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Municipales : la cagnotte UMP de 2008 disputée en justice
Politique 

Municipales : la cagnotte UMP de 2008 disputée en justice

par Marie Marty.
Publié le 30 avril 2013.
Imprimé le 04 février 2023 à 03:19
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Robert Grossmann et Jean-Emmanuel Robert (au premier plan), au conseil municipal de Strasbourg, mars 2013 (Photo Pascal Bastien)

Robert Grossmann et Jean-Emmanuel Robert (au premier plan), au conseil municipal de Strasbourg, mars 2013 (Photo Pascal Bastien)

L’affaire est « interne ». Les protagonistes auraient préféré qu’elle reste discrète. Anne Schumann et Robert Grossmann accusent Jean-Emmanuel Robert d’avoir détourné à son profit le reliquat de la cagnotte que les élus en responsabilité à Strasbourg s’étaient constituée entre 2001 et 2008.

L’affaire est entre les mains de la justice. L’audience aurait dû avoir lieu ce mardi matin devant le tribunal des référés civils, elle a été renvoyée au mardi 14 mai. Robert Grossmann (UMP) et Anne Schumann (UDI), conseillers municipaux d’opposition à Strasbourg, assignent en justice leur collègue Jean-Emmanuel Robert (UMP), membre du même groupe politique, suite à un « différent associatif », selon les termes de ce dernier.

En cause : la gestion d’une association qui compte sept membres depuis 2009, baptisée « Strasbourg 2014 ». Jean-Emmanuel Robert en est le président, Geoffroy Lebold, un proche, également collaborateur du groupe « UMP, Nouveau centre et indépendants » à la mairie, en est le secrétaire. Les autres membres sont Robert Grossmann et Anne Schumann, Stéphane Boof, Hugues Geiger et Frédérique Loutrel, anciens de la liste Keller-Grossmann aux municipales de 2008.

Entre 30 000 et 45 000€ dans la caisse

Cette association, créée à la suite de la défaite et de la scission du groupe de droite, a engrangé la moitié de ce qui restait de la cagnotte amassée par les élus en responsabilité à Strasbourg entre 2001 et 2008. Près de 45 000€ selon Robert Grossmann, environ 30 000€ selon le secrétaire de l’association. Quelque part entre les deux sans doute…

Pendant 4 ans, cette association, dont les statuts seraient proches de ceux d’un micro-parti, mais qui n’a pas été déclaré comme tel en préfecture, a financé des cartes de vœux pour les membres du groupe, « 5 000 à 6 000 par an, ce qui était ridicule » d’après Robert Grossmann, mais également une action en justice contre l’exécutif socialiste en 2011, selon Jean-Emmanuel Robert. Il resterait aujourd’hui quelque 20 000€ dans les caisses.

Grossmann : « Rien n’a été fait dans les règles »

Là où le bât blesse, c’est que la gestion de cette association s’est faite « dans le consensus informel », selon les mots de Jean-Emmanuel Robert, « dans une totale opacité », pour son collègue Robert Grossmann. D’après ce dernier, Jean-Emmanuel Robert et Geoffroy Lebold auraient préparé leur coup depuis des mois, utilisant « Strasbourg 2014 » comme une rampe de lancement pour la candidature du premier à la mairie de Strasbourg. Il raconte :

« En 2009, au moment de la création de l’association, nous avons signé les statuts les yeux fermés. Mais depuis la défaite de Sarkozy [mai 2012], nos relations se sont tendues. En juillet 2012, j’ai demandé à Geoffroy Lebold par écrit les statuts, les comptes rendus d’assemblées générales et financiers de l’association, mais il m’a dit qu’il n’avait rien. J’ai laissé passer du temps et j’ai relancé Jean-Emmanuel en décembre.

Le 3 janvier 2013, nous avons eu une réunion où des comptes ont été présentés sur 3 ou 4 ans. On n’y a pas compris grand-chose et demandé des comptes annuels. Sans réponse, nous avons finalement consulté un avocat qui nous a ouvert les yeux : cette association a tout d’un micro-parti politique, alors que nous étions contre [ndlr, et Jean-Emmanuel Robert aussi, lire notre article dans lequel il s’exprime à ce propos] et que rien n’a été fait dans les règles ! »

Suite à cela, Robert Grossmann et Anne Schumann ont lancé une procédure avec pour objectif de faire nommer un administrateur pour vérifier la destination des fonds sur 4 ans et entraîner la dissolution de la structure. Leur avocat, maître Michel Reinhardt, insiste :

« Les statuts de cette association sont ceux d’un micro-parti. Ce n’est pas parce que le président Jean-Emmanuel Robert ne les a pas respectés que c’est le droit local qui s’applique. Aucune dépense n’aurait dû être engagée sans l’aval d’un mandataire financier, qui n’a jamais été désigné. Les statuts imposent un mode de fonctionnement, le président ne peut pas passer outre. On peut par ailleurs se demander si les dépenses engagées ne l’ont pas été pour servir la candidature de quelqu’un… En tout cas, ça fait désordre. »

Robert : « On veut attenter à mon honneur »

Bien sûr, Jean-Emmanuel Robert crie à la manipulation politique. « Serein », il a confié :

« Cette association est de droit local. Nous nous étions réservé la possibilité de la transformer en micro-parti mais nous avons décidé à l’unanimité de ne pas le faire. C’est à partir de ma déclaration de candidature que l’affaire a dégénéré. On essaie d’attenter à mon honneur, mais utiliser de telles méthodes… les bras m’en tombent. J’ai naturellement confiance en l’ensemble de mon bureau ainsi qu’en l’expert comptable qui suit l’association, et en la justice. On fait pression sur moi, c’est une tentative d’intimidation. »

Son avocat, Me Antoine Garnon, va dans le même sens:

« Il s’agit pour moi d’un problème de formalisme et surtout d’un règlement de comptes. [Pour que soit condamné mon client], il faudrait que soit prouvé un préjudice. Or tout le monde était d’accord jusqu’à présent, donc je ne vois pas où est le problème. Un administrateur ne fera pas mieux que l’expert comptable. »

Les conclusions des avocats seront connues le 14 mai.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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