Avec les étudiants en lutte : « nous sommes des futurs travailleurs »
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Avec les étudiants en lutte : « nous sommes des futurs travailleurs »

actualisé le 28/03/2016 à 22h26

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Les étudiants de Strasbourg ont répondu au nouvel appel national contre la réforme de la loi du travail le 17 mars. (Photo Marie-Charlotte Méoni / Rue89 Strasbourg)

C’est poing levé que les étudiants en lutte de Strasbourg se sont retrouvés jeudi sur le campus et place Kléber pour se faire entendre, après une « assemblée générale » écourtée afin de participer à la manifestation contre la réforme de la loi de Myriam El Khomri sur le travail. Reportage.

Des banderoles rouges et noires, un mégaphone et des tracts distribués à tous les passants… Jeudi, les étudiants en lutte de l’Université de Strasbourg se sont donnés rendez-vous à midi devant le Patio sur le campus pour leur 4ème « assemblée générale » depuis la mobilisation. Ils ont débattu sur leurs actions menées et à venir avant de rejoindre les syndicats place Kléber à 14h pour manifester contre la réforme du Code du travail de la ministre Myriam El Khomri.

Bilan satisfaisant de la distribution des tracts

Après avoir rencontré plusieurs difficultés pour trouver un lieu de rencontre, les étudiants en lutte se sont finalement retrouvés dans l’amphithéâtre 3 du Patio du campus de Strasbourg. Alors qu’ils n’étaient qu’une petite centaine à leur première réunion, ils étaient plus de 200 à participer mercredi, remplissant l’amphi et contraignant beaucoup à rester débout.

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Les étudiants en lutte de Strasbourg se sont retrouvés dans l’amphithéâtre 3 du Patio pour leur 4ème Assemblée Générale. (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

L’assemblée s’est tout d’abord ouverte sur le rendez-vous à ne pas manquer : la CGT a appelé les étudiants à venir manifester devant le Conseil régional, 1 Place Adrien Zeller, aujourd’hui à 9h à l’occasion de la venue de Myriam El Khomri pour signer une convention avec le Président de la région ACAL, Philippe Richert (LR).

Un premier bilan sur la distribution des tracts a été établi : la veille, environ 1 000 tracts ont été distribués aux jeunes travailleurs de Pôle Emploi, ce qui fut jugé « satisfaisant ». Cette nouvelle a suscité l’enthousiasme de la salle et des applaudissements. Cette action va se poursuivre dès lundi à partir de 5h au Technicentre SNCF de Bischheim et à partir de 7h au Centre de tri La Poste à Schiltigheim, tous les jours de la semaine.

Des plannings ont circulé dans la salle pour que les volontaires puissent s’inscrire sur les différentes plages horaires proposées. Ces distributions de tracts seront éventuellement reconduites jusqu’au retrait de le la réforme du Code du travail.

L’AG des étudiants en lutte

« L’assemblée générale des étudiants en lutte » s’est constituée au début du mois de mars après l’annonce de la réforme de la Ministre du Travail. Elle est ouverte à tous : étudiants, étudiants salariés, travailleurs, syndicats, personnel de l’Université… Si le projet de la loi sur le travail a été le déclencheur, ce n’est qu’un « premier pas » pour ces étudiants qui inscrivent leur mouvement dans une contestation globale du système capitaliste. Les lieux et dates de réunion ne sont pas fixes.

La « tribune », composée de trois membres, anime la séance en faisant un point sur la dernière assemblée et en notant les nouvelles propositions des participants. Chaque étudiant d’un UFR (Unité de Formation et de Recherche) sur le campus s’est porté volontaire pour représenter sa filière à l’assemblée. Les étudiants en lutte se sont séparés en plusieurs « commissions »  :
• La commission des tracts
• La commission des banderoles
• La commission des finances
• La commission sur la convergence avec les travailleurs
• La commission sur la convergence avec les chômeurs
• La commission sur la convergence avec les lycéens

Contre la présidence de l’Université de Strasbourg

Les participants ont ensuite abordé le point clef de cette assemblée : le positionnement de l’Université de Strasbourg vis-à-vis de leurs actions contre la loi sur le travail. Les étudiants ont affirmé que l’attitude de la présidence faisait volontairement obstacle à leur mobilisation. Robin, étudiant en L1 de Philosophie explique la situation :

« Des affiches collées un peu partout dans le campus ont été systématiquement arrachées. Nous n’avons pas de salles mises à notre disposition pour se réunir. Les étudiants qui se mobilisent sont automatiquement comptés absents alors que nous nous battons pour nos droits. Nous sommes avant tout des futurs travailleurs. Pour prendre mon exemple personnel, je suis « défaillant » pour mon semestre dans une matière. J’ai été absent à trois reprises pour un TD car je manifestais dans les rues. Ça signifie que je n’ai pas le droit de me présenter à l’examen, que mes notes ne seront pas comptabilisées, qu’il y a de fortes chances que je redouble sans la conservation de mes UE (Unités d’Enseignements) acquises et que je peux perdre la totalité de ma bourse ».

