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Municipales à Schilick : divisés, les anti-Nisand peineront à sortir le sortant
Politique 

Municipales à Schilick : divisés, les anti-Nisand peineront à sortir le sortant

par Marie Marty.
Publié le 5 décembre 2013.
Imprimé le 08 mars 2021 à 03:58
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Raphaël Nisand, maire et conseiller général PS de Schiltigheim (Document remis)

Raphaël Nisand, maire et conseiller général PS de Schiltigheim, vice-président de la CUS en charge des communes nord (Document remis)

Son caractère difficile en a envoyé plus d’un chez ses opposants, mais Raphaël Nisand (PS) peut être optimiste sur ses chances de garder les clés de Schiltigheim en mars 2014. Face au maire sortant : des écolos qui devront se démarquer d’un bilan partagé, un rassemblement de déçus centristes qui peinera à convaincre sur ses capacités à gouverner, une liste UMP et une autre Front de gauche qui ne devraient qu’éparpiller les voix.

A Schiltigheim, c’est à celui qui aura piqué à l’autre le plus de personnalités. Danielle Dambach, tête de liste Schilick Écologie, a pris Andrée Buchmann (EELV) au maire (PS) sortant Raphaël Nisand. Ils étaient ensemble en 2008, mais ils sont brouillés depuis les élections législatives de 2012. Elle n’est pas la seule à quitter le navire. Patrick Heiwy et Myriam Kehrly, anciens adjoints au maire de Raphaël Nisand ont intégré quant à eux la liste de l’opposant le plus constant au maire, Jean-Marie Kutner (UDI).

Ce dernier engrange également les ralliements d’Andrée Munchenbach, ancienne conseillère générale et actuelle présidente d’Unser land, le parti autonomiste alsacien, ou de Christian Deleau, directeur général des services sous la dernière mandature d’Alfred Muller, maire de Schiltigheim de 1977 à 2008. Le maire, de son côté, n’hésite pas à communiquer sur le soutien d’un « écolo historique », Jean-Jacques Heitz, déjà sur sa liste en 2008 « mais pas en position éligible », ou celui d’un candidat Front de gauche aux cantonales de 2011, Jean-Luc Muller qui intègre ses rangs. De son côté, Marc Baader, tête de liste Front de gauche, peut revendiquer la présence de Guy Desportes à ses côtés, ancien adjoint aux finances d’Alfred Muller…

La ZAC sud pour Kutner : « une connerie »

Dans cet imbroglio schilickois où les cartes sont à chaque fois rebattues – Raphaël Nisand et Jean-Marie Kutner ont tous les deux été adjoints d’Alfred Muller il fut un temps… – les antagonismes personnels jouent autant que les différences programmatiques. Les sujets phare de la campagne balbutiante : la gestion controversée du dossier Adelshoffen, un écoquartier qui sort de terre actuellement, après avoir été remanié en début de mandat ; la sécurité (police municipale, vidéosurveillance), les transports (tram, BHNS, plan de circulation automobile) ; la future zone d’aménagement concertée (ZAC) du sud, qui regroupe sur 12 hectares les friches industrielles de France Télécom, Quiri, Fischer et Schutzenberger.

Sur ce dernier sujet, les positions divergent : Jean-Marie Kutner ne veut pas de cette ZAC : « une connerie qui va mettre entre les mains de la communauté urbaine de Strasbourg le devenir de Schiltigheim ». Pour le candidat centriste, « une ville qui ne gère plus son territoire est une banlieue ». Si Danielle Dambach (EELV) et Christian Ball (UMP) sont plutôt favorables à ce que la collectivité prenne la main sur ces terrains via la création de la ZAC, Raphaël Nisand, lui, est catégorique : « Je suis le seul à défendre cette ZAC ! C’est un enjeu énorme pour le Schilick du XXIème siècle ! Il faut qu’on garde la main par notre présence dans le comité de pilotage. »

Critiques sur la méthode Nisand : « Procès en sorcellerie »

« Seul à défendre cette ZAC » et seul, à l’écouter, à « se battre pour cette ville avec laquelle [il fait] corps ». Dix millions d’euros pour la piscine, c’est lui qui l’a obtenu de la CUS, martèle-t-il. Tout comme, à l’entendre, le bus à haut niveau de service (BHNS, ligne G du réseau CTS) reliant la gare de Strasbourg à l’Espace européen de l’entreprise à Schiltigheim, les 10 M€ encore pour la passerelle de Hausbergen, la salle du Brassin, le complexe sportif Nelson-Mandela, la Coopérative des Bouchers – un centre d’art contemporain. Lui encore. Pourtant condamné pour censure de l’opposition en novembre 2013, Raphaël Nisand balaie d’un revers de main les « procès en sorcellerie » sur sa méthode et sa personnalité. Il assure : « Je suis souvent applaudi quand j’arrive quelque part, je ressens une grande adhésion ».

