vivace et la cellule d’écoute (une adresse mail avec une réponse rapide) mise en place par l’Université ne suffit pas à le dissiper. Les Héritier.e.s d’Athéna le constatent dans leur entourage ou de leur propre vécu.

Le collectif estime qu’un certain nombre de victimes n’osent pas aller s’adresser aux services l’Université. Une victime d’agression, de harcèlement ou de discrimination qui dénonce des agissements se met en danger en s’exposant à la critique et l’incrédulité. Porter plainte contre une agression ou du harcèlement sexuel est difficile en France, et signaler sans porter plainte n’occasionne que rarement des conséquences. Une procédure en conseil de discipline est difficile à engager, car il faut déposer une déclaration signée et faire agir la direction de l’Université.

Si l’agresseur fait partie du personnel de l’Université, un rapport de force difficile peut alors s’installer, puisque l’institution se trouve juge et partie. L’enquête intitulée « Les violences subies dans le cadre des études universitaires » menée par l’Institut National d’Études Démographiques (Ined) en 2018, a notamment analysé l’Université de Strasbourg. Elle mentionne notamment :

« Les femmes ont un risque deux fois plus élevé que les hommes d’être touchées par des violences sexuelles avec ou sans contact. », que « les violences déclarées sont soit psychologiques, soit en lien à la sexualité, en particulier pour les femmes », que « ces violences sont relativement récurrentes et s’inscrivent dans la durée. » et que « bien que les étudiant∙e∙s parlent des faits qu’elles/ils subissent, peu de démarches sont entreprises. »

Le collectif est pour l'heure composé uniquement d'étudiantes (document remis par le collectif)

Le collectif est pour l’heure composé uniquement d’étudiantes (document remis par le collectif)

Des boîtes de témoignage pour débuter

Un collectif d’étudiantes offre un autre espace pour les victimes. Il peut les accompagner dans la prise de conscience de leurs agressions, en les conseillant sur les démarches juridiques et en les orientant vers d’autres accompagnements. Pour l’heure, le collectif est encore en « non-mixité choisie », et ne comporte donc que des femmes. Ce choix est motivé par cette volonté de créer un espace de sécurité où la parole des victimes pourra se faire entendre. Selon les Héritier.e.s, « la majorité des auteurs d’agressions et de harcèlement sexuels sont des hommes » et les femmes sont près de quatre fois plus souvent victimes de violences sexuelles que les hommes. Le maître-mot du collectif : briser le silence. Il n’entend pas se substituer à d’autres interlocuteurs, mais plutôt être un point d’entrée pour certaines victimes :

« Nous pouvons rediriger les victimes vers des professionnels, mais nous n’avons pas la prétention d’en être nous-mêmes. Nous travaillons sur la parole et la prise de conscience, et ensuite nous pouvons imaginer aller plus loin en se référant à des institutions. Nous essayons de faire franchir à la victime le tout premier pas, à savoir celui d’admettre ce qui s’est passé, dépasser la honte, ce qui permet ensuite d’aller chercher de l’aide. »

Le collectif s’est formé sur une initiative et hésite encore à se constituer en association. Diverses actions sont envisagées, notamment des interventions dans les amphithéâtres pour sensibiliser les étudiants au consentement. Pour l’heure, le collectif a lancé sa première action : la mise en place de boites à témoignages.

L’une installée dans le hall du Patio, à côté de la loge d’accueil (photo de Tristan Kopp)

Ces urnes de bois, dans les halls du Patio et du Palais Universitaire, sont là pour recueillir anonymement les témoignages des personnes ayant vécu des violences sexistes. Déposées en avril, elles resteront à disposition jusqu’à la mi-mai. Les Héritier.e.s d’Athéna invitent déjà les étudiants et les étudiantes à les contacter directement sur leur page Facebook.

L'AUTEUR
Tristan Kopp
Pigiste de l'extrême

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