Le personnel des laboratoires sous pression avec les grandes campagnes de tests Covid
Société 

Le personnel des laboratoires sous pression avec les grandes campagnes de tests Covid

Charge de travail décuplée, sous-effectifs, clients agressifs… Des employés de laboratoires d’analyses témoignent du changement brutal de leur métier ces derniers mois.

Elisabeth, la cinquantaine, est technicienne de laboratoire chez Biogroup à Strasbourg. Depuis le début de la pandémie, son médecin lui a déjà prescrit deux arrêts du travail. Mi-mars, elle est d’abord arrêtée deux semaines après avoir présenté les symptômes du coronavirus. À son retour, elle enchaîne les semaines de près de 50 heures. Fin juillet, surmenée, elle fait un malaise sur son lieu de travail. Aux urgences, un médecin lui diagnostique une série de « mini-AVC ». Après trois semaines d’arrêt et 15 jours de congés, Elisabeth est de retour dans son laboratoire malgré la cadence infernale qui l’attend. Elle va mieux « grâce aux médicaments ». Sans eux, elle a du mal à trouver l’équilibre.

« Quatre fois notre activité habituelle »

Élisabeth n’est pas la seule à avoir craqué. Rien que dans son laboratoire, trois secrétaires surmenées ont obtenu des arrêts maladie depuis le début de la pandémie. Ces dernières semaines, son établissement réalise 100 à 130 prélèvements PCR par jour. Ce à quoi s’ajoute les tests sérologiques et l’activité habituelle de collecte du laboratoire.

Dans un autre laboratoire de Biogroup, celui de l’Ancienne douane, le directeur David Marx témoigne en ce mois de septembre d’une activité « quatre fois plus forte » qu’en temps normal :

« On est proche de la rupture. Les secrétaires fournissent un travail énorme, elles enregistrent 20 à 25 patients par heure. On doit trouver une organisation à laquelle on n’a pas le temps de réfléchir. »

David Marx, biologiste et directeur du laboratoire Biogroup ancienne douane

Le personnel est amenée à effectuer des heures supplémentaire, mais en plus les heures de travail sont plus chargées qu’à l’accoutumée. « Dans un des laboratoires où je travaille, je suis à mon poste en continu de 7h à 12h30, sans aucune pause », témoigne Sabine, secrétaire médicale strasbourgeoise.

Élève en troisième année de médecine, Timothée Vincent travaille cet été pour Bio67. Il circule entre les différents laboratoires, mais aussi les stands de tests en plein air, où il prête main forte aux techniciens pour les prélèvements. Lundi 7 septembre, il était au stand de la foire européenne où les visiteurs peuvent se faire tester sans rendez-vous, ni ordonnance. En une journée, son équipe a réalisé environ 500 dépistages.

Lundi matin, une queue se forme déjà devant le laboratoire de l’Ancienne douane malgré la prise en charge rapide des patients. (photo MB / Rue89 Strasbourg)

Des laboratoires en manque de moyens

Face à la demande accrue les laboratoires sont en sous-effectif. Ces structures ont du mal à recruter du personnel qualifié. Une difficulté liée à un manque d’attractivité, selon Elisabeth :

« Les jeunes ne se tournent plus vers la profession de technicien de laboratoire. Je les comprends. Depuis qu’on a été racheté par de grands groupes, le métier a été énormément dévalué. Avant on était polyvalents. Aujourd’hui, on ne fait plus les analyses nous-mêmes. On transmet à un plateau technique. Le salaire d’embauche tourne autour du SMIC et on n’a même pas touché la prime Covid. Au Ségur de la santé, nos représentants ont été invités avant d’être laissés sur le pas de la porte. »

Elisabeth, technicienne de laboratoire chez Biogroup

Selon Daniel Marx, le problème de recrutement porte moins sur le personnel apte à réaliser les tests : « La technique du test est simple, explique le responsable de laboratoire, on pourra toujours se tourner vers les professions de la protection civile, vers les pompiers, etc, pour nous assister. » Daniel Marx s’inquiète plutôt du recrutement des secrétaires médicales :

« On utilise un logiciel de métier complexe. Quand on embauche quelqu’un il faut d’abord le former. À cela, s’ajoute le problème de la configuration des laboratoires. On est limités par le nombre de postes et d’ordinateurs à notre disposition. »

Daniel Marx, biologiste et directeur du laboratoire Biogroup ancienne douane

Une ambiance de travail tendue

En plus d’être constamment sollicités, les personnels doivent gérer des patients « plus agressifs depuis le déconfinement », raconte Sabine :

« Les patients sont pressés, furieux, ils paniquent. Ils sont beaucoup moins compréhensifs que d’habitude. »

Sabine, secrétaire médicale

Sabine ne s’est jamais fait insulter. Elisabeth s’est déjà vu répondre « à cause de vous je vais mourir », lorsqu’elle a annoncé au téléphone que des résultats auraient du retard. Secrétaire dans un laboratoire Bio67, Nadia (prénom modifié) s’est fait « traiter de pute », lorsqu’elle demandait à une dame de sortir du laboratoire.

Cécile (prénom modifié) a pu constater une ambiance plus sereine qu’en labo lorsqu’elle était sur un stand à la foire européenne, malgré l’affluence.

Pour Sabine, c’est plutôt le risque de contagion lié à la configuration des laboratoires qui est une source de stress :

« On manipule des fiches, des cartes vitales en permanence. Dans la précipitation, on ne sait plus si on s’est lavé les mains entre chaque manipulation. Dans un des laboratoires, la salle d’attente n’a pas de fenêtres. On est en intérieur, au contact de patients qui toussent et ont de la fièvre. »

Sabine, secrétaire médicale
Les laboratoires s’arrangent du mieux qu’ils peuvent pour respecter les consignes sanitaires. Ici les salles de prélèvement n’ont pas de fenêtres, le test PCR se fait donc dans l’encadrement de la porte de derrière. (photo MB / Rue89 Strasbourg)

L’appréhension à l’arrivée de l’automne

Personnels et directeurs de laboratoire voient arriver la rentrée avec inquiétude. Les étudiants en médecine embauchés pendant l’été vont reprendre les cours et il sera difficile de les remplacer. Deux externes actuellement mobilisés à plein temps, indiquent qu’ils ne pourront travailler que « quelques heures par semaine », plutôt le week-end, une fois les cours repris en octobre.

Interviewé par France Bleu Alsace le 8 septembre, Lionel Barrand, président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux, reconnait que des secrétaires ont été « agressées verbalement » et même « physiquement à Paris ». Il soulève un autre problème. Avec l’automne, c’est le retour du rhume et de la grippe dont les symptômes ressemblent à ceux du Covid :

« Toutes les personnes qui vont avoir un nez qui coule ou de la fièvre seront suspectées de Covid, […] on ne pourra plus dépister tout le monde dans les temps. »

Lionel Barrand, président du syndicat national des jeunes biologistes médicaux

Il enjoint donc la population à se vacciner et le gouvernement à revoir sa politique de dépistage : « Il faut cibler les personnes présentant des symptômes et les cas contacts ».

L'AUTEUR
Marie Bonnassie
Marie Bonnassie
Étudiante en sociologie, intéressée par la politique, la philo et l'histoire ancienne

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