Des membres de l’assemblée générale ont été reçus par trois vice-présidents de l’Université après leur avant-dernière réunion mardi pour réclamer un conseil d’administration exceptionnel. Le président de l’Université, Alain Beretz, était alors en déplacement à Bruxelles. Le bilan a été jugé « mitigé » et a suscité de nombreuses prises de parole. Une seule revendication a été entendue : l’autorisation d’afficher sur le campus.

Face à « l’intransigeance de l’administration » sur les autres requêtes, les étudiants ont voté à l’unanimité pour la rédaction d’un communiqué à destination de la présidence de l’Université qui rappelle leurs exigences : la « non-pénalisation des étudiants mobilisés » (absences non-comptabilisées), la mise à disposition de salles pour se réunir, un positionnement de la présidence de l’Université sur les actions menées contre la réforme de la loi du travail…

Ces débats ont dû être écourtés pour que les participants puissent se rendre Place Kléber à 14h, mais pas avant d’avoir voté l’approbation de la banderole et l’organisation du cortège.

« Un pas en avaaaaant, deux pas en arrière-euh »

Équipés de leurs drapeaux et d’autocollants rouges, les étudiants ont été accompagnés par une camionnette de la CGT au rythme du slogan : « Strasbourg, réveille-toi ! ». Le cortège a poursuivi sa route jusqu’aux lycées Jean Rostand et des Pontonniers avec l’ambition d’embarquer les lycéens dans la manifestation.

Parmi la foule, certains étudiants viennent d’assister à leur première assemblée générale tandis que d’autres sont des habitués. Marine, étudiante en LLCE allemand, explique par exemple qu’elle vient « juste soutenir le mouvement » tout en n’adhèrant à aucun parti politique. Hugo, étudiant en sociologie, explique que c’est la première fois qu’il participe au mouvement et qu’il compte revenir prêter main forte parce qu’il a l’impression de faire « quelque chose de concret ».

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Les jeunes, en tête du mouvement, étaient bien décidés à faire entendre leur voix. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)

Le mouvement des Jeunes Communistes, le mouvement des Jeunes Socialistes, Europe Ecologie – Les Verts, la CGT, le Nouveau Parti Anticapitaliste ont répondu à cet appel national, relayé par l’UNEF à Strasbourg. Sur certaines pancartes, on pouvait lire des messages plus ou moins drôles ou alarmistes : « la nuit c’est pour s’aimer, pas pour travailler », « nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité (Chaplin) » ou encore « 1916 : Chair à canon. 2016 : Chair à patron ».

Environ 1500 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

Environ 1500 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

À 14h30, le cortège est parti en direction des quais par la rue de la Division Leclerc. Les jeunes, en tête du mouvement, étaient bien décidés à se faire entendre au son du traditionnel « un pas en avant, deux pas en arrière… » Le poing levé, ils ont poursuivi leur route dans le calme jusqu’à la rue de l’Hôpital militaire où ils se sont arrêtés temporairement devant la Caisse d’allocations familiales. « La CAF avec nous, la CAF avec nous ! » Un appel resté sans réponse.

Face à face tendu avec les forces de l’ordre

Les manifestants ont terminé leur trajet sur le campus de l’Université vers 15h30, devant le bâtiment de la Fac de Droit. Mais voulant s’y réunir, ils ont trouvé les portes closes et gardées par un barrage de policiers en tenues d’intervention. Certains ont tenté de forcer le barrage, violemment repoussés par les policiers à coups de matraques et de tirs de gaz lacrymogènes. Les échauffourées ont fait entre trois et cinq blessés légers, une lycéenne blessée par la tête a reçu cinq points de suture. Octave, étudiant en médecine :

« Mon ami Robin a reçu un coup de bombe lacrymogène dans les yeux. J’ai également vu une fille devant moi qui saignait de la tête. Je l’ai donc mise sur le côté. Les pompiers se trouvaient derrière le bâtiment. C’est la première fois qu’une des manifestations contre la réforme de la loi du travail dégénère. Mais ça aurait pu être pire ».

La tentative des étudiants d'entrer dans le bâtiment a provoqué une réponse énergique des policiers (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

La tentative des étudiants d’entrer dans le bâtiment a provoqué une réponse énergique des policiers (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

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Des étudiantes se sont mises à danser devant le barrage de policiers après les échauffourées. (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

Après ce face à face tendu, des étudiantes se sont mises à danser devant le barrage policiers pour apaiser la situation. « La seule façon qui nous restait de manifester » d’après l’une d’entre elles. Leur démonstration s’est transformée en petit spectacle improvisé suivi par les autres étudiants.

Dans sur le parvis, devant les casques et les matraques... (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

Dans sur le parvis, devant les casques et les matraques… (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)

Un appel à la dispersion a été lancé vers 16h et le campus a retrouvé son calme… jusqu’à lundi, puisqu’une nouvelle assemblée générale est convoquée au Patio, à midi.

L'AUTEUR
Marie-Charlotte Méoni
Stagiaire à Rue89 Strasbourg.

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