Mardi soir, c’était le dernier « Noël ensemble » d’Abribus
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Mardi soir, c’était le dernier « Noël ensemble » d’Abribus

Une soixantaine de repas a été servi mardi soir par Abribus aux sans-abris place Kléber (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Une soixantaine de repas confectionnés par un traiteur a été servi mardi soir par l’association Abribus aux sans-abris place Kléber (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Mardi soir, une dizaine de bénévoles de l’association Abribus a servi un repas gratuit aux 50 à 60 personnes sans ressources qui se trouvaient place Kléber. Alors que l’association participe à l’opération « Vivre Noël ensemble » coordonnée par Caritas depuis 12 ans, elle ne sera pas de la fête fin 2014. En cause, le prix des repas de réveillon et le besoin de souffler pendant les fêtes.

Le temps est à l’orage, le fond de l’air particulièrement doux pour un 24 décembre. A 18 heures, les bénévoles de l’association Abribus se sont rejoints sous le grand sapin, place Kléber. Pas de bus ce soir-là dans lequel dînent habituellement les personnes démunies, SDF, migrants, étudiants sans le sou, retraités, jeunes actifs pauvres. Le bus des Restos du Cœur que l’association utilise pour les tournées des jeudis, samedis et dimanches n’est pas disponible, celui d’Abribus, un ancien bus de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois) n’est pas en état de marche. « Il a fonctionné il y a un an, le temps d’aller du dépôt CTS à Emmaüs Montagne Verte [ndlr, où Abribus dispose d’un local] et depuis, il est en rade », glisse Olivier Barth, bénévole chez Abribus depuis 3 ans, en charge de l’organisation de cette soirée de Noël.

« Un chalet, c’est déjà un luxe »

Du coup, les repas – entrée, plat, dessert – ont été récupérés chez le traiteur Gilles Ostermann d’Ostwald dans l’après-midi, entreposés dans la camionnette dans des cantines isothermes quelques heures et seront servis à l’assiette devant le chalet de Caritas (Secours catholique), au milieu du « village du partage » de la place Kléber. « Nous n’avons pas de table ni de banc, mais disposer du chalet, c’est déjà un luxe », remarque Olivier.

Stéphanie, chauffeuse de bus, est bénévole chez Abribus depuis 3 mois (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Stéphanie, chauffeuse de bus, est bénévole chez Abribus depuis 3 mois (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

D’octobre à mars, l’association prépare elle-même environ 130 repas par tournée, trois jours par semaine dans les cuisines d’Emmaüs. Il n’y a que le soir de Noël que le dîner est acheté chez un traiteur dans le cadre de l’opération « Vivre Noël ensemble », qui rassemble 15 associations parmi lesquelles Abribus et Caritas, mais aussi l’Armée du Salut, Les 7 Pains, la paroisse protestante Saint-Pierre-le-Vieux, la paroisse catholique Saint-Guillaume, etc. Seulement, ces repas « améliorés » par rapport au reste de l’année, avec terrine de poisson, volaille-schpätzle et bûche-crème anglaise, sont onéreux. Trop chers pour Abibus, même si une partie de l’opération est financée par la Ville (3000€), la Fondation de France (4500€) et le Kiwanis (3000€). Olivier Barth explique :

« L’année dernière, on avait commandé 50 repas à 12€ [ndlr, pour un total de 600€], on en a servi 35. Cette année, on en a commandé une soixantaine. Heureusement, le collectif a réussi à faire baisser le prix à 9€ le repas, mais l’opération est encore trop lourde à porter pour nous. [D’autant que] pendant l’année, les repas servis, entre 10 000 et 13 000 sur une saison (d’octobre à mars), reviennent à 1€ l’unité, entièrement financés par des dons. Nous sommes contre les subventions. »

Abribus, pour ceux « inscrits nulle part »

C’est pourquoi la soirée de mardi est, « à moins d’un gros changement », la dernière participation d’Abribus à « Vivre Noël ensemble » (VNE). Une question de prix, mais aussi d’utilité. Le soir de Noël, 9 lieux étaient ouverts. « Le public est très varié, de l’Alsacien sans problèmes financiers, mais seul, à la famille kosovare avec 3 enfants, réfugiée », souligne Christophe Tanchette, coordinateur VNE pour Caritas. Les différents « publics » étaient inscrits dans les divers lieux, Abribus assurant les repas de ceux inscrits nulle part, « en soupape ».

Le soir de Noël, un noyau dur d'habitués du bus, aux côtés d'étrangers sans ressources et de jeunes SDF (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Le soir de Noël, un noyau dur d’habitués du bus, aux côtés d’étrangers sans ressources et de jeunes SDF (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Entre 19 heures et 20 heures, une cinquantaine de personnes se bousculent devant le chalet VNE, où les bénévoles d’Abribus, Stéphanie, Jérémie, Christelle, Floriane, Léonie, Mathieu, Geoffrey, Olivier et Patrick assurent le coup de feu. Distribution de tickets pour l’entrée, le plat, le dessert et le cadeau (une écharpe à mémoire de forme et une lampe de poche), puis distribution des assiettes, préparées minute. Le noyau dur des habitués du bus est en partie présent et se mélange aux jeunes qui trainent sous les Grandes arcades et à un groupe d’étrangers venus en famille. Des touristes essaient d’acheter un repas. « C’est gratuit », s’amuse Jérémy. « It is for poor people », explique Mathieu aux Asiatiques, qui s’empressent alors de prendre des photos de la tablée.

A Noël, plus d’offre que de demande

Vers 20h15, le gros des troupes est repu, parti se coucher qui dans un foyer, qui chez lui ou chez des amis, qui quelque part en ville, dehors. L’équipe commence à avoir faim, à penser au dîner de Noël commun qui attend quelques-uns. Olivier, une assiette de spätzle en main, remarque :

« Ensuite, on fait une pause jusqu’à début janvier. Cette année, on est un peu usé. Pour la première fois en 2013, la Ville nous a demandé d’assurer une distribution d’été. De mars à octobre, on a été place de la Bourse le dimanche soir. On ne s’est donc pas arrêté. C’est aussi pour ça qu’on ne fera plus Noël. En plus, le soir du réveillon, il y a plus d’offre que de demande… »

D’offre, il est encore question ce mercredi soir et demain jeudi, de 19 heures à 21 heures. Caritas Alsace propose à nouveau des repas gratuits au FEC (Foyer de l’étudiant catholique) place Saint-Etienne au centre-ville, dans la limite de 150 places disponibles.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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