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L’irruption des conseillers politiques dans les CCI dérange
Economie 

L’irruption des conseillers politiques dans les CCI dérange

par Claire Gandanger.
Publié le 14 avril 2016.
Imprimé le 16 août 2022 à 01:01
5 648 visites. 4 commentaires.

Les Chambres de commerce et d’industrie alsaciennes font face à une forte baisse de leurs ressources et se préparent à fusionner. D’ici 2017, 120 postes vont être supprimés. Mais dans le même temps, les présidents des CCI de Strasbourg et Mulhouse prennent exemple sur le monde politique et se dotent de conseillers personnels.

Les Chambres de commerce et d’Industrie (CCI) d’Alsace se frottent actuellement à des changements profonds. Elles doivent faire face dans le même temps à une refonte de leur réseau, suite au passage à la grande région, et à une baisse drastique de leurs ressources.

Formation, expertise juridique, animation économique… Les CCI sont les institutions publiques qui défendent les intérêts des entreprises. Elles sont dirigées par des élus issus du monde économique. Il y a aujourd’hui quatre CCI en Alsace : la CCI régionale d’Alsace et les trois CCI territoriales de Strasbourg, Colmar et Mulhouse.

Fusion des CCI alsaciennes en 2017

En 2017, les CCI vont se réformer pour s’adapter aux nouvelles grandes régions. Une CCI régionale Grand-Est va être créée, avec des CCI territoriales dans chacune des sous-régions. Dans ce contexte, les élus des CCI alsaciennes ont choisi de fusionner en une seule chambre territoriale : la future CCI Alsace-Métropole. Celle-ci maintiendra son maillage territorial via des « délégations de proximité » à Strasbourg, à Colmar et à Mulhouse. Les élections à ces nouvelles chambres et à ses nouvelles délégations se tiendront fin 2016.

Pour les agents des CCI, cette réforme est source d’inquiétudes. La réorganisation des services alsaciens doit se dessiner d’ici juin. Viendra ensuite celle découlant de la grande région. Certains doublons pourraient se traduire par des suppressions de postes. C’est en tout cas ce que craignent les syndicats mais le président de l’actuelle CCI régionale d’Alsace, Bernard Stirnweiss, assure quant à lui que les départs en retraite devraient absorber les suppressions de postes.

De nouvelles suppressions de poste envisagées

Entre 2015 et 2017, les CCI vont voir baisser leurs recettes fiscales de 40%. Pour s’adapter, la masse salariale des agents a déjà été mise à contribution. Sur l’ensemble de la France, les CCI se sont séparées de 13% de leurs agents en 2015. En Alsace, cette réduction des effectifs s’est faite en majeure partie via des départs volontaires négociés, dont beaucoup de départs en retraite ou en préretraite non remplacés. Sur les 120 suppressions de postes d’ici 2017, seuls 7 ont donné lieu à des licenciements jusqu’ici.

Bernard Stirnweiss promet que si une nouvelle vague de départs doit avoir lieu, elle se passerait dans les mêmes conditions. Pour équilibrer les comptes de la CCI d’Alsace d’ici 2018, il faudra encore trouver 2,5 millions d’euros, ce qui équivaut à une vingtaine de postes. Les choix budgétaires ne sont pas encore arbitrés. Plutôt que de couper dans les effectifs, les élus consulaires pourraient aussi décider de rendre certaines prestations payantes.

En attendant, le stress monte parmi les agents alsaciens. Didier Kahn, du syndicat minoritaire CFE-CGC, rapporte :

« La situation peut amener certaines tensions dans les équipes. Des personnes proches de la retraite se voient reprocher le risque de licenciement qu’elles font peser sur les autres en choisissant de rester. »

Des recrutements externes qui agacent

Dans ce contexte sensible, les choix des présidents actuels des CCI de Strasbourg et Mulhouse de se doter de conseillers politiques recrutés en externe suscitent l’incompréhension. Claude Walch, de la CFDT, déplore cette situation :

« Quand Jean-Luc Heimburger – président de l’actuelle CCI de Strasbourg – a embauché son directeur de cabinet, nous avons dénoncé en interne ce recrutement avec l’Unsa, en espérant qu’il n’y en aurait pas d’autre. C’est une incohérence d’annoncer des suppressions de postes supplémentaires et de faire deux recrutements externes dans le même temps. »

Cette stratégie agace aussi dans les milieux économiques, pour qui les élus mettent ainsi l’argent des CCI au service de leurs stratégies personnelles de réélection en fin d’année.

Un cabinet du président pour le candidat Heimburger

À Strasbourg, Jean-Luc Heimburger a créé l’été dernier un nouveau poste de directeur de son cabinet. Il a recruté Éric Dupeyron, ancien directeur de la communication de la Région Alsace, entré en fonction en décembre 2015. Jean-Luc Heimburger est candidat à la présidence de la future CCI unique d’Alsace. Il est pour l’instant le seul déclaré et sa candidature fait consensus dans les milieux économiques.

