Le Haut-Rhin refuse la fusion alsacienne
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Le Haut-Rhin refuse la fusion alsacienne

C'est non (Photo FlickR / CC)

C’est non (Photo FlickR / CC)

Le référendum sur la fusion des collectivités territoriales alsaciennes est un échec. Si le « oui » a dominé dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin a voté « non » à 55%, et particulièrement à Colmar. Dans les deux départements, la participation n’a pas été suffisante. Du coup, le Parlement ne sera pas saisi de la fusion des trois collectivités alsaciennes.

(Dernière mise à jour à 23h14) – Les Alsaciens n’auront pas une collectivité territoriale alsacienne unique, pas dès 2015 et avant tout le monde en tout cas. La participation dans le Haut-Rhin n’a pas dépassé les 42% et en conséquence, le nombre de bulletins « oui » dans les urnes haut-rhinoises n’a pas été suffisant.

Car pour que le référendum soit validé comme répondant « oui » à la question de la fusion des collectivités territoriales alsaciennes, il fallait que chaque département réponde « oui » en majorité et qu’au moins un quart des électeurs inscrits aient voté oui. Par conséquent, plus la participation est faible et plus le score du « oui » doit être important : à 40% de participation par exemple, il faut environ 65% de oui pour qu’il soit validé.

Or le Haut-Rhin a voté « non » à 55%, ce qui stoppe là le processus de fusion.

Ainsi à Mulhouse, le « oui » l’a emporté de justesse avec 50,17% des voix, mais avec seulement 24,67% de participation ! A Colmar, la mobilisation a été forte… mais pour le non ! La capitale du Haut-Rhin a voté à 67% pour le non, avec une participation de 36,28%. Ce résultat s’explique par l’activisme du maire de Colmar, Gilbert Meyer, en faveur du « non » et les atermoiements du président du conseil général du Haut-Rhin, Charles Buttner.

Par ailleurs, certains électeurs de Colmar, capitale administrative du Haut-Rhin, ont cru perdre, à tort, le conseil général et la préfecture qui sont des poumons économiques de cette petite ville. Au final dans le Haut-Rhin, seulement 37% des électeurs se sont mobilisés pour ce scrutin, pour le valider, il aurait fallu que le résultat soit composé à 68% de bulletins « oui »…

Jo Spiegel, maire (PS) de Kingersheim et conseiller général, était pour « oui ». Il s’avoue déçu aujourd’hui :

« Ce n’est pas l’idée de la fusion que les électeurs ont rejetée aujourd’hui. C’est l’abstention qui a gagné, à cause du climat politique dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, et qui ne donne pas envie aux électeurs de voter. Alors voilà, on a laissé partir ce train pour 20 ans, alors que c’était un commencement et non un aboutissement. »

67% de « oui » dans le Bas-Rhin

Dans le Bas-Rhin en revanche, les électeurs ont approuvé l’idée de fusionner les collectivités à 67,53% mais là encore, la participation a été trop faible pour valider le scrutin (22,90% de bulletins « oui » parmi les inscrits). A Obernai, le « oui » l’a emporté à 77,2% mais avec seulement 32,64% de participation. A Molsheim, 77,33% de « oui » avec 41% de participation. A Strasbourg, le « oui » caracole à 70%, mais avec une participation sous les 30%…

Pour le président du conseil général du Bas-Rhin, Guy-Dominique Kennel, il a manqué un temps d’explication :

« C’est difficile de mobiliser pour une réforme institutionnelle. Les gens votent d’habitude pour une personne ou un parti et là, on leur demande de se prononcer sur un projet. On n’a pas su expliquer suffisamment les bénéfices que les Alsaciens auraient pu tirer d’une fusion des collectivités. J’ai mis en avant plusieurs exemples concrets, mais qui n’ont jamais été repris par les médias. »

Philippe Richert déçu, réglera ses comptes plus tard

Intervenant à l’Hôtel de Région à Strasbourg dimanche soir, le président du conseil régional Philippe Richert n’a pas caché sa déception face à l’échec du référendum, qu’il a mis sur le compte de l’affaire Cahuzac :

« Quand des élus, au niveau national, ont des comportements inadmissibles, on peut comprendre que les électeurs n’aient pas envie d’aller voter pour une réforme institutionnelle. On a entendu aussi tellement de choses fausses, mais suffisamment efficaces pour mobiliser les partisans du Non, comme la disparition de la préfecture de Colmar ou le licenciement de milliers de fonctionnaires… C’est dommage qu’on n’ait pas pu avancer plus vite vers la simplification de nos adhésions. »

La réaction de Philippe Richert, entre projecteurs et caméras

Mais Philippe Richert a eu beau fustiger Jérôme Cahuzac, il sait bien que ce qui a plombé le « oui » dans le Haut-Rhin, ce sont certains élus de sa majorité, qui ont fait le service minimum et n’ont jamais organisé de réunion publique dans leur canton en faveur de la fusion. Sans leur relais, était-il seulement possible de mobiliser au delà des militants en faveur de la fusion ? « Ce soir, on accepte le résultat, a précisé Philippe Richert. Demain, on l’analysera. »

Pour Catherine Trautmann, députée européenne et adjointe au maire de Strasbourg, la faute retombe sur les élus de la majorité alsacienne, qui n’ont pas su expliquer en quoi cette réforme était une bonne idée :

« Il fallait des assurances sur la vraie simplification et sur l’impact fiscal d’une telle réforme, deux éléments qui ont été absents. Les villes elles-mêmes ont été ignorées dans ce projet qui n’a pas su proposer de dimension européenne. Je regrette qu’un enjeu aussi important ait été aussi mal traité. »

Dans un communiqué, le PS du Haut-Rhin, qui était pour la fusion contrairement au PS du Bas-Rhin, espère que le rapprochement des deux départements alsaciens continuera « de façon plus ponctuelle, avec la mise en place d’un schéma régional des transports, ou encore les fusions des agences économique et touristique. » Ah oui, tiens, il sera intéressant de voir si ces projets résistent à l’échec de la fusion des collectivités ou s’ils avortent au grand soulagement de leurs salariés.

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L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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