« Les annonces du mépris » dénoncées par un syndicaliste du personnel hospitalier de Colmar
Société 

« Les annonces du mépris » dénoncées par un syndicaliste du personnel hospitalier de Colmar

Pascal Haen est secrétaire général du syndicat Force Ouvrière des Hôpitaux civils de Colmar. Le représentant du personnel fustige les annonces sans actions concrètes, entre prime aux soignants sans décret d’application ou « coup de communication » de Total sur le paiement des frais de carburant au personnel hospitalier.

Pascal Haen n’en peut plus des annonces sans effet. Secrétaire général du syndicat Force Ouvrière des Hôpitaux civils de Colmar, il regrette l’absence de décret d’application pour la prime aux soignants annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe le 16 avril et le « coup de comm’ à bas coût » de Total, qui promettait d’offrir du carburant aux soignants.

Rue89 Strasbourg : Les conditions et la date de versement de la prime aux personnels de santé ont-elles été précisées depuis l’annonce du Premier ministre le 16 avril ?

Pascal Haen : C’est encore une promesse gouvernementale qui n’est pas tenue dans le monde hospitalier. Cela va créer un tollé à la fin du mois. Aujourd’hui, le décret d’application de cette prime n’est pas sorti. Les établissements hospitaliers n’ont aucune directive quant à la répartition des primes. La seule certitude pour l’instant : elle ne sera pas versée fin mai.

« Un flou artistique total »

Au début, il était question d’une prime entre 500 et 1 500 euros. Ça laisse une marge assez importante. Qui a le droit à 500 ? Qui a le droit à 1 500 ? Est-ce que quelqu’un qui était au pied du malade doit avoir 1 500 ? Est-ce que celui qui a nettoyé des draps sales et infectés a le droit à 1 000 ou à 500 ? On ne sait pas. C’est un flou artistique total. Tant qu’il n’y a pas de décret d’application, on ne sait pas. Ça a été un effet d’annonce, non-suivi dans les faits.

Selon vous, ce n’est pas l’unique annonce sans effet pour le personnel hospitalier depuis le début de la pandémie…

Tout à fait. C’est comme les bons de carburant promis par Total à tous les personnels hospitaliers. Total s’est payé un coup de comm’ fabuleux. Dans les faits, l’entreprise a donné 400 bons d’essence pour 30 euros au personnel à Colmar. Mais pour ça, il fallait remplir un dossier de plusieurs pages… 400 bons distribués mais nous sommes 4 200 personnes aux hôpitaux civils de Colmar.

« Total s’est fait de la pub à bas coût »

Total s’est fait de la pub a bas coût. Ces annonces ont été faites à 20 heures devant la France entière et derrière il n’y a rien ou pas grand chose. Le personnel hospitalier se sent berné.

En particulier dans le Haut-Rhin, le personnel hospitalier alsacien a été en première ligne face à la pandémie de coronavirus. Y a-t-il des mesures particulières pour eux ?

Au contraire ! En Alsace, on a été confronté au Covid très rapidement, dès début mars. On avait les premiers contaminés autour du 7-8 mars. Normalement quand une personne est en congé maladie, quelle que soit la raison, le premier jour est retiré de son salaire, c’est le jour de carence. Sur cette pandémie sans précédent, il était plus ou moins acté que les gens qui chopaient le Covid pendant leur service, on ne leur enlèverait pas le jour de carence.

« C’est de plus en plus assimilé à du mépris »

Il y a eu des errements assez longs sur ce sujet puis le ministère de la Santé a sorti un texte qui supprimait le jour de carence mais… à compter du 23 mars ! En Alsace, cela faisait déjà deux semaines qu’on avait du personnel contaminé. Donc non seulement le personnel a chopé le coronavirus en bossant mais en plus on leur retire un jour de salaire s’ils ont pris leur arrêt maladie avant le 23 mars. C’est totalement incohérent et ces annonces non suivies d’effets sont de plus en plus assimilées à du mépris…

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

En BREF

Un médecin de Brumath condamné à six mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel

par Guillaume Krempp. 2 847 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Les Vins d’Alsace à l’amende pour une entente et des consignes de prix pendant 38 ans

par Jean-François Gérard. 3 336 visites. 1 commentaire.

Le port du masque toujours obligatoire à Strasbourg, sauf en forêt et au port

par Pierre France. 3 003 visites. 10 commentaires.