À 17 ans, Louis Weber, espoir du skate strasbourgeois, a dépassé ses maîtres
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À 17 ans, Louis Weber, espoir du skate strasbourgeois, a dépassé ses maîtres

actualisé le 21/05/2015 à 19h16

La décoration du skatepark de la Rotonde a entièrement été refaite par des ouvriers.

La décoration du skatepark de La Rotonde est refaite chaque année pour le NL. Sur cette photo, Louis descend la grande rampe qui servira pour le « half-pipe ». (Photo ASO/Rue89 Strasbourg)

Louis Weber, jeune skateur prometteur, participe à deux épreuves du NL Contest, festival des sports de glisse ce week-end à Strasbourg. Portrait d’un lycéen qui a grandi avec le skate, mûri avec le skate et voyagé avec son skate.

On le dit doué, sérieux, peut être le meilleur de sa génération à Strasbourg. Avec son « physique d’endive », un visage fin et une voix encore juvénile, Louis Weber fait ses dix-sept ans. Après sept ans de pratique, ses rencontres, quelques déceptions, mais beaucoup de bons moments laissent penser qu’il  accomplira quelque chose dans le skate. Reste à savoir de quelle manière.

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Une carrière professionnelle ? Louis n’en fait pas une ambition. Beaucoup se sont grillés en voulant imiter les stars des X Games, les Jeux olympiques des sports extrêmes. Louis et son ami Tobias se sont rencontrés à l’un de leurs premiers “contest”, c’est-à-dire un concours, à Haguenau, lorsqu’ils avaient onze ans. Ils partagent le même point de vue sur la question :

« Si tu te dis que tu veux devenir skateur professionnel, alors tu ne le seras pas. Les pros ont toujours fait ça pour le plaisir. Si tu ne fais pas ça pour le plaisir, c’est foutu ! »

Le plaisir, maître mot des « sessions » que Louis et ses amis de la communauté skate locale partagent, le plus souvent sur le parvis du musée d’art moderne ou au skatepark de la Rotonde. Tobias, plus “branché art” que Louis filme les sessions et les publie sur Facebook. Ce dernier, plus dans “le côté sportif” tente des « lignes de tricks » (des combinaisons de figures sans tomber de la planche). Quand on lui demande pourquoi il aime ce sport, voici ce qu’il répond :

« La persévérance ! On a souvent mal en skate, mais au bout d’un moment, on ne tombe plus de la même façon. Pour les figures aussi. On galère longtemps avant d’en réussir une sans tomber de la planche. Un peu comme dans la vie… On s’arrache et un jour on y arrive. Ça rend un peu butté (rires) ! Tout le monde a quelque chose à apporter dans le skate. Il y a différents arts qui s’entremêlent : la photographie, la vidéo, la musique, etc. Les skateurs pro finissent toujours par faire autre chose après leurs carrières, certains finissent photographes ou managers. Tu prends trois skateurs : ils auront tous une manière différente de faire les figures de base comme le ollie (saut avec la planche, ndlr) ou le kickflip (faire vriller sa planche à 360° sur son axe horizontal ndlr). Une façon particulière de bouger, de placer ses jambes… Il y aura toujours autant de styles que de skateurs ! »

Louis est autant « courbes » que « street »

Contrairement à de nombreux rideurs, Louis n’a pas choisi entre le « street » ou la rampe, deux disciplines majeures du skate. Avec le « street », les skateurs utilisent la ville comme terrain de jeu, les obstacles, ne sont que de potentiels « spot », des lieux où réaliser des figures. À la clef, une meilleure maîtrise de la planche.

Sur les rampes, comme celle un peu gondolée de la Rotonde, ils travaillent l’équilibre du corps dans les airs. Louis profite de la complémentarité de ces deux styles quand il faut sauter plusieurs marches ou impressionner un jury lors d’un “contest”. Des compétitions, Louis en a vécu depuis qu’il skate.

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Sa plus mémorable compétition remonte à l’année 2014 à Würzburg en Allemagne, le « Make It Count » organisé par la marque de skate Element. Louis remporte la troisième place parmi les meilleurs jeunes européens. C’est aussi pour son ambiance « familiale » et ses rencontres en anglais avec d’autres skateurs que ce concours l’a marqué. Autre souvenir important : le Dew Tour en 2014 auquel il a assisté à Oceancity, une station balnéaire de l’État du Maryland aux États-Unis. Il raconte :

« Mon père m’avait fait la surprise. C’est un énorme contest, une machine à fric ! Les meilleurs mondiaux qui se rencontrent… Pedro Barros, le gars qui a gagné les X Games (l’épreuve de « bowl », un bol en béton) était présent. J’ai pu skater avec lui, entre deux épreuves, il était super accessible. »

L’élève a dépassé ses maîtres l’an dernier

Avec ses parents, un père commissaire aux comptes et une mère pharmacienne, qui soutiennent sa passion, il a voyagé dans plusieurs pays européens (Portugal, Espagne, Belgique, Danemark, République Tchèque), sur le continent nord-américain (Canada, États-Unis) et en Indonésie. Toujours accompagné de son skate. En dehors des blessures, le seul moment où il a arrêté sa passion était au moment du divorce de ses parents. Un mois sans skater, à rester concentré sur les cours. Avant de reprendre.

