Strasbourg va tenter de proposer une solution à tous les SDF
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Strasbourg va tenter de proposer une solution à tous les SDF

La Ville de Strasbourg compte proposer des places d’hébergement supplémentaires, de sorte à loger tous les sans-abris de ses rues. Un plan à plusieurs niveaux.

Fin novembre, Syamak Agha Babaei, conseiller municipal délégué (ex-PS, majorité municipale), proposait que la municipalité offre une solution aux quelques 500 personnes sans-abri qui ne trouvent pas de solution tous les soirs à Strasbourg. Le maire Roland Ries (PS) répondait poliment que la Ville faisait déjà beaucoup en avançant des nuitées de chambres d’hôtel, que l’État met parfois beaucoup de temps à rembourser.

Car ce n’est pas la municipalité qui est en charge de cette question, mais l’État via la préfecture du Bas-Rhin. Problème : ce sont plutôt les élus locaux qui se font interpeller par les citoyens et les associations d’aide aux personnes sans-logis ou demandeurs d’asile. Quoiqu’il en soit, la position du premier magistrat de Strasbourg a évolué en quelques semaines, alors que des familles avec des enfants passent leurs nuits dehors.

L’idée de l’appel à projets reprise

D’une part, la mairie va lancer un appel à projets à destination des associations de solidarité. D’un montant de 500 000 euros, quand même, cette politique volontariste est financée par une partie de l’argent de la vente exceptionnelle d’actions historiques de Danone, pour un total de 2,6 millions d’euros (comme nous le suggérions dans cet article).

Le but est de trouver 100 places dès le début de l’année 2018 parmi les logements vacants, grâce à la Fédération nationale des agents immobilier (FNAIM) et les Agences Immobilières à Vocation Sociale (AIVS). Ces solutions dans le parc privé permettent aussi de répartir les sans-abris précaires plutôt que de tous les concentrer sur un site.

Un SDF dans une rue de Strasbourg, une image qu’on ne verra plus ? (photo Sandro Weltin / doc remis)

Les bailleurs sociaux et les locaux inutilisés à la rescousse

Par ailleurs, la Ville va mobiliser ses bailleurs sociaux, dans le but de fournir 368 places à des personnes toujours logées en centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA), alors qu’elles ont obtenu le statut de réfugié. Par effet domino, cela libérerait autant de places pour les personnes qui ne trouvent pas de places auprès du 115, qui sont souvent des demandeurs d’asile en attente de l’instruction de leur demande (souvent rejetée, mais qui prend du temps).

Enfin, le maire veut engager une discussion de plus long terme, sur la gestion de lieux d’accueil temporaire, à l’instar des Grands voisins à Paris. La mairie vise notamment des anciens locaux militaires inutilisés par l’État. Cela s’appellerait une « conférence du consensus » avec tous les acteurs concernés.

Trois gymnases sollicités

Toutes ces idées ne pourront pas se concrétiser dès cet hiver. Ainsi, la municipalité va mettre à disposition trois gymnases dès que les températures baisseront, pour suppléer le plan hivernal de l’État, déjà insuffisant avec ses 264 places. En janvier 2017, il n’y avait qu’un seul gymnase reconverti en dortoir, soit 80 lits. C’est Roland Ries lui-même qui décidera quand les activer. Les gymnases sont identifiés, mais ne sont pas communicables.

Syamak Agha Babaei qui a « beaucoup parlé avec le maire ces derniers jours » s’est dit très heureux de voir ses propositions en grande partie reprises : « c’est une très bonne avancée, à nous d’être ingénieux ».

Pour les pistes de financement à terme, il pense que des financement participatifs, mais aussi des fondations ou le mécénat pourraient aider la municipalité. Ou encore, d’affecter une somme correspondante aux nouvelles recettes de la taxe de séjour, désormais récoltée par des services comme AirBnB. Ces plateformes de location d’appartements meublés pour des courts séjour tendent la situation du logement dans l’agglomération.

Cette décision inattendue du maire intervient aussi quelques jours après le décès d’une femme de 44 ans retrouvée dans sa tente et l’inauguration d’un local du mouvement du « Bastion social », mouvement identitaire qui prévoit d’aider les SDF, à condition qu’ils soient de nationalité française, alors que l’accueil en hébergement d’urgence est inconditionnel.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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