Au Neuhof, tout le quartier s’emballe pour son club de futsal
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Au Neuhof, tout le quartier s’emballe pour son club de futsal

Le Neuhof Futsal a entamé, samedi 28 septembre, sa troisième saison dans le championnat de D2 française. Refondé en 2016, le club est en train de réussir son pari de fédérer l’ensemble du quartier autour d’un projet social et sportif ambitieux.

Au Neuhof le samedi soir, entre odeur de merguez et tintement lointain du djembé, il règne comme un parfum de fête de quartier. Tout au long de l’allée Reuss, ils sont des dizaines à affluer vers le gymnase éponyme pour la reprise du championnat de France de deuxième division de futsal. Et à dix minutes du coup d’envoi, l’ambiance monte d’un cran. Assis au centre de la tribune, Jeffrey, supporter de 13 ans, et ses potes sont chauffés à blanc, prêts à donner de la voix pour leur équipe :

« On connait les joueurs et on peut discuter avec eux après la rencontre. C’est quand même cool d’avoir un club du quartier qui joue à haut niveau : pour l’image et pour l’ambiance de ouf à chaque but marqué. »

Comme Jeffrey, ils sont plus de 250 à être venus assister à la première à domicile du Neuhof Futsal, qui lance sa saison, ce 28 septembre, contre les Corses de l’USJ Furiani.

Ambiance au gymnase Reuss lors du premier match de la saison, Neuhof – Furiani (Réalisation : Robin Dussenne)

Champion d’Alsace dès la première saison

Relancé en 2016, le Neuhof Futsal a connu une ascension fulgurante, comme l’explique Kenny Tanovan, animateur au centre socio-culturel (CSC) et président fondateur :

« Quand le club historique du Stockfeld a fusionné en 2014 avec le Sporting Strasbourg, beaucoup de joueurs n’ont pas adhéré au nouveau projet. Alors avec une poignée d’amis, nous avons décidé de remonter une équipe et dès la première saison, nous sommes devenus champions d’Alsace. »

Un titre régional synonyme d’accession en D2, l’antichambre de l’élite du futsal français, qui pousse le jeune dirigeant de 26 ans à faire marcher son réseau de connaissances et à multiplier les partenariats. Le CSC du quartier accepte alors de prêter ses minibus au club, afin d’assurer les déplacements à l’extérieur. Côté communication, Sp3aker, le média participatif du Neuhof s’occupe, lui, de filmer chaque match pour en faire un résumé vidéo.

Baya assure l’animation musicale des matches du Neuhof Futsal depuis 2017 (Photo Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg)

« Allez Neuhof, on est chez nous ! »

Installé en face du rond central, MC Baya alterne entre tracks de rap sale et classiques du hip hop US. Reconnaissable à son t-shirt jaune et noir, le DJ de l’Espace Django assure depuis deux ans l’animation musicale des matches du Neuhof Futsal. « Dès la saison 2017-2018, nous avons souhaité nous engager en faveur du club », débute Baya, avant d’être interrompu dans ses explications par un coup franc adverse en pleine lucarne. « Si nous sommes là, c’est avant tout pour créer du lien avec les habitants du quartier », poursuit-il hébété, après que les Corses viennent d’inscrire le but du 3 à 0.

Mal engagés dans cette partie, les Strasbourgeois peuvent compter sur le soutien de leur public qui pousse, au son des « Allez Neuhof, on est chez nous ! » À chaque arrêt de jeu, un homme en particulier se lève et harangue la foule, alors même que sa jambe gauche est immobilisée dans une atèle. Ce grand gaillard de 27 ans, c’est Youssef, « un copain d’enfance » du président :

« Ce club, c’est une fierté, c’est la preuve que Neuhof ne se résume pas à la violence. Aujourd’hui, le quartier est moins chaud qu’il y a 20 ans, mais on garde une mauvaise image. Certains disent qu’ici c’est la jungle et qu’il n’y a pas de solidarité. Au futsal, on essaie de leur prouver le contraire. »

Véritable aficionado, Youssef ne manque aucun match à domicile (Photo Robin Dussenne / Rue89 Strasbourg)

La remontada

4-1 à la mi-temps pour l’équipe visiteuse, puis bientôt 5-1. L’addition est salée pour le club du Neuhof. « On veut bien être menés au score, mais 5-1 chez nous c’est pas possible. On fait la grève des chants, les gars », s’agace Youssef en levant les bras au ciel. Loin de l’agitation du kop, dans le carré réservé aux partenaires, Patrick Arbogast reste confiant : « Au futsal, tout va très vite ». Ce chef d’entreprise de 58 ans est un enfant de Hautepierre. Il est aujourd’hui l’un des principaux mécènes du club, qui doit composer avec l’un des plus petits budgets du championnat :

« Cette équipe me plaît parce qu’elle est jeune et cosmopolite. Je trouve que les joueurs ont la hargne et affichent une belle mentalité. Le sport est fédérateur. Je suis convaincu qu’il peut aider les jeunes à s’en sortir. »

La première division dans le viseur

Après une belle quatrième place l’an dernier, le club du Neuhof espère cette saison accrocher le podium et pourquoi pas accéder à la première division. « On a commencé à casser les barrières du Neuhof. On a recruté un coach et des joueurs à Hautepierre, on a même fait venir un international de Sélestat [Valentin Fuss joue avec l’équipe de France U21 de futsal, NDLR] », insiste Kenny Tanovan.

Sur le terrain de Reuss, le chrono défile mais la remontada du Neuhof est en marche. Menés tout le match, les hommes de Jesus de Pedro (l’entraîneur) reviennent à une petit longueur de Furiani. Un penalty à l’ultime seconde permet aux gars du Neuhof de créer l’exploit et d’accrocher le match nul 7-7. Au futsal, tout va très vite.

L'AUTEUR
Robin Dussenne
Normand exilé en Alsace, j'aime écrire sur les migrants, les religions, les minorités et les musiques métissées.

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