Louis a aussi vécu un tournant symbolique avec l’épreuve de « street » 2014 du NL Contest strasbourgeois, qu’il coorganisait avec l’association KarmaSkate. Il gagnait pour la première fois devant ses deux mentors et amis : Corto et Max. Deux jeunes, plus âgés de cinq ans, qui ont pris Louis sous leurs ailes lorsqu’il a rejoint la communauté :

« Ce sont eux qui m’ont initié. J’étais un gamin qui sautait partout et j’étais impressionné par ce qu’ils faisaient. Un jour ils m’ont dit : vu comment tu skates à ton âge, tu vas vite nous dépasser ! Et l’année dernière, quand j’ai gagné l’épreuve de street au NL, ils me l’ont rappelé : tu te souviens de ce qu’on t’avait dit  ? »

Perfectionniste plus que compétiteur

Si Louis aime la compétition, c’est d’abord par volonté de se dépasser et se mesurer aux meilleurs. Il dit avoir réalisé ses « plus gros tricks » sous le regard du public, en compétition, quand le skate devient « vraiment » un sport. En dehors, c’est une passion dont il aime le côté famille. Il appelle cela des sessions, pas des entraînements. Louis et ses potes roulent dans la ville à la recherche de « spots », se défient, se filment, transmettent… Skater en groupe les stimule :

« On se sent souvent seul avec sa planche. Ce n’est pas un sport d’équipe mais un sport collectif si tu veux, car on skate pour soi/ »

Alors pas question de perdre ça au profit de la compétition en elle-même. Louis a déjà brusqué ses habitudes et en est vite revenu :

« Je m’étais fait un planning de sessions. Résultat je me forçais à y aller et je ne prenais pas de plaisir. C’est inutile car même en s’entraînant une heure de plus tous les jours, il faudrait attendre 4-5 mois pour voir une différence. Donc je préfère y aller quand j’ai vraiment envie, sur des coups de tête, du coup je progresse plus. En compétition, j’y vais au feeling, je ne me prépare pas vraiment. Il m’est arrivé une fois de me mettre la pression. Slidebox venait de me sponsoriser et je faisais un contest à Kehl. Je voulais vraiment leur faire bonne impression et j’avais préparé des lignes de tricks… Au bout de trente secondes, je me blesse ! »

Satisfait de l’environnement strasbourgeois

Les sessions se déroulent souvent avec son ami Tobias, les jeudis ou les vendredis soirs, pour “déstresser” après les cours. À Haguenau où habite son acolyte, ou à Rosheim sur son nouveau skatepark en béton. Contrairement à celui de la Rotonde celui-ci a été pensé spécifiquement pour le skate et non pour l’ensemble des « sports de rue ».

Mais Louis se satisfait de l’environnement strasbourgeois et reconnait que la municipalité se montre tolérante avec les skateurs. Il regrette simplement que des modules en bois soient installés chaque année pour le NL Contest, « trois jours super cool où toute la ville vit pour les sports de glisse », puis retirés. Le reste de l’année, la Rotonde retrouve sa mauvaise réputation en raison de son manque de structures, de sa rampe qui gondole, glisse trop, et d’une mauvaise fréquentation.

Louis décompresse alors que le bac de français approche. Meilleur en anglais, son objectif est simple : "éviter les points en retard !".

Louis décompresse en vue du bac de français. Meilleur en anglais, son objectif est simple : « éviter les points en retard ! » (Photo ASO/Rue 89 Strasbourg)

La communauté skate de Strasbourg : « une grande famille »

En y repensant, Louis pense avoir rejoint le skate « un peu par hasard ». L’année de sixième, un gars « un peu hype » en fait devant son collège. Louis a une planche dans son garage et envie de « se prouver », de « montrer aux autres ». Ce jeune lui présente la communauté (dont Corto et Max) et ses anciens « aux mouvements parfaits » comparables à des maîtres jedi dans Star Wars. Sans elle, il aurait peut être décroché. Aujourd’hui, il loue sa facilité d’accès :

« Sur Strasbourg, comme on n’est pas nombreux, c’est un peu une grande famille. Quand tu vois un skateur, tu vas le voir… Au lycée, beaucoup ont peur de parler avec les profs. Moi je peux discuter avec les adultes normalement. On a l’habitude car le skate rassemble des tranches d’âge et des couches différentes de la société. Des fils à papa, des mecs un peu plus “trash”, des anciens, des jeunes… Il y a aussi pas mal d’étrangers qui viennent étudier à Strasbourg et qui skatent. On a rencontré un marocain, un irlandais, un espagnol… On arrive toujours à communiquer car en skate il y des mots universels. Un ollie ou un flip se disent de la même façon dans tous les pays. Lors du contest à Würzburg, on communiquait grâce aux figures ! »

Une dimension sociale qu’il a parfois du mal à retrouver en compétition, où l’enjeu augmente avec le niveau des concurrents. Car Louis concoure désormais dans des contests où les primes s’élèvent à plusieurs milliers d’euros. Au Fise de Montpelier, Louis y a fait bonne figure mais a été déçu par l’ambiance.

