Législative partielle : les réponses des candidats à vos questions
Politique 

Législative partielle : les réponses des candidats à vos questions

actualisé le 24/05/2016 à 15h42

Comment se comportera votre futur député ? Les réponses des 14 candidats sur « Questionnez vos élus » aux internautes ont été nombreuses. Avant de voter dimanche, voici leurs positions.

Qui a dit que l’élection partielle ne passionnait pas ? Les internautes ont posé pas moins de 281 questions aux candidats à la législative partielle qui se tient à Strasbourg les 22 et 29 mai prochains ! Et encore, les doublons ont été modérés par notre partenaire « Questionnez vos élus ». La plateforme a aussi constaté que les interrogations étaient « de meilleure qualité » par rapport aux autres campagnes électorales. Revue des thèmes abordés.

Réforme du code du travail

Sujet d’actualité, les candidats ont été questionnés sur le projet de réforme du code travail de la ministre Myriam El-Khomri. Sans surprise, le candidat PS Éric Elkouby se retrouve bien seul pour défendre le projet de loi du gouvernement, tout en prenant quelques distances :

« Pour ce qui me concerne, je suis favorable à la simplification des procédures administratives en matière d’emploi car il faut encourager les créations d’emploi, c’est une priorité. Néanmoins, ça ne doit pas se faire au détriment de la protection des salariés.« 

Les autres s’y opposent pour différentes raisons. Une régression sociale, côté Simon Baumert (EELV), Julien Ratcliffe (PCF) ou du rapport patronat-salariat pour Murat Yosgat (Parti Égalité et Justice). Un texte qui n’apporte pas assez de réponses pour Jean-Emmanuel Robert (LR), Andréa Didelot (FN). Guillaume d’Andlau aimerait un code du travail différencié entre les petites et les grandes entreprises.

Article 49-3

Pour faire adopter le texte en première lecture, le gouvernement a dû utiliser l’article 49-3 de la Constitution, car une majorité de députés, dont une partie du PS n’étaient pas prêts à voter la loi. Cet article permet d’adopter une loi sans la voter, sauf si les élus votent la démission du gouvernement Sauf que si les députés votent une telle disposition, le président pourrait en représailles dissoudre l’Assemblée nationale et donc certains députés PS n’ont pas souhaité aller aussi loin, notamment par peur de ne pas être réélu et de voir l’élection d’une majorité de députés de droite. Les candidats ont donc aussi été interrogés sur ce point.

Éric Elkouby justifie son utilisation :

« Le recours à l’article 49.3 de notre Constitution est une décision qui peut sembler brutale. Mais elle est parfois nécessaire, en particulier lorsque certains élus veulent délibérément faire de l’obstruction parlementaire. »

Jean-Emmanuel Robert ironise sur les « soucis de mémoire » du PS sur le sujet, qui critiquait la disposition, Mais comme Laurent Py (UDI), il n’est pas défavorable à cet outil inscrit dans la Constitution. Les autres candidats trouvent son utilisation anti-démocratique et révélatrice de la faiblesse du pouvoir.

Pour Pacha Mobasher, le problème est plus large :

« Peut-être que l’application du 49-3 est anti-démocratique, mais c’est seulement parce que le système de base est anti-démocratique. Le 49-3 et son usage par tous les partis politiques de droite comme de gauche le démontrent bien, le choix des électeurs, exprimés dans les urnes, n’est pas respecté lors des votes dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale ! »

Etat d’urgence

Alors que le dispositif militaire de l’état d’urgence vient d’être prolongé une troisième fois jusqu’au 28 juillet, un internaute a voulu savoir la position des candidats. Solidaire du gouvernement, Éric Elkouby est suivi seulement par Francis Meynier. Les autres candidats sont plus ou moins sévères envers le dispositif (restrictions de libertés, inefficacité, outil de communication, aveu de faiblesse…) et tentent de se démarquer. À noter que Jean-Emmanuel Robert, qui a mis la sécurité au cœur de son programme, n’a pas répondu, comme à 57% des questions.

Que faire en un an ?