Pourtant, la multiplicité des listes dans une ville qui a certes déjà connu une triangulaire au second tour en 2008 et une quadrangulaire en 2001, laisse à penser que le sortant est loin de faire l’unanimité. « Raphaël Nisand n’a pas su convaincre ni rassembler, regrette Danielle Dambach, son adjointe à l’urbanisme EELV. Déçue de ne pas avoir obtenu d’engagements « sur la méthode comme sur le programme » en mai 2013 lors de discussions avec le maire, Danielle Dambach partira en solo, comme son collègue Alain Jund à Strasbourg, également adjoint EELV à l’urbanisme. Comme lui, il sera compliqué pour la candidate écolo de justifier de cette désolidarisation d’une équipe à laquelle elle a appartenu pendant 6 ans. Objectif néanmoins : « Conforter le score à deux chiffres de Schilick écologie en 2008, et pourquoi pas gagner ».

Kutner, le « candidat de Lampertheim »

Critiques encore plus vives du côté de Jean-Marie Kutner, bête noire du maire. Si les Schilickois ont peu de visibilité sur son programme politique, qu’il « distille progressivement, pour ne pas [se] le faire piller comme en 2008 », le candidat du centre rassemble autour de lui ceux qui refusent « le système Nisand », dans un liste baptisée Ensemble naturellement. L’opposant n’a pas de mots trop durs pour qualifier les méthodes de son adversaire : « Gestion catastrophique », « promesses pas tenues », « clientélisme », « agressions verbales », « tripatouillages », « mépris qu’il affiche »… Pour Jean-Marie Kutner, « l’élection est très ouverte », il croit « sincèrement en [ses] chances ».

Pourtant cet anti-Nisand forcené fait lui aussi l’objet de critiques. Sur sa démarche revancharde d’abord et son équipe bigarrée, au sein de laquelle « tout le monde met son mouchoir » sur ce qui peut diviser. « Ils ne pourront pas gouverner ensemble », glissent certains, tant les sujets de désaccords sont légion (GCO, nucléaire, voiture en ville…) entre un Kutner et une Munchenbach. Autre attaque entendue dans toutes les bouches ou presque : le pharmacien Jean-Marie Kutner – qui prend sa retraite et vend son officine en décembre 2013 – habite à Lampertheim. « Pour diriger une ville, il faut partager le sort de ses habitants, sortir en pantoufles acheter le pain le dimanche matin », insiste Raphaël Nisand.

Christian Ball, « l’homme de paille de Schneider »

Outre ces « médisances » sur sa domiciliation, le candidat UDI voit ses chances hypothéquées par l’éparpillement des voix à droite. Si le Front national ne s’est pas (encore ?) lancé dans la course, l’UMP est elle déjà en campagne. Le quadra Christian Ball est la nouvelle tête du scrutin de mars. Ancien directeur de campagne d’André Schneider (UMP) aux élections législatives de 2012, assisté cette élection-ci par Stéphane Bourhis, Christian Ball est une épine dans le pied de Jean-Marie Kutner, qui n’hésite pas à le qualifier d' »homme de paille » de son ancien ami Schneider.

Le candidat UMP lui ne se laisse pas démonter. Il « prend son bâton de pèlerin » et va à la rencontre d’habitants « écœurés par la politique Nisand ». Ses projets : « Une crèche supplémentaire avec des horaires flexibles comme à Neudorf et une maison de retraite, le doublement des effectifs de la police municipale qui patrouillera 24h sur 24, la création d’une navette qui fera une boucle dans Schiltigheim, comme à Obernai ». D’alliance avec Jean-Marie Kutner, il n’est pour le moment aucunement question.

Non à la présidence strasbourgeoise de la CUS

S’il doit y avoir accord, ce sera au second tour. Ils seront soit traditionnels (PS-EELV, UMP-UDI) soit plus inhabituels (EELV-UDI). « Tout reste ouvert », affirment Danielle Dambach et Jean-Marie Kutner. Une triangulaire est probable, compte tenu des scores des écologistes aux précédentes élections. Cette configuration serait à nouveau au bénéfice de Raphaël Nisand. Combat suivant pour l’ambitieux socialiste : la présidence de la CUS promise, en cas de victoire du PS dans la commune centre, au strasbourgeois Robert Herrmann. « Je ne suis pas le seul maire en pétard ! Cet accord augure mal de ce pourrait être la gouvernance de la CUS… » Schiltigheim est la seconde ville de l’agglomération, avec 32 000 habitants.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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