500 manifestants et de nouveaux soutiens à la lutte contre le Bastion Social Strasbourg
Société 

500 manifestants et de nouveaux soutiens à la lutte contre le Bastion Social Strasbourg

Samedi 20 janvier, parents d’élèves, étudiants strasbourgeois et militants antifascistes lyonnais et allemands sont venus grossir les rangs de la manifestation contre l’implantation du Bastion Social à Strasbourg. Environ 500 personnes ont répondu à l’appel du collectif « Fermons L’Arcadia, local fasciste à Strasbourg ». La marche, surveillée de près par un important dispositif policier, s’est déroulée sans incident.

De la place de Zürich à l’Orangerie, des slogans antifascistes allemands, italiens et français ont résonné dans l’après-midi du 20 janvier à Strasbourg. Environ 500 personnes ont répondu à l’appel du collectif « Fermons L’Arcadia, local fasciste à Strasbourg ». Malgré une pluie continue, les opposants au local identitaire ont réussi à mobiliser une centaine de personnes supplémentaires par rapport à la première manifestation, le 9 décembre 2017. Autre objet de satisfaction pour les organisateurs : la protestation s’est diversifiée grâce à la présence de parents d’élèves, de militants venus de Lyon et d’Allemagne et de nouveaux étudiants strasbourgeois. (voir ici une vidéo de la manifestation)

La tête du cortège manifestant pour la fermeture de L’Arcadia. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Des membres de l’administration scolaire présents pour défendre le vivre-ensemble

Vers 14h20, les manifestants quittent la place de Zurich pour se diriger vers le quai des Bateliers. Une dizaine de membres de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’activent. C’est la première fois que l’association participe à une action contre l’implantation du Bastion Social à Strasbourg. Etienne Champion en fait partie. Il est venu s’opposer à l’idéologie de rejet à la base du groupuscule identitaire :

« Les actions caritatives de ce groupe ne doivent pas faire oublier que l’objectif est de déstabiliser le tissu social en opposant des personnes catégorisées comme « vrais Français » aux autres. Nous sommes là en soutien aux personnes issues de l’immigration qui habitent dans le quartier de l’Esplanade. »

À quelques dizaines de mètres des drapeaux du Nouveau Parti Anticapitaliste, des Jeunesses Communistes et de la CGT, des manifestants moins bruyants suivent le cortège. Xavier Schneider se trouve parmi eux. Le président de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) du Bas-Rhin ne s’est pas contenté de signer l’appel à manifester du collectif « Fermons L’Arcadia, local fasciste à Strasbourg ». Pour lui, défiler aujourd’hui fait partie de son rôle de représentant :

« C’est la première fois que nous soutenons officiellement une telle manifestation pour la fermeture d’un local d’extrême-droite. Je ne fais que représenter les parents d’élèves qui m’ont fait remonter leurs inquiétudes sur la proximité d’un groupuscule identitaire avec des établissements scolaires. Ils sont nombreux à craindre des violences contre les élèves issus de l’immigration. »

Une conseillère principale d’éducation (CPE) se trouve aussi à l’arrière de la manifestation. Elle travaille dans un établissement à proximité de L’Arcadia. La CPE accepte de témoigner sur les raisons de son engagement pour la fermeture du local identitaire, à condition de rester anonyme :

« Nous ne pouvons tolérer la présence d’une idéologie du rejet à proximité d’écoles où l’on enseigne le vivre-ensemble. »

La manifestation est partie de la place de Zürich vers le quai des Bateliers puis le Palais Universitaire. Les opposants à L’Arcadia ont ensuite gagné le parc de l’Orangerie en passant par l’Avenue des Vosges et le Boulevard de la Marne. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Des parents d’élèves inquiets

Après avoir défilé sur l’avenue d’Alsace, puis celle des Vosges, les manifestants se dirigent vers le parc de l’Orangerie. En fin de cortège, on trouve un couple de parents d’élèves. Le père porte son enfant sur les épaules. Il accepte de témoigner :

