Julie Brochen refuse de céder la direction du TNS, Stanislas Nordey bloqué
Culture 

Julie Brochen refuse de céder la direction du TNS, Stanislas Nordey bloqué

actualisé le 13/10/2014 à 16h19

Contrat moral, promesse ou bras de fer ? Sans accord, le conflit entre Julie Brochen, directrice du TNS, et le ministère de la Culture pourrait durer encore des mois (Photo Franck Beloncle / TNS)

Contrat moral, promesse ou bras de fer ? Sans accord, le conflit entre Julie Brochen, directrice du TNS, et le ministère de la Culture pourrait durer encore des mois (Photo Franck Beloncle / TNS)

Stanislas Nordey n’a toujours pas été officiellement nommé directeur du TNS. Et pour cause : la place est toujours occupée par Julie Brochen. Titulaire d’un contrat jusqu’en juillet 2016, la directrice a engagé un bras de fer avec le ministère de la Culture, en revenant sur un accord qui prévoyait sa démission au début de l’été.

Le 20 juin, Aurélie Filippetti, alors ministre de la Culture, proposait la nomination de Stanislas Nordey comme directeur du Théâtre national de Strasbourg (TNS), en remplacement de Julie Brochen. Mais à ce jour, le décret confirmant cette nomination n’a toujours pas paru au Journal officiel. Pourquoi ? Parce que le ministère de la Culture a un problème : Julie Brochen ne veut pas partir. Christopher Miles, directeur adjoint de cabinet d’Aurélie Filippetti, écrit :

« Les conditions qui auraient permis un départ à l’amiable de Mme Brochen, conformément avec ce qui avait été décidé et annoncé en juin 2013 avec elle, ne sont hélas plus réunies. Une procédure de départ de Mme Brochen dans l’intérêt du service a dès lors été engagée, afin de nommer Stanislas Nordey à la rentrée. »

À l’échéance du premier mandat de Julie Brochen, Aurélie Filippetti ne souhaitait pas reconduire la directrice, constatant la baisse du rayonnement du TNS. Mais la ministre a dû faire face à des pressions politiques en provenance des Socialistes et a dû composer. Finalement, en juin 2013, le ministère de la Culture annonce que Julie Brochen serait prolongée d’un an seulement, tout en lui permettant de poursuivre son travail de création jusqu’en décembre 2014. Comme cette durée d’un an n’existe pas dans le cadre légal du droit public dans lequel s’inscrivent les contrats des directeurs de théâtres nationaux, Aurélie Filipetti a été contrainte de signer un contrat de trois ans avec Julie Brochen. Mais un « contrat moral » liait la ministre et la directrice pour que Julie Brochen démissionne en juillet 2014 de son poste de directrice et qu’elle devienne artiste associée durant les six mois suivants. Sa compagnie, les Compagnons de jeu, aurait en outre été subventionnée pendant trois ans.

Une démission ? Pas question

Mais coup de théâtre (!) au début de l’été, Julie Brochen a refusé toute démission et a pris un avocat pour défendre ses intérêts, engageant un bras de fer avec le ministère. En ligne de mire pour celle qui est toujours directrice du TNS, une négociation financière portant, d’après des sources proches du dossier, sur plusieurs centaines de milliers d’euros de dédommagements au titre de divers préjudices. De mémoire d’agent du ministère de la Culture, c’est la première fois qu’un artiste rompt ce type d’accord passé avec un quelconque ministre.

Contactée, Julie Brochen a choisi de s’exprimer par la voie de son avocat, Me Patrick Caillet :

« S’agissant des négociations en cours concernant le départ de ma cliente du TNS, je n’ai pour l’instant aucun commentaire à faire. S’agissant du prétendu accord sur une démission, je vous informe que ma cliente ne l’a jamais écrit, jamais dit, ni même jamais pensé. »

En juillet 2013, Julie Brochen avouait pourtant dans nos colonnes « être sous le choc » après avoir appris qu’elle ne serait directrice que pendant un an supplémentaire. Des déclarations ensuite formulées auprès des salariés du TNS, comme le rappellent Tania Giemza et Isabelle Barbier, déléguées syndicales Syndicat National des Professionnels du Théâtre et des Activités Culturelles-CGT (représentant 20% des salariés du TNS) :

