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À la Foire européenne, on vend aussi de l’influence (et de plus en plus)
Economie  Politique 

À la Foire européenne, on vend aussi de l’influence (et de plus en plus)

par Jean-François Gérard.
Publié le 15 septembre 2014.
Imprimé le 28 novembre 2021 à 13:16
3 761 visites. 2 commentaires.
(Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

Au stand de la région Alsace, on imagine l’avenir sur une tablette tactile. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

La Foire européenne se termine lundi 15 septembre. L’événement est devenu un lieu pour se faire voir, autant que pour y réaliser du chiffre d’affaires. Au plus grand bonheur des institutions locales, qui ont pris les places de choix. Une partie du succès du rendez-vous se jauge aux retombées en coulisses.

Quel est le stand le plus visité de la Foire européenne ? Un communiqué de l’organisation indique qu’il s’agit « sans aucun doute » du stand de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Qui n’a pas envie de voir les vaches, les oies, les moutons ou de caresser les lapins, rarement à pareille fête en ville ? En déambulant dans les halls de la Foire, d’autres espaces ont de quoi impressionner.

Le stand du département du Bas-Rhin est, lui, un immense pavillon de 450m². Dedans, un labyrinthe héberge un jeu concours, avec voyage à Londres à gagner. Les questions portent sur l’action du Conseil général et des panneaux d’explications ludiques indiquent les réponses. Des consoles de jeu permettent aussi s’occuper. le Département se targue de 16 000 visites à mi-parcours. Rien que pour la journée du jeudi 11 septembre, pas moins de six animations différentes y sont proposées.

Dans le hall 5, le plus central et le plus lumineux, la ville de Strasbourg présente une maquette des projets urbanistiques futurs, près du Rhin. Le « bar à idées » de la région Alsace invite volontiers « à prendre un petit verre », tout en répondant à des questions sur une tablette au sujet de l’Alsace en 2030. « Une manière de recueillir des informations sur les souhaits des Alsaciens pour l’avenir », apprend on auprès d’une hôtesse d’accueil. Le point commun de ces immenses espaces ? Ils sont occupés par des institutions. On s’y amuse, on se divertit, on déguste, on s’informe, mais on n’y achète rien.

(Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

L’immense stand du département du Bas-Rhin. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

« La Foire sert aussi à passer des messages »

L’organisation ne s’en cache pas : la Foire européenne est aussi une sortie de divertissement. Claude Feurer,  directeur général de Strasbourg événements indique :

« La partie événementielle est très importante. On n’imagine pas une foire uniquement concentrée sur les aspects économiques, ou juste sur l’animation. Nous avons des retours positifs sur les spectacles et démonstrations. C’est un domaine dans lequel nous investissons de plus en plus. »

Et pour cause ! Si 80% des visiteurs consomment lors de leur passage, plus de la moitié viennent “en partie” pour les animations proposées. Strasbourg Événements se démène pour proposer chaque année des nouveautés et des journées à thème (Tous à vélo, journée de l’artisanat, de l’agriculture, Rétro Party). Un cadre qui facilite les achats, pas loin « du temps de cerveau disponible », dont parlait le directeur de TF1, en 2004. Dans cette atmosphère « conviviale », les institutions prennent une place de choix comme le remarque Claude Feurer :

“Malgré le contexte des réductions budgétaires, les collectivités territoriales continuent de venir. C’est l’occasion pour elles de créer du lien avec des particuliers qu’ils ne rencontrent pas forcément le reste de l’année. Le Conseil général explique son rôle, plus social et la Région sa dimension économique.”

Pas du luxe dans un climat de rejet des institutions politiques et, cette année, d’opposition à la réforme territoriale. Sur ces stands, pas un mot sur un rapprochement éventuel avec la Lorraine ou la Champagne-Ardenne ou de dissolution du département dans un Conseil d’Alsace, subitement revenu sur le devant de la scène cet été. Claude Feurer précise que « la Foire sert aussi à passer des messages », économiques bien-sûr, comme avec les concours mettant en valeur l’artisanat ou la restauration de la région, mais aussi politiques, dans le sens noble du terme.

(Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

Intervention Bernard Stalter président de la Chambre des Métiers d’Alsace. Dans son discours, il parle des bien faits des circuits court qu”il oppose à la grande distribution. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

À côté du Jardin des délices, on retrouve par exemple, les syndicats des Fruits et Légumes d’Alsace ou des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. La SPA de Strasbourg, bien qu’elle recueille des dons et vend quelques jouets, ne vient pas dans un but premier de faire du commerce, mais pour sensibiliser et trouver des familles d’accueil pour animaux abandonnés.

