Journées du patrimoine : et quid du « matrimoine » alors ?
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Journées du patrimoine : et quid du « matrimoine » alors ?

actualisé le 15/09/2016 à 23h43

Les Journées Européennes du Patrimoine (JEP) ont lieu ce week-end, les 17 et 18 septembre, ouvrant au grand public les lieux historiques et culturels. Pour la première fois à Strasbourg, Osez le Féminisme propose un parcours alternatif mettant en valeur l’apport des femmes, pour des « Journées du Matrimoine. »

Les noms de Dorette Muller, Catherine Kany ou Sophie Taeuber ne vous disent peut-être rien, et pourtant ces artistes alsaciennes font aussi partie de l’héritage culturel de l’Alsace. Sophie Taeuber est, avec son mari Jean Arp, à l’origine du ciné-dancing de l’Aubette à Strasbourg, ouvert aux visiteurs samedi 18 et dimanche 19 septembre lors des journées du patrimoine.

Pour la 33e édition des Journées européennes du patrimoine (JEP), les portes des monuments et édifices emblématiques de Strasbourg sont ouvertes au grand public, de la Grande-Île à la Neustadt, en passant par la Petite-France, autour du thème « Patrimoine et Citoyenneté » (voir ici le programme complet à Strasbourg). Mais cette année, les visiteurs pourront pour la première fois suivre un parcours spécifiquement destiné à faire découvrir les femmes qui ont marqué Strasbourg, grâce à une initiative d’Osez le féminisme.

L’héritage historique des femmes dans la vieille ville

Le parcours est disponible pendant les deux jours : départ samedi et dimanche à 14h pour un groupe et un horaire unique, au square Louise Weiss à la Petite France, pour une arrivée prévue place Broglie, 1h30 plus tard. Durant un parcours en 4 étapes, les visiteurs seront guidées par deux historiennes et militantes de l’association féministe.

Place Broglie seront évoquées les femmes dans la Révolution et la République Grzegorz Jereczek/FlickR/cc

Place Broglie seront évoquées les femmes dans la Révolution et la République. (Photo Grzegorz Jereczek/FlickR/cc)

Ce parcours au sein du « matrimoine » commence avec une présentation de la journaliste et femme politique Louise Weiss. Il amène ensuite les visiteurs place Gutenberg, pour parler du rôle des femmes imprimeurs et libraires. L’étape suivante s’arrête à la Cathédrale, où seront mises en avant des figures féminines du Moyen-âge, comme Catherine Zell, personnalité de la réforme protestante, ou Herrad de Landsberg, abbesse, poète et encyclopédiste. Le parcours s’achève place Broglie, pour découvrir celles qui ont joué un rôle dans la Révolution française puis la République.

Le parcours matrimoine traverse la Grande-Île

Le parcours matrimoine traverse la Grande-Île

Élaborée par l’équipe d’Osez le féminisme et des historiennes, la promenade culturelle est ouverte à tous, sur inscription par formulaire ou par e-mail (osezlefeminismebasrhin@gmail.com).

Pour organiser ce parcours, l’association voulait aussi essayer de lier des lieux ou thématiques à des artistes, comme Sophie Taeuber ou Lisa Krugell, qui auraient mené au Musée d’Art Moderne et Contemporain, où certaines de leurs œuvres sont exposées. Hélène, militante à Osez le féminisme 67, explique pourquoi l’association a renoncé :

« Il a été difficile de trouver des experts en la matière, des artistes ou étudiants en art pouvant commenter sur les artistes alsaciennes, moins connues que leurs homologues masculins. En revanche, la recherche auprès des historiens et des étudiants en histoire a payé, et c’est ainsi que s’est construite cette balade culturelle historique. »

Une étape à la Cathédrale pour parler des femmes au Moyen-âge David Baron/FlickR/cc

Une étape à la Cathédrale pour parler des femmes au Moyen-âge. (Photo David Baron/FlickR/cc)

Rendre les femmes visibles dans l’espace public

L’association Osez le féminisme avance que les lieux emblématiques mis en avant lors des journées du patrimoine depuis 1984 sont à 95% créés, dessinés, peints, sculptés par des hommes, alors que l’Histoire française regorge d’écrivaines, d’artistes, d’architectes, souvent absentes de l’espace public. Osez le féminisme 67 veut inverser la tendance en commençant par ce circuit.

