Hôpital civil de Strasbourg: silence, on démantèle
Société 

Hôpital civil de Strasbourg: silence, on démantèle

actualisé le 09/06/2012 à 07h54

L'hôpital civil est implanté sur 25 hectares au centre-ville (Photo David Rodrigues)

Dans sept ans, il aura 900 ans. L’hôpital civil de Strasbourg, situé en bordure de l’ellipse insulaire depuis près d’un millénaire, est en cours de démantèlement. A la place des pavillons anciens, le centre hospitalier, l’université de Strasbourg et la municipalité planifient la sortie de terre de bâtiments modernes. On parle d’une extension du Nouvel hôpital civil, d’un complexe d’activité tertiaire, d’opérations universitaires et immobilières privées. Autant de projets qui inquiètent les défenseurs du patrimoine.

L’hôpital civil, une ville dans la ville, qui s’étend sur 25 hectares, dont 23 appartiennent aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) et deux à l’université. Les bâtiments les plus anciens dateraient de 1119, selon un document conservé aux archives municipales. Ces traces du passé, l’ancienne pharmacie et le bâtiment administratif de l’hôpital, mais aussi la tour-porte, sont protégées au titre des monuments historiques. Ils constituent le cœur du dispositif et en seront peut-être demain les derniers vestiges.

Le plan de l'Hôpital civil, tel qu'il était en 1921 (DR)

L'ancienne pharmacie, le bâtiment administratif et la tour-porte, derniers vestiges de l'hôpital primitif (Photo David Rodrigues)

Car aujourd’hui, l’heure est à la rationalisation. Fini l’hôpital pavillonnaire dans un écrin de verdure développé au tournant du 19ème et du 20ème siècles. On concentre pour mutualiser les fonctionnalités, radiologie, cantine ou blanchisserie. Depuis 2008, une partie des services de l’hôpital a ainsi été transférée dans les locaux du Nouvel hôpital civil (NHC), à l’ouest du site, à deux pas de la faculté de médecine, laissant vides plusieurs bâtiments. Le directeur adjoint des HUS en charge de l’investissement, Jean-Marc Baietto, commente la politique immobilière de l’institution :

« Nous sommes dans une logique de concentration des activités hospitalières. Donc nous avons des bâtiments vides ou mal occupés. Notre objectif est de rationaliser tout ça. Pas question de laisser des bâtiments à l’abandon et d’avoir des friches en centre-ville… Nous vendons des lots au nord de l’hôpital, pour partie à l’Etat. La finalisation de la vente est en cours.

La partie sud, elle, va être restructurée de façon mixte. La partie Est intéresse la Ville, qui veut y implanter un technoparc, où seront accueillies des entreprises de recherche biomédicales. Ce qui peut être complémentaire par rapport à notre activité. La partie ouest, dermatologie, chirurgie A et ancienne maternité, sera détruite rapidement pour laisser la place à l’IHU (Institut hospitalo-universitaire) et à une extension du NHC. »

L’Hôpital civil depuis 2008 (les bâtiments grisés sont sans affectation)

La première extension du site, celle des années 1880, appartient à l’université (deux des 25 hectares). Cette zone qui borde l’allée centrale de l’Hôpital, où passe le bus, ne devrait pas beaucoup changer demain. En effet, l’Université de Strasbourg y est toujours implantée, notamment dans les bâtiments d’anatomie et de physiologie. A cet ensemble, qui comprend aussi le pavillon animalier, sera bientôt ajouté le bâtiment Léon Blum en forme de pagode, cédé à la Ville pour un euro symbolique. A charge pour la collectivité de rénover et mettre en valeur ce bâtiment qui contient notamment un amphithéâtre en bois.

Les bâtiments techniques détruits, la clinique ORL préservée

La deuxième extension en revanche, celle des années 1904-1914 dessinée par les architectes allemands Bonatz (plan 1921 ci-dessus), aiguise les appétits. Les HUS, qui ont dépensé 250 millions d’euros dans la construction et l’équipement du NHC et s’apprêtent à dépenser 260 millions d’euros dans une extension de l’hôpital de Hautepierre, comptent sur 30M€ avec la vente de ces divers lots. Une négociation est en cours entre la Ville de Strasbourg et les HUS pour le rachat des terrains de la partie Est, en bordure de la rue de l’Hôpital. Catherine Trautmann, vice-présidente de la CUS, reste prudente :

« Nous discutons, des réunions de travail ont lieu, mais on avance encore avec précaution. On ne sait pas exactement quelle surface utile nous sera vendue ou ce qui vont devenir les bâtiments autour. On aimerait que ça se fasse rapidement, mais personne n’a le couteau sous la gorge… »

L’ex-maire de Strasbourg note par ailleurs que rien n’est conclu pour le moment avec des opérateurs privés sur ce secteur et que la démolition des bâtiments techniques, considérée comme entérinée par le directeur adjoint des HUS, n’est « pas encore actée ». Catherine Trautamnn précise encore que la cession du site pourrait se faire petit à petit.

La clinique ORL, un temps menacée, devrait être préservée au prix de quelques aménagements (Photo David Rodrigues)

La clinique ORL voisine pourrait ou non faire partie du lot vendu à la collectivité, mais ne sera pas rasée, assure Jean-Marc Baietto. En cela, les HUS anticipent une possible mesure de protection en réflexion dans les services du patrimoine (Direction des affaires culturelles et Inventaire). La clinique chirurgicale et la Médicale B, encore « pleines comme des œufs », selon le directeur adjoint, devraient elles aussi être conservées, « avec quelques aménagements ». Dans le même coin, des « verrues construites après-guerre ont vocation à sauter » pour mettre en valeur les aménagements paysagers tout autour. C’est là que l’on trouve encore des allées et jardins, avec les bancs et des arbres d’origine, aménagés au tournant du 20ème siècle au service de la qualité de vie des patients, qui restaient souvent de longs mois à l’hôpital.

La Médicale et la Chirurgicale B feront sans doute l'objet d'une mesure de protection (Photo David Rodrigues)

Une personne proche du dossier et souhaitant rester anonyme explique:

« Au tournant du 20ème siècle, c’est la ville de Strasbourg qui avait démarché de grands architectes allemands pour agrandir l’hôpital et en faire une vitrine de ce qui se faisait de plus moderne. Le lieu est remarquable pour ça : c’est un témoignage formidable de la modernisation de l’institution hospitalière de l’époque de la création de la Neustadt [ville nouvelle]. Neustadt que Strasbourg veut d’ailleurs faire classer au patrimoine mondial de l’Unesco ! »

Anticipant la session des terrains à l’Est du site, les services de l’Etat en charge des monuments historiques ont d’ailleurs fait inscrire « en urgence », le 13 janvier 2012, une partie du mur d’enceinte qui enserre les bâtiments le long du quai de l’Hôpital, ses éléments de décors et ses « jambes de raidissement portant blasons », piliers qui ponctuent le mur et le maintiennent debout.

Le mur sud de l'hôpital a été partiellement protégé début 2012 (Photo David Rodrigues)

Au nord du site par contre, les destructions ont déjà commencé (photo à la Une). L’ancienne Médicale A laissera bientôt la place au PAPS-PCPI (Pôle d’administration publique de Strasbourg et Pôle de compétence en propriété intellectuelle), un gros projet universitaire, dans lequel devrait s’intégrer notamment l’Institut d’Etudes politiques de Strasbourg. Si tout se passe comme prévu par les gestionnaires du site, dans 15 ans, la moitié des bâtiments anciens auront disparu.

Pour aller plus loin

Les plans du PAPS-PCPI (livraison 2013)

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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