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De la rue mahoraise à la HEAR : sept histoires de Mayotte sur scène les 19 et 20 mars

Sept artistes mahorais débarquent à Strasbourg pour présenter leurs solos, fruit d’une collaboration inédite avec des étudiants en scénographie de la HEAR et de l’ENSATT. L’entrée est libre, sur réservation.

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De la rue mahoraise à la HEAR : sept histoires de Mayotte sur scène les 19 et 20 mars
Performance de Izam Cheik, jouée à Mayotte en décembre 2025 dans le cadre de la résidence avec les élèves de la HEAR et de l’ENSATT.

« La danse, c’est ce qui éclaire ! », lance Abdoul Anziz, dit Aptchie, avec un grand sourire. Électricien de formation, cet artiste et enseignant de la compagnie Kazyadance à Mayotte sera l’un des sept performeurs sur scène les vendredi 19 et samedi 20 mars dans la salle de spectacle de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) à la Manufacture des tabacs à Strasbourg.

Un projet né à Mayotte

Tout commence à l’automne 2025. Neuf étudiants en scénographie de la HEAR de Strasbourg et de l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théatre (ENSATT) de Lyon partent trois semaines à Mayotte dans le cadre du programme de recherche Play>urban. Leur mission : travailler aux côtés de sept artistes de la compagnie Kazyadance, basée au Royaume des fleurs, une fabrique artistique ancrée dans le territoire mahorais.

« On n’enseigne pas juste la danse, explique Abdoul Anziz, on forme des artistes et on développe beaucoup de choses avec des jeunes de la rue. » Sur place, les étudiants découvrent une compagnie profondément liée à son environnement. « On a beaucoup travaillé sur la digue face à la mer, un lieu de passage juste après la prière, se souvient My Lan Sourisseau, élève à l’ENSATT. C’était frappant de voir comment la compagnie travaille avec le territoire et les habitants. »

Solo de Alhad Mariama dit Willy, joué à Mayotte, dans la rue, en décembre 2025 dans le cadre de la résidence. Photo : Elsa Eglin

De la rue au cube noir

Cette fois, ce sont les artistes mahorais qui font le déplacement à Strasbourg. Le défi : transposer des œuvres nées dans la rue et au bord de la mer dans « un cube noir », la salle de spectacle de la HEAR. Costumes, lumières, dispositifs scéniques : les étudiants accompagnent chaque performeur dans cette adaptation. « L’idée est de créer des croisements entre les artistes et de donner une visibilité à une scène émergente que personne ne connaît », explique Jean-Christophe Lanquetin, artiste et enseignant à la HEAR. Une rencontre féconde, qui bouscule les deux parties. « Ça pose énormément de questions, avec des contraintes très bénéfiques : trouver des idées de scénographie qui tiennent dans une valise par exemple, quand l’artiste se déplace seul », détaille Valentine Coqueron, étudiante à la HEAR.

Le performeur et chorégraphe mahorais Aptchie, entouré des scénographes Charlotte Eraud-Berthaud, Alwena Le Bouill, Ninon Blanchiet et Elsa Eglin.Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg

Sept solos, sept histoires

Chaque artiste porte sur scène un récit personnel. Aptchie présentera Lanterne, une plongée dans son double parcours d’électricien et de danseur, entre les Comores et Mayotte où la lumière vient encore à manquer. Hassane Ali Eddie Bouchraty, dite Bouchrat, danseuse, intervenante et chorégraphe dans la compagnie Kazyadance, présentera Affranchie : « Mon solo parle de ma vie d’avant, de la famille, de la réputation. J’étais dans ma bulle, avec des questionnements comme choisir le port du voile ou non. » Elle a pu travailler la lumière pour la première fois dans sa création et les étudiantes ont enrichi le solo d’un jeu d’ombres. Cinq autres artistes de Kazyadance partageront également leurs solos lors de ces deux soirées avec des thèmes comme la migration, la famille, le handicap, ou encore l’islam…

L’artiste mahoraise Bouchrat, entourée de Valentine Coqueron élève à la HEAR et de My Lan Sourisseau, élève à l’ENSATT. Photo : Fanny Laemmel / Rue89 Strasbourg

Au-delà de ces représentations, le projet ouvre des perspectives. D’anciennes étudiantes de la HEAR, diplômées en 2025, ont poursuivi leur collaboration avec la compagnie après la première résidence en 2021. Les artistes espèrent désormais obtenir des subventions pour partir en tournée et jouer dans d’autres lieux. En attendant, rendez-vous les jeudi 19 et vendredi 20 mars sur le plateau scénique de la HEAR pour découvrir ces créations. Entrée libre, sur réservation.


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