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À la Meinau, l’éreintante lutte contre la radicalisation et les préjugés
Vigies 

À la Meinau, l’éreintante lutte contre la radicalisation et les préjugés

par Libération.
Publié le 5 octobre 2016.
Imprimé le 08 décembre 2022 à 06:58
3 515 visites. 2 commentaires.

Ancien de Guantanamo, Mourad Benchallali témoigne auprès de jeunes gens pour éviter qu’ils ne soient tentés par une aventure armée. Il était à Haguenau, invité par un centre socio-culturel et l’association de Strasbourg Éveil Meinau. Il raconte cette soirée sur son blog.

Sur son blog « Après Guantanamo » hébergé par Libération, Mourad Benchallali raconte qu’il s’en est fallu de peu pour que sa rencontre à Haguenau avec des jeunes des quartiers populaires du Bas-Rhin ne soit une nouvelle fois annulée. En tout cas, le public a été accueilli par une voiture de police, et les jeunes ont été fouillés à l’entrée, ce qui a tout de suite mis l’ambiance.

Mourad Benchellali a été l’un des premiers détenus français du camp de Guantánamo. Aujourd’hui formateur dans l’insertion, il s’est retrouvé, contre son gré, pendant deux mois dans un camp d’entraînement d’Al Qaida en 2001 alors qu’il était en voyage en Afghanistan. Capturé par l’armée pakistanaise, qui l’a remis aux Américains, il parcourt la France avec l’intention de témoigner, pour éviter que d’autres jeunes fassent « la même erreur que lui. » À Haguenau, il a témoigné avec Saliou Faye, imam à la Meinau à Strasbourg :

« Ce guide spirituel est devenu une figure incontournable et respectée, il a même reçu l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du mérite pour son travail à l’Association Eveil Meinau. A chacun de ses prêches il invite les fidèles à “la lutte contre soi-même, ses passions et surtout à ne pas tuer des innocents”. »

Mourad Benchellali avec plusieurs participants de la soirée à Haguenau (Photo Mourad Benchellali / Libération)

Mourad Benchellali avec plusieurs participants de la soirée à Haguenau (Photo Mourad Benchellali / Libération)

Travail d’analyse sur le quartier de la Meinau

Il y avait aussi Hamed Ouanoufi, éducateur au centre socioculturel de la Meinau :

« J’ai grandi à la Meinau. Quand j’ai appris que certains étaient partis en Syrie, pire quand certains y sont morts ça a été un choc. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’il ne fallait pas rester sans rien dire. »

Mourad Benchallali raconte qu’Hamed Ouanoufi a fait « un travail d’analyses et de réflexions avec quelques adolescents du quartier autour du procès de sept jeunes originaires de Strasbourg jugés pour être partis faire le djihad en Syrie » :

« On a assisté au procès et repris les déclarations des jeunes. On a écouté leurs motivations de l’époque, leur naïveté aussi. Tout ça pour que ça puisse servir d’exemples pour les autres. »

Selon Mourad Benchellali qui cite Hamed Ouanoufi, l’état d’esprit des jeunes de la Meinau ne cesse de se dégrader :

« Ils ont de plus en plus le sentiment qu’ils ne sont plus libres de leur parole, qu’ils ne peuvent plus dire ce qu’ils pensent, qu’ils sont “fliqués”. Les débats sur la fiche S, le traitement médiatique du quartier et même l’état d’urgence. La parole est verrouillée. Il faut que les jeunes puissent de nouveau dire ce qu’ils pensent, afin que l’on puisse ensuite en débattre avec eux. »

« Si tu aimes Daech, dis-le ! Mais dit aussi pourquoi ! »

Mourad Benchellali répond souvent aux jeunes : « si tu aimes Daech, dis-le ! Mais dit aussi pourquoi ! Ce qui permet d’amorcer le débat, pour déconstruire les représentations, casser l’image mystique, le concept idéologique de cette entité destructrice. » Hamed Ouanoufi constate de son côté :

« Les questions identitaires et le sentiment d’appartenance des jeunes sont des sujets qui nous reviennent comme des boomerangs. Les discriminations à répétition ont fissuré le tissu social de notre pays. On ne peut plus accepter le deux poids deux mesures, la question de la citoyenneté et se confronter à la question de la réalité du quotidien. Comment se sentir citoyen à part entière quand je suis traité comme un citoyen de seconde catégorie. »

De son côté, Mourad Benchellali conclut en constatant que, dix ans après, il ne s’est toujours pas pardonné d’avoir été aussi naïf.

Article actualisé le 06/10/2016 à 12h35
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Libération

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