« Aux USA, tout le monde connaît les stars du skate »

Heureusement d’autres aspects du skate l’attirent : l’organisation de « contest » avec l’association Karma Skate, endosser le rôle de juge arbitre  à Haguenau ou sponsoriser des événements avec Tobias et la « team » que celui-ci a créée, Lyrics Skate. Louis voit bien qu’il est possible de donner « plein d’autres perspectives » au skate :

« Certains le font pour faire de l’argent et d’autres pour lier éducation et sport en Afghanistan (Skateistan, une ONG qui enseigne le skate aux femmes en Afghanistan ndlr). Personnellement, ce qui m’intéresse, ce sont plus les stratégies commerciales des marques de skate. Je regarde beaucoup l’image du skate dans les publicités par exemple. Depuis quelques années, le skate se démocratise. Des grandes marques comme Nike ou Adidas, qui ne s’intéressaient pas au skate, ont désormais des collections.

Nike Sb sponsorise quasiment tous les meilleurs skateurs de la planète. Certains disent que ces marques ont volé le skate et d’autres que ça permet aux non-initiés de s’y intéresser. Aux États-Unis où le skate est diffusé sur à la TV, tout le monde connait les figures de bases ou les skateurs connus. En France de plus en plus de non-skateurs portent des Vans ou des Nike. Le problème, c’est quand certains continuent à dire que les skateurs sont des punks ou des drogués qui détruisent le mobilier urbain… »

Depuis quelque temps, Louis s'essaie à la grande rampe ou "big". Il tente même des "airs" (sauts) mais avec des protections.

Depuis quelque temps, Louis s’essaie à la grande rampe ou « big ». Il tente même des « airs » (sauts) mais pas sans protections. (Photo ASO/Rue89 Strasbourg)

Intéressé par le marketing, la bourse et la politique

Louis voit d’un bon oeil la démocratisation du skate et se dit qu’il pourrait en faire son métier. Pour le moment, son sponsor, la boutique strasbourgeoise Slidebox, lui fournit planches et chaussures pour qu’il poursuive sa jeune carrière. Lui se dit qu’il pourrait aussi attirer de plus grosses marques tout en restant fidèle à son premier sponsor. Une « relation donnant-donnant » semblable à celles de nombreux skateurs professionnels fidèles à leur premier soutien.

Quand il ne skate pas, Louis joue au foot et au basket avec ses potes ou fait un peu de course-à-pied. Il se dit pourtant maladroit dans la vie et assure souvent tomber dans son « bahut », le lycée privé Jean Sturm de Strasbourg. Il y étudie en première ES, et avoue jouir d’une bonne image grâce à sa passion :

« Quand je dis que je skate, je sors un peu du lot. Mais ça s’arrête là. Le skate me prend beaucoup de temps. »

Après le lycée, il se verrait bien partir en école de commerce à l’étranger, de préférence sur le continent nord-américain. Il s’intéresse depuis peu à la bourse et à la politique.

Pour cette édition 2015 du NL Contest, Louis est en course dans deux disciplines : le « flat » ou « street », et la « mini-rampe ». Il ne connait pas ses futurs concurrents et se dit que si « les skateurs de la big » concourent, ce sera dur. La « big » ou « half-pipe », c’est la troisième discipline qui consiste à enchaîner des figures sur une rampe de quatre mètres de hauteur avec un sommet très vertical. Certains skateurs professionnels ne viennent que pour cette épreuve.

Le niveau s’annonce donc élevé. Encore trop pour Louis qui commence juste à descendre la grande-rampe de La Rotonde. Hormis quelques anciens, peu de Strasbourgeois la descendent faute d’un palier intermédiaire entre cette grande rampe et la petite. Pour y arriver, Louis part s’essayer à d’autres rampes de l’autre côté du Rhin.

Fin de la session,

Louis quitte la Rotonde pendant que des ouvriers finissent la peinture du NL Contest. A gauche, des modules en bois ont été installés pour l’événement mais ils seront retirés après le NL. (Photo ASO/ Rue89 Strasbourg)

L'AUTEUR
Antoine Sanchez-Operiol
Antoine Sanchez-Operiol
Stagiaire Rue89 Strasbourg et étudiant en master journalisme à Science po Rennes.

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