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Municipales : l’écologie du porte-monnaie progresse
Politique 

Municipales : l’écologie du porte-monnaie progresse

par Marie Marty.
Publié le 19 mars 2014.
Imprimé le 16 août 2022 à 01:02
2 030 visites. 9 commentaires.
Jardin scolaire à l'école maternelle Jacqueline de Hautepierre (Photo MM/Rue89 Strasbourg)

Jardin scolaire à l’école maternelle Jacqueline de Hautepierre (Photo MM/Rue89 Strasbourg)

Grenelle de l’environnement, 2007. Crise financière, puis économique, 2008 et suivantes. Avec la criiiise, l’écologie en politique est devenue un repoussoir, après avoir été une sous-thématique, perçue par beaucoup comme cosmétique, voire punitive. Elle s’invite timidement dans le débat des municipales, par la petite porte des économies d’énergie.

L’écologie, un paradoxe politique. Tout le monde dit « en faire » et nombreux sont ceux d’ailleurs, qu’ils soient de gauche ou de droite, qui refusent de laisser au parti Europe écologie – Les Verts (EELV) un monopole en la matière. Mais depuis le désormais célèbre « l’environnement, ça commence à bien faire » de Nicolas Sarkozy en 2010, la protection de la nature ne fait plus vraiment vendre. Ou en tout cas, pas chez tout le monde.

L’écologie du porte-monnaie et du « bien vivre »

Du coup, comme le réchauffement climatique est là, les pics de pollution au cœur de l’actualité et la hausse du prix des énergies fossiles concrète pour la plupart des Français, les partis politiques tablent sur l’écologie du porte-monnaie et du « bien vivre ». Au menu, la facture énergétique (rénovation thermique des bâtiments et développement des énergies « renouvelables »), les transports non-polluants et la nature en ville (entendre, pour beaucoup, les « espaces verts », pelouses au millimètre et plate-bandes fleuries).

L’écologie peut pourtant, comme le numérique, être une clé d’entrée sur toutes les thématiques municipales, emploi, formation, aménagement urbain, vie associative, culture, etc. Or, à l’exclusion des écologistes dont c’est le fond de commerce électoral, et dans une certaine mesure du Front de gauche qui table sur une « planification écologique », les divers candidats aux élections municipales n’ont fait de l’écologie qu’une sous-section de leur programme 2014-2020. Certes, plus ou moins étoffée.

Réduire la facture d’énergie des familles

L’écologie du porte-monnaie, c’est d’abord l’énergie, un chapitre sur lequel la plupart des candidats sont très diserts et qui fait globalement consensus, même si la méthode varie en fonction des partis. L’objectif est double : réduire la consommation d’énergie de la collectivité et des particuliers, et développer un mix énergétique alternatif aux énergies fossiles (géothermie, biomasse, solaire principalement) à pour améliorer l’indépendance du territoire et baisser les coûts, surtout dans le futur.

Les maisons sont labellisées Bepos, 100% de l'énergie utilisée est renouvelable (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Les maisons derrière le Grand angle avenue du Rhin sont labellisées Bepos : 100% de l’énergie utilisée est renouvelable et une grande part est produite par solaire sur les toits (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Alors qu’un travail a été entamé dans le parc public (bâtiments administratifs, écoles, HLM…) en matière de rénovation thermique durant le mandat qui s’achève, le parc privé reste énergivore. Les factures de gaz ou d’électricité s’alourdissent et leur part dans le budget des familles augmente. Pour inciter les propriétaires a rénover leur logement (fenêtres, isolation, chauffage), des aides publiques existent, via notamment le programme Energivie (Ademe et Région Alsace).

La « ville à énergie positive » du PS et des Verts

Pour en améliorer la visibilité, l’équipe de Roland Ries (PS) souhaite mettre en place « un guichet unique pour informer et orienter les particuliers dans leurs démarches de diagnostic et de travaux ». Les moyens et objectifs mis en avant dans cette section du programme socialiste sont à peu de choses près les mêmes que ceux développés dans le programme EELV, qui parle de soutenir la rénovation thermique de 1500 logements privés par an. Leur slogan, Strasbourg « ville à énergie positive », est d’ailleurs le même.

