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Emmanuel Macron annonce la suppression de l’ENA
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Emmanuel Macron annonce la suppression de l’ENA

par Louise Chappe.
Publié le 8 avril 2021.
Imprimé le 15 avril 2021 à 05:42
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Jeudi 8 avril, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé la suppression de l’École nationale d’administration, située à Strasbourg depuis 1991. Cette dernière sera remplacée d’ici 2022 par un Institut du service public, qui restera basé à Strasbourg.

Après 76 ans de fonctionnement, l’École nationale d’administration disparaît. Dans le cadre de sa réforme de la haute fonction publique, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi 8 avril, la suppression de l’École nationale d’administration (ENA) à plusieurs centaines hauts fonctionnaires français, à l’occasion de la Convention managériale de l’État. Préfets, ambassadeurs et chefs d’administration étaient présents. Une idée que le président avait déjà évoquée le 25 avril 2019, lors de la conclusion du Grand Débat National suivant la crise des Gilets jaunes.

Une institution qui forme les hauts fonctionnaires français depuis 1945

Cette décision remet en cause une institution créée en 1945, par ordonnance du Général De Gaulle et qui accueille chaque année une centaine de nouveaux étudiants, sélectionnés grâce à trois concours différents réservés aux ressortissants de l’Union Européenne, et à un concours international. En 2020, ils étaient 1 775 inscrits pour 83 places. D’autres étudiants ou auditeurs suivent aussi les enseignements de cette institution dans le cadre de cycles préparatoires aux concours de l’ENA, ou de formations continues. En 2020, l’ENA, dirigée depuis 2017 par Patrick Gérard, a formé 5 052 étudiants.

Durant leurs deux années d’études, les étudiants sont rémunérés par l’État à hauteur de 1 682,28 euros bruts par mois grâce à leur statut de fonctionnaire. En contrepartie, ils s’engagent à servir l’État pendant une durée minimum de 10 ans. À l’issue de leur scolarité, et en fonction de leur classement académique, les énarques intègrent différents corps de la fonction publique d’État. Les élèves ayant reçu les meilleures notes rejoignent souvent la Cour des comptes ou le Conseil d’État ou le ministère des Affaires étrangères. La majorité de la promotion intégrera des ministères ou le corps des conseillers de tribunal administratif.

Depuis 1945, 10 937 élèves ont franchi les portes de l’ENA. On compte notamment quatre des six présidents français, dont Emmanuel Macron, et neuf premiers ministres comme Édouard Philippe. Plus localement, Alain Fontanel, ancien premier adjoint à la mairie de Strasbourg ou Sylvain Waseman, député bas-rhinois et vice président de l’Assemblée nationale, ont aussi été formés à l’ENA à Strasbourg.

Depuis 1945, l’École Nationale d’Administration a accueilli 10 937 élèves. (Photo LC / Rue89 Strasbourg)

Les énarques formés à Strasbourg depuis 1991

Initialement située à Paris, l’École nationale d’administration a déménagé une partie de ses locaux dans l’ancienne commanderie Saint-Jean du quartier de la Petite-France à Strasbourg en 1991. Une décision impulsée par Édith Cresson, ancienne Première ministre française, dans le cadre de son plan de décentralisation. Le but principal : rapprocher les futurs énarques des institutions européennes. Pourtant, durant treize ans, les enseignements de l’ENA sont restés partagés entre Paris et Strasbourg.

En 2004, la promotion Simone Veil (2004-2006), soixante-deuxième promotion de l’ENA, est la première à effectuer l’ensemble de sa scolarité rue Sainte-Marguerite à Strasbourg. Aujourd’hui, l’antenne parisienne de l’ENA, avenue de l’Observatoire, ne reçoit plus que le service des cycles courts et la direction des relations internationales. Tous les autres services et enseignements se déroulent juste à côté des Ponts-Couverts à Strasbourg.

L’École Nationale d’Administration disparaît pour laisser sa place à l’Institut du service public (Photo LC / Rue89 Strasbourg)

Supprimer l’ENA pour garantir plus de diversité

En février 2020, l’avocat Frédéric Thiriez dans son « rapport de la mission haute fonction publique » proposait déjà de remplacer l’ENA par une « École d’administration publique ». De son côté, Emmanuel Macron a fait le choix de créer, d’ici janvier 2022, un nouvel Institut du service public (ISP) pour prendre la suite de l’ENA, selon Ouest-France. Cet ISP restera basé à Strasbourg.

Cette nouvelle école proposera aux élèves – qui passeront toujours par un concours –, un tronc commun similaire aux 13 écoles de la fonction publique, qui mettra l’accent sur les enseignements de terrain. Autre changement : l’affectation dans des grands corps (Cour des comptes, Conseil d’État et inspection générales des finances), en fonction du classement académique, sera elle aussi supprimée. Les futurs diplômés feront partie d’un même corps, les administrateurs de l’État, et ne pourront intégrer un grands corps qu’après plusieurs années de terrain.

Ces changements répondent à une volonté d’ouvrir la fonction publique à plus de diversité. En effet, sur les 82 élèves de la promotion 2019-2020 de l’ENA, un seul était fils d’ouvrier. Selon la Cour des comptes, 72,2 % des anciens élèves de l’ENA sont enfants de cadres alors que 9,6 % sont enfants d’agriculteurs et d’artisans, et 6 % enfants d’ouvriers et d’employés. De même, en 2019, 80% des admis au concours externe d’entrée de l’ENA était issus de Sciences Po.

Ces critiques ne sont pas nouvelles. D’autres hommes politiques comme Bruno Le Maire en 2016 ou François Bayrou en 2007 ont déjà réclamé la fermeture de l’ENA à cause de l’entre-soi que génère l’établissement. Avec cette nouvelle institution, Emmanuel Macron espère attirer des profils plus variés venant des Universités. En février 2021, le Président de la République avait déjà annoncé l’ouverture d’une voie « Talents » réservée à des jeunes d’origines modestes qui disposeront de quelques places à l’ENA et dans quatre autres écoles de hauts fonctionnaires.

Contactée, la direction de l’École nationale de l’administration n’a pas souhaité s’exprimer pour le moment.

L'AUTEUR
Louise Chappe
Louise Chappe
Etudiante en Relations Internationales. En stage à Rue89 Strasbourg.

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