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Au lycée de Bouxwiller, « Blanquer promettait la diversité aux élèves, ils n’ont jamais eu si peu d’options »
Société 

Au lycée de Bouxwiller, « Blanquer promettait la diversité aux élèves, ils n’ont jamais eu si peu d’options »

par Guillaume Krempp.
Publié le 3 février 2021.
Imprimé le 19 octobre 2021 à 20:14
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70% des enseignants du lycée Adrien Zeller ont fait grève ce mardi 2 février. Ils protestent contre les disparitions successives des options artistiques et de l’enseignement de l’espagnol. La réforme Blanquer a réduit l’attractivité de ce petit établissement rural.

Les enseignants manifestent, les élèves applaudissent. Il est 8 heures passées. Devant le lycée Adrien Zeller de Bouxwiller, une vingtaine de professeurs font le piquet de grève. Sur une pancarte : « Espagnol, promesses non tenues = 36 élèves déçus. Où sont les moyens pour cette réforme ambitieuse ? » Élève de terminale et vice-président du conseil de vie lycéenne, Victor Kalb approuve la mobilisation :

« Les profs font ça pour nous. Ici, trois options auront disparu en trois ans (musique, arts plastiques et espagnol, ndlr). Cela crée une inégalité pour les élèves des lycées ruraux. En ville, ils ont beaucoup plus de choix. »

La majorité des enseignants n’ont pas assuré leurs cours ce mardi 2 février. (photo GK / Rue89 Strasbourg)

De trois sections à 13 « spécialités »

Avec la réforme du lycée et du baccalauréat, les filières S, ES et L ont disparu en 2018. Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, promettait un « bac à la carte » avec 13 spécialités différentes, dont plusieurs nouvelles, comme l' »Histoire-géographie, géopolitique » ou « Numérique et sciences informatiques ».

Mais la promesse n’est pas tenue pour certains petits établissements, souvent ruraux, comme le lycée de Bouxwiller. Les 150 élèves par promotion ne permettent pas d’ouvrir toutes les spécialités, comme « Littérature et civilisation anglaise » ou « Numérique et sciences informatiques ».

« D’année en années, on voit l’attractivité du lycée baisser », dénonce Christine Kassel, élue du personnel et représentante SNES-FSU du Bas-Rhin. Elle ajoute : les lycées de Saverne ou de Haguenau n’ont jamais eu autant de dossiers, parce qu’ils ont plus de spécialités et d’options. »

Il n’y a plus d’option espagnol depuis la rentrée à Bouxwiller. (photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

L’espagnol en voie de disparition

Mathilde (le prénom a été modifié) subit surtout la fin de l’option espagnol planifiée pour 2022. « En septembre 2019, nous avions 76 élèves pour ce cours », rappelle l’enseignante. À la dernière rentrée, elle a découvert que son option n’avait pas été proposée aux élèves de seconde.

Mathilde est désormais seule enseignante d’espagnol au lycée Adrien Zeller. Elle regrette le départ de son unique collègue :

« Elle organisait un échange de deux mois avec des jeunes d’Alicante en Espagne. C’était super pour les lycéens. Je suis amère face aux effets de cette réforme Blanquer, on a promis la diversité aux élèves, un bac à la carte, alors qu’ici, les élèves n’ont jamais eu aussi peu d’options. »

Des classes de plus en plus remplies

Enseignante en histoire-géographie, Martine (le prénom a été modifié) parle d’une dégradation continue des conditions d’enseignement ces deux dernières décennies. Le temps des classes à 24 élèves lui semble un lointain souvenir, qu’elle estime à trente ans. Martine a désormais 33 élèves en moyenne : « Vous ne pouvez pas interroger tout le monde avec des classes aussi remplies… »

Professeurs et lycéens ont manifesté ensemble. (photo GK / Rue89 Strasbourg)

En 2004, Martine enseignait 4 à 5 heures d’histoire par semaine aux élèves de terminale. « Maintenant c’est trois heures », souffle-t-elle, dénonçant des « économies de bout de chandelle ». À ses côtés, un collègue décrit la même évolution en maths. « Avec les nouvelles spécialités, j’ai perdu une heure d’enseignement par classe de première et de terminale. »

Élève de terminale, Laurie soutient aussi l’action de ses professeurs pour « éviter que le lycée Adrien Zeller ne devienne un choix par défaut. » « Je connais plusieurs élèves qui voulaient faire Arts plastiques en option, ajoute-t-elle, ils n’ont pas pu le faire ici… »

Masque à la grimace. (photo GK / Rue89 Strasbourg)

Vers 9h30, les élèves se font plus rares. Une voiture Scenic remplie de lycéens passe sur le parking. Les ados saluent une dernière fois les professeurs. Le soutien est bienvenu pour ces enseignants fatigués par les réformes successives et le manque de moyens.

« On incite les profs à travailler plus pour qu’ils soient moins nombreux »

Dernier coup dur pour l’équipe du lycée Adrien Zeller : l’annonce de la baisse de la dotation horaire globale pour la rentrée 2021-2022. Véronique (le prénom a été modifié) précise :

« Ils imposent désormais 76 heures supplémentaires annuelles, contre 36 l’année dernière. Avant, ces heures supplémentaires étaient une variable d’ajustement. Maintenant, on incite les profs à travailler plus pour qu’ils soient moins nombreux… »

En 2017, la dotation horaire globale (DHG) du lycée Adrien Zeller était de 754 heures. Suite à la réforme, cette quantité d’heures d’enseignement était de 650 heures dans l’établissement de Bouxwiller. Pour la rentrée 2021-2022, le Rectorat prévoit d’accorder 625 heures de classe.

Dans une lettre envoyée à la rectrice de l’Académie de Strasbourg le 1er février, les élus de la liste majoritaire au conseil d’administration (sans étiquette) demandent une augmentation de la DHG de 15 heures :

« Ce complément permettrait d’éviter toute injustice, et maintenir une offre élargie d’options et notamment l’apprentissage d’une 3ème langue vivante (espagnol) indispensable pour une formation à l’international et une meilleure insertion dans le monde professionnel. »

Dans la cour de récréation du lycée, deux élèves de seconde cherchent un moyen de rentrer à la maison. Elles n’ont pas cours. Interrogée sur ses vœux pour l’année de première, Louane a choisi l’option Arts plastiques. Elle pense donc rejoindre le lycée de Haguenau… sans savoir comment elle pourra s’y rendre. « Dans certains coins ici, il n’y a pas de transport », remarque-t-elle.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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