Parmi ces marchands d’idées ou d’influence, on compte un nouveau cette année : le hamster d’Alsace et sa grande mascotte « qui aide à rendre ce hamster sympathique », dixit une membre du projet Alsace LIfe hamSTER (ALISTER), un jeune programme destiné à pérenniser les populations de Grands hamsters alsaciens.

Cette mascotte doit rendre le hamster alsacien plus sympathique aux visiteurs. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

Cette mascotte doit rendre le hamster alsacien plus sympathique aux visiteurs. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

En coulisse, les affaires vont bon train

Le hall du pays invité illustre cette tendance, qui veut que la Foire soit de plus en plus le rendez-vous des acteurs institutionnels. Là où l’on retrouve d’habitude des vêtements, des aliments et des produits artisanaux, se situent cette année la Chambre du commerce ou l’office national du tourisme algérien ou le ministère du Commerce. Une délégation de la Chambre de Commerce et de l’Industrie (CCI) et de la Région Alsace doit à son tour traverser la Méditerrannée, après avoir accueilli deux fois le ministre du Commerce algérien au parc des expositions pour nouer des partenariats économiques.

Le choix du pays maghrébin s’explique en partie par le projet de jumelage avec la ville d’Oran dans les semaines à venir. L’invitation a aussi donné lieu à une quinzaine du cinéma algérien à l’Odyssée. On bien est loin de l’image des démonstrateurs qui haranguent le chaland. Un marchand de colles implanté en Alsace, mais habitué à se rendre sur les foires de l’Est de la France, reconnaît qu’il y a une certaine spécificité strasbourgeoise :

“À Strasbourg, les institutions sont choyées et très représentées. Elles captent une grande partie de l’attention avec leurs gros moyens. Personnellement, ça ne m’impacte pas, car j’ai une clientèle d’habitués qui sait où me trouver et connait mes produits. Pour ceux qui viennent dans le but de se faire connaître, cela peut être un handicap.”

(Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

Les inventions des participants au concours Lépine rencontrent un succès régulier. Certains viennent pour vendre leur invention, d’autres dans l’espoir de trouver quelqu’un avec qui la développer. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

En 2012, l’ancien président de la CUS (2001-2008), Robert Grossman (UMP) livrait à Rue89 Strasbourg un constat assez froid sur la situation :

« Ce qui se passe, c’est que les exposants désertent d’année en année les halls et sont remplacés par des institutionnels dont les espaces sont de plus en plus grands ».

Une remarque qui faisait écho à Jean-Marie Malaisé, gérant d’Alsace Machines à coudre et exposant depuis 30 ans :

« Depuis quelques années, nous sommes installés à l’arrière du Hall Rhénus, avec les démonstrateurs, les vendeurs de vêtements ou autre. C’est ennuyeux car il y fait très chaud et il y a beaucoup de bruit. Avant, nous étions dans le Hall 5 (l’ancienne patinoire). C’était bien plus lumineux, on pouvait mieux mettre en valeur nos produits. »

Le stand du syndicats des Fruits et Légumes d'Alsace, visible de loin. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

Le stand du syndicats des Fruits et Légumes d’Alsace, visible de loin. (Photo JFG /Rue89 Strasbourg)

Indicateurs économiques stables

L’entreprise ne figure plus sur la liste des exposants cette année. Pourtant, la fréquentation (environ 200 000 visiteurs), comme le chiffre d’affaires des exposants (40 millions d’euros par an et un panier moyen de 379€) restent stables, ce dont l’organisation dit se satisfaire. Le rendez-vous strasbourgeois résisterait mieux que les autres foires commerciales françaises. Plus que le nombre de visiteurs, toujours faciles à gonfler à coup d’invitations, Claude Feurer est attentif « au climat d’affaire général », là aussi qu’il estime positif :

« Peut-être aussi que certains commerçants ont revu leurs ambitions à la baisse avec les années », glisse le directeur général de Strasbourg Événements. « Les stands dont le succès se confirme d’années en années  sont ceux d’agro-alimentaire, d’artisanat alsacien et du concours Lépine. Ils sont un peu l’identité de la Foire. »

Il n’empêche que la-non présence d’un ministre pour l’inauguration a soulevé quelques interrogations. Cette tâche est revenue cette année au secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland. Un invité curieux, l’institution représentant davantage le droit et la diplomatie, que l’économie. Événement devenu trop local ? Plus assez économique ? Le choix s’est en tout cas avéré judicieux, puisqu’un remaniement improvisé suite aux propos du l’ancien ministre de l”Économie, Arnaud Montebourg, aurait pu de mettre tout le monde dans l’embarras.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Comment ne pas se faire avoir à la Foire européenne

Article actualisé le 15/09/2014 à 23h02
L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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