Sans complexe sur ses ambitions, il a justifié son recours à un directeur de cabinet comme une nécessité pour préparer sa présidence à venir de la CCI unique d’Alsace et être secondé dans ses activités d’élus vis-à-vis des institutions et des milieux politiques. Éric Dupeyron explique :

« Il fallait auprès du président quelqu’un arrivé en amont pour être efficace immédiatement au moment du passage à la CCI territoriale Alsace-Métropole. »

Documenter les interventions du président, préparer ses dossiers et expertises, écrire ses discours, les missions d’Éric Dupeyron sont bien proches de celles d’un directeur de cabinet politique, au conseil départemental ou à la Région. A ceci près, que, contrairement à eux, son statut d’agent consulaire lui garantit la sécurité de l’emploi et ne le lie pas au mandat du président.

Le précédent Stalter

Bernard Stalter, président de la chambre de métiers et de l’artisanat d’Alsace, avait été le premier en Alsace à se doter d’une directrice de cabinet dès 2010. Dans ce cas, la fonction était associée à celle de directrice de la communication. Son arrivée a préfiguré la centralisation quelques années plus tard des services de l’institution et a surtout accompagné la montée en visibilité de l’homme à la moustache. Bernard Stalter est devenu l’incarnation même de son institution. Il est devenu président de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Grand-Est et s’est lancé en politique. Il est aujourd’hui conseiller régional de Philippe Richert, en charge du commerce.

Un conseiller du président pour Stimpflin à Mulhouse

À peine arrivé en fonction début 2016 en remplacement de Jean-Pierre Lavielle, c’est aujourd’hui au tour de Gilbert Stimpflin, le président de l’actuelle CCI de Mulhouse d’embaucher une nouvelle recrue : un « conseiller du président » cette fois. L’entrepreneur, élu syndicat patronal CG-PME, entend lui aussi préparer le terrain de sa réélection fin 2016.

Suite à la fusion des chambres, il remettra sa place en jeu en fin d’année lors des élections pour la présidence de la future délégation territoriale de Mulhouse. Une formalité apparemment. Gilbert Stimpflin s’est aussi annoncé candidat à la présidence de la CCI de la grande région, dont les élections sont en décembre. Mais, sur ce point, il confie hésiter encore.

L’offre d’emploi de conseiller du président est bien parue d’abord en interne dans le réseau des CCI alsaciennes. Mais Gilbert Stimpflin avait déjà fait son choix. C’est un proche, Michel Miclo, vice-président de l’actuelle CCI de Mulhouse en charge du commerce, vice-président du syndicat CG-PME Alsace qui a ses faveurs.

« De bons binômes élus-permanents »

Son idée est simple. Le directeur général de la CCI Mulhouse va partir en retraite d’ici la restructuration des chambres. Il doit être remplacé par un directeur de délégation, un poste au salaire bien moindre. Plutôt que de trouver ce directeur de délégation dans le personnel existant en Alsace, Gilbert Stimpflin entend en profiter pour faire venir à lui un homme de confiance. Pour rester efficace face à la baisse des dotations de l’Etat, Gilbert Stimpflin défend la nécessité de constituer « de bons binômes élus-permanents » :

« C’est tombé sur lui parce qu’il est bon. Il va s’occuper de la coordination des chefs de services et des relations avec les milieux politiques. Il a le même réseau politique local que moi, il pourra me remplacer dans les commissions pour que je puisse fonctionner à la CCI et auprès des entreprises que je gère. L’objectif d’ici décembre, c’est qu’il travaille en binôme avec le directeur général pour se former et être opérationnel au départ du directeur général. »

L’entreprise d’informatique de Michel Miclo est en difficulté et son embauche à la CCI tombe à point nommé. Gilbert Stimpflin rappelle cependant que son ami sera à l’essai jusqu’en décembre. Il a ouvert le poste sous la forme de deux CDD de trois mois renouvelables. Pour Claude Walch, cette offre était verrouillée dès le départ :

« Proposer ce poste en CDD, c’était s’assurer qu’aucun agent en CDI d’Alsace ne s’aventure à postuler. Ce poste est taillé sur mesure pour la personne pressentie. On avait les compétences en interne pour pourvoir un directeur de délégation. Il n’y avait pas de raison de recruter quelqu’un d’extérieur. »

Plusieurs agents ont pourtant présenté leur candidature en interne. Gilbert Stimpflin en a même retenu une mais « il lui manquait le réseau politique local ».

Article actualisé le 14/04/2016 à 10h35
L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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