Un des internautes a bien compris qu’en un an, un député fraîchement élu aura peu d’impact sur la vie publique. L’occasion d’interpeller quatre prétendants sur ce point.

Simon Baumert tiendra à « rappeler ce pour quoi les écologistes se mobilisent » et s’impliquera sur les dossiers locaux (Fessenheim, taxe poids-lourds, GCO), pour Andréa Didelot, son seul rôle sera de « représenter le peuple avec Marion-Maréchal Le Pen et Gilbert Collard »,tandis que Laurent Py s’attellera à interpeller sur la situation du quartier de l’Elsau, notamment aux abords de la prison. Quant au Montpellerien Francis Meynier qui n’a pas imprimé ses bureaux de vote… « On peut toujours rêver » résume-t-il.

Réserve parlementaire

C’est peut-être le pouvoir le plus direct qu’aura le nouveau député élu pour un an seulement : l’usage pour un an de sa réserve parlementaire. Mesure anti-démocratique et parfois clientéliste, bien qu’enfin transparente depuis 2013, elle permet à chaque député de verser jusqu’à 130 000 euros d’argent public à des associations ou des collectivités locales comme bon lui semble.

Seuls Guillaume d’Andlau, Francis Meynier (tous deux sans étiquette) et Simon Baumert (EELV) se disent opposés, même s’ils précisent comment ils l’utiliseraient en attendant. Pour les autres, les domaines ciblés varient : les initiatives locales, notamment économiques (PS, UDI), le culturel et social (PCF), le bien-être et le vivre-ensemble (PEJ, Unser Land, Guillaume d’Andlau), la remise en état des lieux historiques (FN), les quartiers défavorisés (Francis Meynier) ou par une commission d’attribution ouverte à tous (EELV),

l’UDI pour le contrat unique

Le questionnaire nous apprend que l’UDI est favorable au contrat unique, comme l’explique Laurent Py :

« Un CDI pour tous aux conditions d’accès et de sortie facilitées. 87% des embauches se font aujourd’hui en CDD. Supprimer le CDD pour un contrat unique plus flexible permettrait de rassurer les entreprises mais également de lever les discriminations qui pèsent sur les personnes ne CDD (prêt, logement…). »

Cette proposition du prix Nobel d’Économie français Jean Tirole permettrait à chaque salarié d’avoir des droits progressif au fil du temps. Nombre de Français qui n’ont pas vu leurs CDD transformés en CDI seraient toujours sous contrat avec ce dispositif. Une telle mesure a été instaurée en Italie en 2015, mais l’idée est pourtant absente du débat public français. Aucun candidat à la primaire de la droite a reprise l’idée dans son programme.

L’ingénieur ajoute :

« J’ai une nette préférence pour un capitalisme “familial” à l’allemande par rapport à celui “à l’anglo-saxone” vers lequel tire la France »

Locations d’appartement entre particuliers

Thème qui intègre la révolution numérique, sur laquelle les députés français sont assez discrets, celui des locations saisonnières d’appartements entre particuliers, via des sites internet comme AirBnB. Strasbourg et son centre sont particulièrement concernés. Tous les candidats qui ont répondu plaident pour un encadrement, notamment en s’inspirant de ce qui a été fait à Berlin (autorisation de louer seulement une pièce) ou Paris (durée limité à 4 mois par an). L’enjeu est de ne pas interdire les locations ponctuelles, sans pour autant faire concurrence au secteur hôtelier.

Élu et cumul des mandats

Les candidats ont beaucoup été questionnés sur le profil des élus, leurs indemnités et leurs mandats. Pourquoi tant de fonctionnaires sont candidats (mais si peu de femmes) ? Sont ils favorables au cumul en nombre et dans le temps ?

