Marescaux va transformer les Diaconesses en « hospitel »
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Marescaux va transformer les Diaconesses en « hospitel »

actualisé le 28/03/2016 à 20h25

Après rénovation, le bâtiment historique de la clinique des Diaconesses devrait accueillir une résidence étudiante, un hôtel-Spa et un hôtel hospitalier. ( Photo : Ji-Elle / Wikimedia Commons / cc)

Après rénovation, le bâtiment historique de la clinique des Diaconesses devrait accueillir une résidence étudiante, un hôtel-Spa et un hôtel hospitalier. ( Photo : Ji-Elle / Wikimedia Commons / cc)

L’hôtel hospitalier, ou « hospitel », est une solution privée d’hébergement pour les patients de chirurgie ambulatoire. Venu des États-Unis, le concept fait des émules en France. À Strasbourg, l’Ircad veut tenter l’expérience dans ses futurs locaux de la clinique des Diaconesses.

Un hôtel privé dédié aux patients de l’hôpital civil et de l’IHU, l’institut hospitalo-universitaire de chirurgie guidée par l’image. C’est le nouveau projet du Pr Jacques Marescaux dans les locaux de l’actuelle clinique des Diaconesses, rachetée en 2013 par l’Ircad, l’institut privé de recherche contre les cancers de l’appareil digestifs qu’il dirige.

L’idée est simple : beaucoup de patients de chirurgie hospitalière doivent rester une nuit ou deux à proximité de l’hôpital, la veille de leur opération par exemple, ou dans les jours qui suivent pour leurs consultations de suivis.  Pour autant, leur état ne nécessite pas d’hospitalisation et les lits à l’hôpital sont rares et chers. S’ils habitaient sur place, ces patients n’auraient pas besoin d’être hospitalisés. Pour désengorger l’hôpital, ils peuvent donc se contenter d’une chambre d’hôtel adaptée, à côté de leur lieu de soin.

Le concept de l’hospitel, ou hôtel hospitalier, est encore peu connu en France. Il en existe pour l’heure trois dans l’Hexagone. Le plus célèbre est celui de l’Hôtel-Dieu à Paris. L’établissement privé reçoit, à leur charge, les patients de chirurgie ambulatoire de l’hôpital. La solution des hôtels hospitaliers est née aux États-Unis. Tout le monde n’y a pas d’assurance maladie. L’hospitel permet aux patients de suivre leurs soins hospitaliers sans avoir à payer d’hospitalisation.

Un concept qui intéresse la France

Aujourd’hui, elle séduit en France. Ses promoteurs y voient plusieurs avantages : limiter le risque des maladies nosocomiales contractées à l’hôpital, et surtout faire faire des économies à la Sécurité sociale. Alors qu’une nuit d’hospitalisation peut lui coûter jusqu’à 1 500 euros, une chambre d’hôtel ne revient qu’à une soixantaine d’euros, pour le moment à la charge du patient.

Sur proposition du député socialiste Olivier Véran, le Parlement a voté en décembre 2014 l’expérimentation des hôtels hospitaliers pendant trois ans dans le cadre de la loi de finance de la sécurité sociale 2015. Le décret d’application de cette mesure doit être publié dans les semaines à venir. Il doit notamment déterminer le niveau de prise en charge des nuitées en hôtel hospitaliers par la sécurité sociale. En 2015, la DGOS a lancé un appel à projet dans toutes les régions françaises pour sélectionner des établissements tests.

Cette volonté politique affichée enthousiasme le Pr Jacques Marescaux quant à la pérennité de son projet à Strasbourg. Pourtant, s’il a multiplié les contacts jusqu’au plus haut de l’Etat pour faire mûrir celui-ci, l’Ircad ne s’est pas portée candidate pour l’expérimentation nationale.

