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400 personnes à un match de foot illégal : « on aurait dû être 20 ou 30 »
Société 

400 personnes à un match de foot illégal : « on aurait dû être 20 ou 30 »

par Ophélie Gobinet.
Publié le 26 mai 2020.
Imprimé le 09 mars 2021 à 10:44
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Près de 400 personnes ont assisté dimanche 24 mai à un match de foot amateur au stade Paco-Mateo, dans le quartier des Poteries. L’initiative, condamnée par la municipalité et des responsables du monde sportif en raison de la crise sanitaire, vient de quatre joueurs amateurs. L’un d’entre eux a accepté de témoigner à Rue89 Strasbourg.

À la base, Sam (le prénom a été changé) et ses trois amis souhaitaient organiser un match de foot amateur entre habitants des quartiers de Strasbourg. « Habituellement, on est maximum 25 à 30 personnes », explique le Strasbourgeois de 22 ans.

Mais dans l’après-midi du dimanche 24 mai, les quatre organisateurs du match ont été dépassés par le succès de leur événement. Selon France Bleu Alsace, près de 400 personnes ont assisté à la rencontre qui opposait deux équipes des quartiers de Hautepierre et du Neuhof au stade Paco-Mateo, aux Poteries, alors que les rassemblements de plus de dix personnes dans l’espace public restent interdits. Pas de distanciation physique et des personnes sans masques : les images diffusées sur les réseaux sociaux ont fait le tour de la presse nationale dès lundi matin.

Le match a réuni plusieurs centaines de personnes (vidéo Twitter)

Alertée tardivement, la police municipale a constaté le rassemblement et fait évacuer les lieux en fin d’après-midi. Le match était terminé (3 à 1 pour l’équipe Hautepierre).

L’information a notamment fait réagir le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui dénonce une initiative « franchement déraisonnable ». « Ce genre de réunion peut constituer une mini-bombe virale », indique encore le professeur sur Twitter.

Un match présenté comme « inter quartiers »

« On savait qu’on serait dans l’illégalité », confirme Sam. Lui et les autres footballeurs amateurs ont l’habitude d’organiser ce type de rencontres informelles. Mais ils n’avaient pas anticipé que la journée de dimanche faisait coïncider la fin du Ramadan et la fin du confinement, soit deux mois sans match pour les jeunes joueurs qui ont eu envie de se retrouver et de profiter de ce jour de fête.

Sur les réseaux sociaux, l’information de la rencontre présentée comme un match interquartiers a circulé dès vendredi soir. Selon Sam, c’est notamment cette opposition « Hautepierre contre Neuhof » qui a attiré la foule :

« Sur ce match, il y a eu une étiquette collée d’un quartier contre un autre. Alors que tous les joueurs ne sont pas nécessairement originaires de Hautepierre ni du Neuhof. Mais ça a été relayé comme ça et ça a fait du bruit sur les réseaux sociaux. »

« Ils ne prennent pas la mesure de la gravité de la situation », réagit Serge Oehler, adjoint au maire de Strasbourg (PS) en charge des sports. L’élu des quartiers Hautepierre, Poteries et Cronenbourg, qui craint la formation d’un nouveau foyer épidémique, a indiqué que des sanctions seraient prises si les équipes étaient celles des clubs de Hautepierre et du Neuhof. Selon l’élu, les organisateurs avaient « forcément les clés du stade » et il a prévenu qu’il ferait changer les serrures.

Sam estime que le nombre de spectateurs était largement supérieur à 400 personnes. (Photo capture d’écran Instagram)

Aucun club strasbourgeois mêlé à la tenue du match

Sam, qui n’indique pas dans quel club il joue, assure pour sa part que l’association Joie et Santé Koenisghoffen (JSK), qui gère le stade où s’est déroulé le match, n’y est pour rien. Selon lui, les équipes et les spectateurs ne sont pas passés par l’entrée principale mais par une entrée située à l’arrière du terrain :

« Le président du JSK n’a rien à voir là-dedans et aucun club strasbourgeois n’est mêlé. On est venus avec nos propres équipements, aucun maillot de club n’a été porté et même l’arbitre avait ses affaires personnelles sur lui. »

Dans un communiqué, l’association JSK condamne avec « fermeté » la tenue du match sur le terrain dont elle est le gestionnaire. La structure déplore « l’irresponsabilité des participants quant à la propagation de la Covid-19 » et demande aux autorités d’enquêter pour retrouver les organisateurs du match.

L’association JSK considère l’événement comme « inexplicable » et « intolérable ». (Document remis)

À Strasbourg, dans plusieurs stades et terrains de football et de basket, les filets des buts ont été retirés par précaution. Serge Oehler indique avoir rappelé aux dirigeants de clubs le respect du protocole en vigueur dans le cadre du Covid-19.

De son côté, René Marbach, président du district Alsace de Football appelle les joueurs à respecter les consignes sanitaires et à s’entraîner à moins de dix personnes :

« Nous n’avons jamais été confrontés à une situation pareille. La Covid-19, c’est l’école de la patience. Je comprends la frustration de ne pas pouvoir pratiquer. Le football est le reflet de la société et dans cette situation, il est pris en otage par quelque chose qui le dépasse ».

Une enquête de police est en cours

La police nationale du Bas-Rhin a indiqué à Rue89 Strasbourg qu’une enquête était en cours pour déterminer l’identité des organisateurs de la rencontre. « Nous allons visionner les vidéos et nous prendrons des sanctions », prévient de son côté Serge Oehler.

Pour sa part, Sam l’assure : « si c’était à refaire, on ne le referait pas ». Dimanche, le score a a été de 3-1 pour « Hautepierre ». Et si un match retour doit se tenir, Sam certifie qu’il n’aura pas lieu tant que le coronavirus et le risque de contamination seront encore présents.

L'AUTEUR
Ophélie Gobinet
Ophélie Gobinet
Journaliste indépendante. Le train Paris-Strasbourg est mon ami. Sujets société, jeunesse, éducation, inégalités. J'aime aussi écrire sur la culture hip hop de Strasbourg et d'ailleurs.

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