« J’ai honte de rester chez moi » : des dizaines d’infirmières scolaires prêtes à soutenir le personnel soignant
Société 

« J’ai honte de rester chez moi » : des dizaines d’infirmières scolaires prêtes à soutenir le personnel soignant

Parmi les 240 infirmières scolaires en Alsace, plusieurs dizaines souhaitent soutenir leurs collègues en Ehpad ou à l’hôpital. Séverine (le prénom a été modifié) raconte ce sentiment « horrible d’être utile mais de ne pas pouvoir aider. »

Dans le Haut-Rhin, les infirmières scolaires ne travaillent plus depuis plus d’une semaine. Les établissements scolaires y ont fermé dès le 9 mars. Séverine (le prénom a été modifié) attend ainsi depuis dix jours de pouvoir soutenir ses collègues en Ehpad, en hôpital ou dans les centres d’hébergement d’urgence. « C’est horrible d’être utile mais de ne pas pouvoir aider. J’ai honte d’être chez moi », affirme l’infirmière scolaire haut-rhinoise.

Séverine désespère derrière son ordinateur à attendre des consignes du Rectorat pour enfin pouvoir aider le personnel soignant faisant face au Coronavirus. (Document remis)

Un manque d’écoute des infirmières scolaires

240 infirmières scolaires exercent en Alsace. Elles disposent d’un diplôme d’État et ont souvent travaillé dans des établissements de soins avant d’exercer dans un collège ou un lycée. Séverine a déjà exercé plusieurs années en hôpital. Elle rappelle ainsi que les infirmières scolaires sont « tout à fait capables de soutenir les personnels des Ehpad ou des hôpitaux en faisant des toilettes pour les personnes âgées, en distribuant des médicaments, en s’occupant des patients ou en triant les malades selon les degrés d’urgence. »

Séverine regrette le manque d’écoute de la part de l’Académie depuis le début de l’épidémie. Elle relate des mails envoyés tous les jours pour proposer son aide. Ils sont tous restés sans réponse… Mercredi 18 mars, Armelle Lablanche, déléguée syndicale SNIES-UNSA des infirmiers scolaires d’Alsace, a pu transmettre cette préoccupation à la nouvelle rectrice de l’Académie de Strasbourg, Elisabeth Laporte. « Elle est en discussion avec le ministère de l’Education nationale et l’Agence régionale de santé », évoque la syndicaliste qui estime que « plusieurs dizaines d’infirmières scolaires veulent se mobiliser en Alsace. »

Lucie (le prénom a été modifié) ne pourra probablement pas se déplacer pour aider les confrères et consoeurs. L’infirmière scolaire haut-rhinoise présente plusieurs symptômes potentiellement liés au coronavirus. Ancienne salariée d’un Ehpad, elle aurait volontiers aidé en maison de retraite deux à trois jours par semaine, car le reste du temps Lucie doit garder ses enfants. Malgré tout, elle patiente de longues heures derrière l’ordinateur en attente de consignes de l’Académie : « Je pourrais quand même m’occuper du suivi par téléphone des patients suspectés Covid-19 et restés à domicile. »

Entre « initiative individuelle » à « appel à mobilisation »

Contacté dans la journée du 17 mars, le rectorat de l’Académie de Strasbourg a répondu que cet engagement des infirmières scolaires relevait de « l’initiative individuelle ». Aucun numéro, ou page internet officielle, n’était alors disponible pour orienter les infirmières scolaires désireuses de soutenir le personnel soignant débordé par la pandémie de Covid-19.

Le 18 mars, l’Académie de Strasbourg a tenu à rappeler que « des personnels de santé de l’Éducation nationale se mobilisent aux côtés des enseignants pour encadrer les enfants de personnels soignants accueillis dans les écoles et établissements de l’académie. » Du côté de l’Agence régionale de Santé, un appel à la mobilisation a été diffusé auprès « de tous les personnels soignants y compris les retraités depuis cinq ans disponibles pour renforcer les structures de santé et médico-sociales. »

7 500 infirmières scolaires et un peu plus de 1 000 médecins scolaires exercent en France. Ce personnel dépend de l’Education nationale, et non du ministère de la Santé. Comme l’explique le Rectorat, « en l’absence de réquisition, cet engagement des infirmières scolaires doit pouvoir s’inscrire dans un cadre administratif clairement défini, auquel le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse travaille, en lien avec le centre interministériel de crise. »

Viendra ensuite la question de l’équipement en masque, gel hydroalcoolique et autre matériel de protection. Mais pour Séverine, la question de l’engagement ne fait pas de doute :

« Pour moi, ça serait insupportable de n’avoir rien fait pour aider mes collègues et Ehpad ou à l’hôpital. Après tous ces événements, je ne pourrais plus les regarder en face. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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