Éric Elkouby, élu multi-casquettes (adjoint au maire, conseiller départemental) plaide pour « statut de l’élu », tout comme Guillaume d’Andlau et Jean-Emmanuel Robert, mais ce dernier propose de réduire leur nombre (600 000). Pacha Mobacher plaide même pour un statut du candidat, pour que l’employeur privé soit aussi conciliant que celui du public. Une différence de traitements que soulève aussi Laurent Py, qui vise plus particulièrement les candidats qui ont déjà un mandat et font campagne sur leur temps de travail. Pour Julien Ratcliffe, c’est avant tout la fracture sociale qu’il faut résoudre, plutôt que d’opposer les salariés

Sur le cumul, la plupart se disent opposés, mais tous ne sont pas vraiment précis. Cinq fixent clairement une limite dans le temps : Simon Baumert (2 mandats maximum), Laurent Py (2) et Murat Yosgat (3), Francis Meynier Guillaume d’Andlau (12 ans, soit 2 mandats). Pour les cumuls au même moment, c’est le flou artistique et il n’est pas obligatoire de passer par une loi. Surprise, Éric Elkouby qui brigue un troisième mandat simultané avec cette élection se dit pourtant défavorable et qu’il appliquera la loi s’il est élu. Il ajoute « l’époque où des candidats se présentent 5 ou 6 fois semble révolue ». Pour Jean-Emmanuel Robert, cumuler un mandat de conseiller municipal et de parlementaire (député et sénateur) est le maximum. Andréa Didelot (FN) est favorable au cumul, même s’il promet de démissionner de son mandat de conseiller régional d’opposition s’il est élu.

À noter qu’à partir de 2017, le cumul des mandats exécutifs sera interdit (par exemple, adjoint au maire et député, vice-président de région ou de département et sénateur, etc). Mais la droite a exprimé son intention de revenir sur cette loi.

L’Ovni Ma Voix

Fidèle à sa démarche qui est de demander l’avis aux citoyens avant d’agir via son site, #MaVoix et son candidat tiré au sort Daniel Gerber répondent souvent qu’il est « impossible de répondre à votre place ». Un internaute demande si le candidat voterait pour la peine de mort si les internautes le souhaitent. Le collectif répond qu’il ne fait des choix par sondage :

« #MaVoix ce n’est pas du choix « par sondage ». #MaVoix défend l’idée d’une participation citoyenne plus active et essaye d’en faire l’expérience. #MaVoix ce n’est pas le culte de la majorité mais le souhait que toutes les voix puissent être entendues. Et au-delà du vote en lui-même, il y a cet objectif de participation citoyenne, de débat, d’implication de tous, de favoriser l’intelligence collective. L’argument de la peine de mort est très souvent cité pour contrer la démarche, mais doit-il empêcher d’expérimenter, de tester de nouvelles pratiques ? »

Les autres candidats ont aussi été questionnés sur cette initiative inédite. Si certains s’y montrent hostiles (Éric Elkouby : « quand on veut hacker l’assemblée, on ne s’y présente pas » ; Andréa Didelot : « il ne fait aucun doute que la fonction nécessite une certaine préparation » / « fantaisie électorale »), d’autres sont au contraire bienveillants (Pacha Mobacher, Francis Meynier, Jean-Faivre). D’accords sur les constats, Murat Yozgat, Julien Ratcliffe et Simon Baumert et Laurent Py pensent néanmoins qu’il faut des projets et valeurs politiques pour porter une candidature.

Rendez-vous entre les deux tours

Salah Keltoumi (Lutte ouvrière) n’a répondu qu’à une seule question, concernant l’article 49-3. Il appelle « les travailleurs » à « mettre en échec la politique anti-ouvrière de ce gouvernement, à condition de ne faire confiance qu’à leurs propres forces ». Il appelle à participer à toutes les manifestations. André Kornmann (extrême-droite), qui a depuis indiqué son intention de ne pas déposer de bulletins à son nom, n’a pas répondu aux questions.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des échanges dans le formulaire de « Questionnez vos élus » (notre article ici). On y parle aussi d’identité régionale, nationale, d’Europe, des intermittents, de séparation des pouvoirs, du GCO etc. L’opération sera renouvelée entre les deux tours.

Aller plus loin

Sur Questionnezvosélus.org : tous les échanges avec les candidats

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur la législative partielle de Strasbourg

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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