L’objectif est d’ouvrir la discussion sur la place des femmes dans l’espace public, mais aussi dans les livres d’histoire. Née l’an dernier à Paris, l’initiative voulait éveiller les consciences et les mémoires. Le comité d’Île-de-France, à l’origine des premières journées du matrimoine à Paris, explique son combat, qu’il mène tout au long de l’année, au-delà de ces journées particulières :

« Notre héritage culturel est constitué de notre patrimoine (ce qui vient des pères), et de notre matrimoine (ce qui vient des mères). En réhabilitant la notion de matrimoine, le mot comme les femmes qui le composent, nous nous réapproprions l’héritage qu’on nous vole. »

L’antenne bas-rhinoise a alors repris le projet à son compte. Hélène explique que le but est d’engager une dynamique plus large :

« Ce parcours est une première étape, une façon de sensibiliser, pour parler de la place des femmes dans la ville et dans l’Histoire. On espère que cette première action « matrimoine » sera un point de départ pour l’an prochain. »

Car l’urbanisme reflète la place faite aux grandes figures historiques. En France, seuls 2% des noms de rues portent des patronymes féminins. À noter cependant, depuis 2008, sur les 100 noms de personnalités attribués à des espaces publics de Strasbourg, plus de la moitié ont été des noms de femmes.

Le fonds de livre anciens protestants dévoilé

Les livres ont tous été restaurés (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Les livres ont tous été restaurés (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

La médiathèque protestante de Strasbourg dévoile au public ses collections de milliers de livres anciens datant des XVème, XVIème et XVIIème siècle. Il s’agit de l’un des rares fonds ancien protestants en France, accumulé du temps où Strasbourg était protestante par l’ancien collège Saint-Guillaume et installé dans l’actuelle bibliothèque protestante de la ville en 1860.

Il recèle une centaine d’incunables, livres des premières années de l’histoire de l’imprimerie. À la frontière entre manuscrits et livres modernes, on y trouve encore des enluminures faites à la main.

La médiathèque possède des ouvrages de théologie annotés dans les marges par leurs premiers propriétaires les réformateurs alsaciens Martin Bucer ou encore Catherine et Mathieu Zell. Parmi les trésors du fonds strasbourgeois, des exemplaires uniques au monde de brochures et fascicules que les protestants se passaient sous le manteau à l’époque de la Réforme ont été conservés jusqu’à ce jour.

Tous ces ouvrages ont surmonté les épreuves du temps, dont un incendie et trois guerres. Ce sont désormais les moisissures qui les menacent. L’équipe de la médiathèque les a tous nettoyés à l’aspirateur à particules fines entre 2012 et 2013 alors qu’ils commençaient à être rongés par les champignons.

Y aller

Parcours du matrimoine, départ samedi et dimanche à 14h au square Louise Weiss à Strasbourg, Petite France. Inscription par formulaire ou par e-mail (osezlefeminismebasrhin@gmail.com).

Médiathèque protestante de Strasbourg, 1 bis quai Saint-Thomas, visites samedi 17 septembre à 14h, 15h et 16h et dimanche 18 septembre à 11h, 13h, 14h, 15h et 16h. Gratuit et sans inscription.

Aller plus loin

Sur culture.fr : le site dédié aux journées du patrimoine

L'AUTEUR
Déborah Liss
Pigiste, Strasbourgeoise, avec une passion pour l'écriture et les voyages. Intérêt pour les questions de société, l'Europe et le franco-allemand. Passée par l'IEP, L'Alsace, ARTE, et autres expériences enrichissantes!

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