« Nous sommes venus pour la première fois ici parce que nous avons un fils à l’école internationale Robert Schumann. Nous avons choisi cette école en raison de la mixité qu’on peut y trouver. Alors avoir un bar identitaire dans le quartier de l’Esplanade, ça nous dérange. Depuis que l’on sait que le trésorier de l’association identitaire figure parmi les coupables de l’agression xénophobe du 9 décembre, nous sommes inquiets des éventuels faits de violence qui peuvent encore avoir lieu. »

Pour Eric Schultz, adjoint au maire de Strasbourg (La Coopérative) et signataire d’une tribune pour la fermeture de L’Arcadia, le mouvement gagne en diversité :

« J’ai l’impression que cette manifestation a mobilisé au-delà du cercle militant habituel. Il faut continuer d’exprimer notre opposition à ce groupuscule. Je suis sûr que l’État n’a pas tout fait pour mettre la pression sur le Bastion Social Strasbourg. »

Des militants antifascistes venus d’Allemagne et de Lyon

Parmi les nouveaux soutiens au collectif « Fermons L’Arcadia », il y a aussi des militants lyonnais. Ils sont cinq du Groupe Antifasciste Lyon et Environs. Lakdar en fait partie. Il décrit les liens entre les activistes antifascistes de Strasbourg et de Lyon :

« Nous sommes venus en solidarité avec les camarades strasbourgeois. Ils s’étaient rendus à Lyon quand le Bastion Social tentait d’y ouvrir un squat. Alors, aujourd’hui, nous sommes là afin d’empêcher ce groupuscule identitaire d’avoir un local. L’idéologie néofasciste ne peut pas s’implanter durablement à Strasbourg. »

Des militants antifascistes de Karlsruhe, Fribourg et Offenbourg sont venus grossir les rangs de la manifestation. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Au milieu du cortège de tête, un militant venu de Fribourg porte le drapeau du réseau antifasciste allemand « Antifaschistische Aktion ». Selon le jeune, il serait impensable qu’un tel local s’implante dans sa ville :

« Heureusement, il n’y a pas de mouvement comparable au Bastion Social à Fribourg. Mais je viens ici parce qu’il est inacceptable de laisser un groupe identitaire s’installer à Strasbourg. Il faut les empêcher de s’organiser car leur seul objectif est de diviser la société pour promouvoir les idées xénophobes de l’extrême-droite. »

Un « week-end antifasciste » prévu le 3 et 4 mars

Vers 16h30, la manifestation touche à sa fin dans le jardin de l’Orangerie. Sous un kiosque de marbre, surnommé « Temple d’Amour », les organisateurs distribuent du thé, de la soupe et du pain. Alexandre, étudiant en design à Strasbourg, est sur le point de partir. Il confie ses craintes face à l’installation d’un groupuscule d’extrême-droite dans le quartier de l’Esplanade :

« J’ai toujours trouvé que Strasbourg était une ville tranquille. Depuis l’agression du 9 décembre, je suis inquiet lorsque je passe à proximité du local… »

La manifestation s’est terminée dans le parc de l’Orangerie, où les organisateurs ont distribué du thé, de la soupe et du pain. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

À 17 heures, il ne reste plus qu’une cinquantaine de manifestants dans le jardin de l’Orangerie. Lola est encore là. Elle fait partie du collectif à l’origine de la manifestation. Cette membre des Jeunesses Communistes demande à tout le monde de rentrer par petits groupes. Chez les militants antifascistes, la crainte des représailles n’est jamais loin.

Pour Lola, cette manifestation n’est que le début de la mobilisation contre le Bastion Social Strasbourg :

« Nous continuerons de lutter tant que L’Arcadia restera ouvert. Nous souhaitons aussi prendre de l’ampleur pour notre prochaine action. Le week-end du 3-4 mars, nous organiserons un week-end antifasciste avec des concerts, des conférences et une nouvelle manifestation. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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