Le sujet est moins détaillé et mis en avant dans les programmes de la droite, mais présent tout de même.  François Loos (UDI), ancien président de l’Ademe, veut faire de Strasbourg une « ville-laboratoire de la rénovation thermique ». Jean-Luc Schaffhauser (RBM/FN), chef du service de l’énergie à la Région dans les années 1980, veut, comme Fabienne Keller (UMP), créer une société privée de « tiers investisseur » qui financerait la rénovation thermique des logements à la place du propriétaire, et se rémunèrerait sur les économies d’énergie enregistrées ultérieurement. A noter qu’une société, filiale de Réseau GDS et de la SERS, existe depuis l’été 2013, mais fait ce travail pour les collectivités.

A droite, on « végétalise », à gauche, on « nourrit »

Seconde clé d’entrée pour l’écologie urbaine, la nature en ville. Les candidats l’appréhendent de façon beaucoup plus diverses qu’ils ne le font pour l’énergie. Avec une césure nette entre la droite qui veut « végétaliser » les façades ou les terrasses, mais vilipende les espaces de nature « sauvage », du type de ceux proposés place d’Austerlitz. Et la gauche qui a compris l’intérêt pour la santé et le bien-être de tous d’une nature spontanée, pas cantonnée aux espaces verts domestiqués. Un gros effort a d’ailleurs été fait pendant le mandat de Roland Ries, avec l’arrêt de l’utilisation des pesticides dans les parcs et jardins partagés ou familiaux, ou les actions pour plus de biodiversité (PDF) en ville.

Et si, au final, il manquait de vert place Austerlitz ? (Photo AB / Rue89 Strasbourg

Place d’Austerlitz, ancienne desserte de cars de tourisme (Photo AB / Rue89 Strasbourg

Surtout, l’équipe socialiste travaille à la concrétisation d’une idée qui a de l’avenir, alors que le transport des denrées du bout du monde ne constituera bientôt plus l’alpha et l’oméga de notre approvisionnement, celle de ville « nourricière », avec l’installation de maraîchers sur des terres agricoles dans la ville (exemple récent de l’Ilot de la Meinau), des espaces réservés à l’agriculture dans les prochains projets urbains (exemple de l’agroquartier) ou la mise à disposition d’espaces publics aux associations désireuses de jardiner en ville. Alain Jund (EELV) promet ainsi 300 nouveaux jardins partagés dans le prochain mandat.

Dans le programme de Roland Ries (PS) enfin, on trouve ce concept à première vue oxymorique de « bâtiments de nature » qui, explique-t-on dans l’entourage du maire, n’existe pas encore à Strasbourg, même pas dans le futur écoquartier Danube. Ces bâtiments de nature concilieraient biodiversité, culture de fruits et légumes en pieds d’immeuble, en terrasses, sur les toits, et performance énergétique, matériaux de construction locaux et écologiques, etc.). Avantage pour leurs futurs habitants : toutes les « aménités » de la nature, décor, bien-être, tempérance climatique, verdure, possibilité de cultiver son jardin, et bénéfices de la bioclimatie, économies d’énergie, santé, services partagés avec ses voisins, donc moins chers, etc.

Ville écolo, ville bobo ?

Derrière cette question de l’écologie urbaine et de la place accordée à la nature dans la ville, est tapie une vision plus générale de l’organisation sociale et économique. Si les ménages les plus aisés peuvent (encore ?) sortir de la ville le week-end, partir en vacances pour « s’aérer » au contact de la nature ou cultiver un jardin, si les mêmes ont les moyens de rénover leur chaudière ou de s’approvisionner en bons produits dans les magasins de bouche du centre-ville, la plupart est souvent coincée entre deux immeubles, sans plus de réelle prise sur son approvisionnement alimentaire ou énergétique.

Certains jardins familiaux, particulièrement luxuriants en été, ont un vrai petit air de campagne (Photo MM)

A Strasbourg, 5000 jardins familiaux et une dizaine de jardins partagés (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

C’est pourquoi, tandis que la ville tend à concentrer une part toujours plus importante de la population, que les transports se font plus chers, la pollution de l’air et dans l’alimentation plus présente, ceux qui prônent les « semis liberté » dans les rues de Strasbourg, le jardinage urbain ou l’éco-construction, sans parler de la limitation de la place de la voiture en ville, sont sans doute des bobos, souvent moqués.

Mais des bobos défricheurs, pour qui la ville est le lieu d’expérimentation individuelle et collective de modes de vie plus sobres et respectueux de la planète, de réappropriation de l’espace public et des savoir-faire pour plus d’autonomie et d’échanges. Des bobos qui inventent la ville de demain.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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