« En septembre 2013, Julie Brochen a déclaré devant les cadres et les salariés du TNS réunis en assemblée générale qu’elle était reconduite pour un an – et pas trois ! – et qu’elle deviendrait ensuite artiste associée au théâtre. Mais au mois d’octobre, elle affirmait qu’elle ne démissionnerait jamais, qu’elle allait prendre un avocat et qu’il “en allait de son honneur” que les choses ne se passent pas comme ça. Aujourd’hui, nous avons l’impression d’être les victimes d’un conflit entre la directrice et le ministère. Le blocage qui en résulte met en difficulté les 98 salariés du TNS. »

Les silences du ministère

Le “cas Julie Brochen”, dans lequel le Ministère de la Culture se trouve empêtré depuis deux mois, pose la question de la rigidité du cadre légal du droit du travail régissant les contrats des directeurs des théâtres nationaux. Dans un courrier daté du 5 août que nous nous sommes procuré, l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti a assuré à la secrétaire générale du SYNPTAC, Angeline Barth, avoir « demandé la reconduction de Julie Brochen pour une durée d’une année ». Savait-elle alors que cette affirmation ne reposait que sur le bon vouloir de Julie Brochen ? Ce sera désormais à Fleur Pellerin de déminer ce dossier.

Au TNS, le comité d’entreprise n’a été mis au courant du conflit opposant le ministère de tutelle à la directrice que le 26 août, par Michel Orier, le directeur général de la création artistique au ministère. Les salariés, eux, ne l’ont appris que vendredi 29 août, lors d’une assemblée générale avancée d’une semaine par l’administrateur du théâtre, qui assure la direction par intérim. Un silence des tutelles que les responsables syndicaux du TNS jugent « dommageable car générateur d’incertitudes et d’inquiétudes » alors même qu’ils n’ont eu de cesse, par de nombreux courriers au fil de la dernière saison d’alerter la ministre sur « le besoin d’anticiper les décisions et de nommer le prochain directeur dès le mois de janvier 2014 pour qu’il puisse anticiper sa prise de fonction et que chacun dans la maison travaille sereinement. Au lieu de cela, la proposition de nomination est intervenue le 20 juin et la nomination n’est toujours pas effective ! »

Une saison en danger ?

Evidemment, les conséquences de ce conflit pourraient nuire à la saison qui débute au TNS. L’absence de Julie Brochen pousse les syndicats à envisager d’alerter le public sur la situation en cours lors des présentations de saison des 5 et 6 septembre. Antoine Mory, administrateur du TNS, se veut quant à lui rassurant :

« Le début de saison du TNS n’est pour l’instant pas menacé. Par contre, de réels problèmes de gouvernance entre la transition des projets respectifs des directeurs se posent. La situation actuelle ralentit la mise en place du projet de Stanislas Nordey qui ne peut, puisqu’il n’est toujours pas nommé, prendre aucune décision sur la communication, les futurs choix de productions et co-productions de la maison où encore les actions artistiques portées par nos équipes. Le retard pris entraînera des coûts supplémentaires de réajustements en milieu de saison. Et puis comment se projeter dans un projet d’établissement sans aucune visibilité quant à la gouvernance ? »

Antoine Mory forme un vœu :

« Les répétitions de Pulcinella, mis en scène par Julie Brochen débutent le 20 septembre. Il m’apparaît nécessaire que Stanislas Nordey soit nommé avant cette date pour que le théâtre ne soit pas plus troublé que de raison. »

Mais pour cela, il faudrait qu’un accord intervienne entre Julie Brochen et le ministère de la Culture. Si la procédure devait aller jusqu’au tribunal administratif, les Strasbourgeois ne sont pas prêts de voir Stanislas Nordey nommé directeur, sans compter les voies de recours. Le principal intéressé prend son mal en patience :

« Je suis comme un sportif dans les starting-blocks. Un devoir de réserve s’impose à moi, même si je n’en pense pas moins. Je m’inquiète surtout du préjudice pour le TNS et pour son public si le conflit entre Julie Brochen et le Ministère devait se prolonger. »

Face à cette situation, Stanislas Nordey a néanmoins décidé de ne pas différer sa première rencontre avec les Strasbourgeois, et d’assurer les présentations de cette saison qu’il n’a pas programmé.

L'AUTEUR
Thomas Flagel
Thomas Flagel
Journaliste, arpenteur de grands espaces, à l'écoute du bruit du monde

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