À l’origine, le futur hospitel des Diaconesses a d’abord été pensé pour l’IHU voisin, qui doit sortir de terre cette année. Ce pôle d’excellence en chirurgie mini-invasive, associé à l’Ircad et en pointe sur les nouvelles technologies chirurgicales, devrait attirer des patients venus de très loin et qui auront besoin de loger sur place le temps de leurs soins. Le Pr Jacques Marescaux, à la tête des deux institutions, assure qu’au-delà de cette clientèle, l’hospitel des Diaconesses s’adressera à tous les patients de l’hôpital civil. Ce service pourrait donc y accompagner l’essor actuel de la chirurgie ambulatoire.

Un pari économique pour l’Ircad

La reconversion de la clinique des Diaconesses est un pari économique pour l’Ircad, comme celle des anciens Haras nationaux avant elle. La Ville a cédé en 2009 à l’Ircad le site des anciens haras nationaux, qui jouxtent la clinique des Diaconesses. L’institut privé en dispose pour une cinquantaine d’années par bail emphytéotique. Après avoir rénové le lieu, classé au titre des Monuments historiques, il y a ouvert en 2013 un hôtel de luxe, une brasserie et un biocluster.

L’Ircad a confié les deux commerces à des entrepreneurs privés mais garde une participation dans chacun d’entre eux. Il réinvestit les bénéfices qu’il en tire dans ses activités de recherche et dans son équipement technologique. C’est ce même calcul que fait le Pr Jacques Marescaux pour le site des Diaconesses, à ceci près que pour équilibrer l’opération d’achat de celui-ci, il a cette fois décidé d’en revendre une partie sous forme de logements. Aux Haras, la clientèle de l’hôtel se compose pour moitié des chirurgiens venus se former à l’Ircad.

L'institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif a ouvert au sein de l'hôpital civil en 1994. (Photo : Ji-Elle / Wikimédia Commons / cc)

L’institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif a ouvert au sein de l’hôpital civil en 1994. (Photo : Ji-Elle / Wikimédia Commons / cc)

L’Ircad est un institut de recherche et d’enseignement entièrement privé. Il tire l’essentiel de ses ressources de son activité d’enseignement, en formant chaque année des milliers de chirurgiens du monde entier aux nouvelles méthodes de chirurgie mini-invasive. Ses activités commerciales aux Haras ne représentent qu’une part minime de ses recettes, assure Jacques Marescaux.

Un projet flexible

Mais la question de savoir qui sera prêt à payer pour une chambre dans le privé reste entière. D’après le Pr Jacques Marescaux, le projet d’hôtel des Diaconesses restera donc flexible. Si le marché des patients n’est pas porteur, les 17 chambres de l’hospitel pourront se raccorder à l’hôtel-Spa voisin, que l’Ircad projette aussi d’installer dans le bâtiment historique de la clinique :

« Nous sommes à la recherche de nouveaux modèles économiques car aujourd’hui je suis convaincu que moins on s’appuie sur de l’argent public et mieux on se porte. Pour l’hospitel, nous tentons quelque chose de nouveau. Toute la question est de savoir qui va payer de l’hôpital, de la Sécurité sociale ou des mutuelles. Mais nous prévoyons le même design pour l’hôtel et l’hospitel. Nous pourrons donc agrandir l’hôtel si ça ne marche pas.  Et si ça marche, nous pourrons faire l’inverse ».

 Le plan de rénovation et de construction du site des Diaconnesses. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Le plan de rénovation et de construction du site des Diaconnesses. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Le projet de reconversion de la clinique des Diaconesses prévoit la démolition des bâtiments récents et la construction de deux bâtiments neufs de 88 logements. Dans le bâtiment de 1840, il prévoit, en plus de l’hospitel et de l’hôtel, l’installation de 7 logements privés et d’une résidence de 36 studios en location pour des étudiants en médecine et infirmières. L’Ircad a obtenu son permis de construire et de démolir le 26 février.

Les travaux pourront démarrer une fois que la clinique des Diaconesses aura déménagé à Port du Rhin, dans la clinique Rhéna, fruit de sa fusion avec les deux autres cliniques confessionnelles de Strasbourg, Sainte-Odile et Adassa. Ce départ est prévu pour le premier semestre 2017.

L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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