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Avec le Point d’Eau, Ostwald mise gros sur la culture
Culture  Société 

Avec le Point d’Eau, Ostwald mise gros sur la culture

par Claire Gandanger.
Publié le 10 août 2015.
Imprimé le 28 mai 2022 à 18:41
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Un point d'eau plus grand, plus ambitieux, mais à destination des habitants d'Ostwald jurent les décideurs(Photo CG / Rue89 Strasbourg)

Un point d’eau plus grand, plus ambitieux, mais à destination des habitants d’Ostwald jurent les décideurs(Photo CG / Rue89 Strasbourg)

À Ostwald, le Point d’Eau finit sa mue. L’espace culturel inaugurera à la rentrée sa nouvelle salle de spectacle avec des têtes d’affiches annoncées comme Oxmo Puccino ou Ibrahim Maalouf. La petite commune de 12 000 habitants a investi 7 millions d’euros pour rénover et transformer le lieu. Au-delà de son positionnement à Strasbourg, son ambition est de renouer avec l’esprit des années 1990, quand le Point d’Eau mettait la culture au cœur de la vie de ses habitants.

Flanqué entre la forêt et la cité populaire du Wihrel, le Point d’eau finit sa transformation à Ostwald. Sa petite salle de 250 places avait rouvert dès janvier. À la rentrée, le lieu culturel dévoile sa nouvelle grande salle : 700 places assises et 850 debout, le nouvel équipement de cette petite cité dortoir de 12 000 habitants au sud de l’agglomération a de quoi faire pâlir les acteurs culturels strasbourgeois. À son maximum, son plateau pourra s’étendre sur 500m². L’espace pourra aussi se faire intimiste, avec une jauge à 300 places, grâce aux gradins modulables.

Pour la saison 2015-2016, Oxmo Puccino, Ibrahim Maalouf, Didier Lockwood, la Revue Scoute, Jos Houben ou encore Walter Thomson sont déjà annoncés. Le Point d’Eau prévoit aussi de présenter à Noël un grand spectacle de cape et d’épées, adapté de l’œuvre de Stevenson L’île aux trésors. Gaël Doukali, le nouveau directeur du Point d’Eau, promet une programmation panachée, mêlant théâtre, musique, humour ou encore cirque. Il annonce aussi vouloir proposer des spectacles plus actuels, comme du théâtre politisé.

50 dates par an. Pas plus.

L’ancien directeur, Éric Wolff, s’est employé jusqu’en 2013 à fidéliser un public d’amateurs de spectacle venus de toute l’agglomération, souvent des abonnés. Avant sa fermeture d’un an et demi pour travaux, le Point d’Eau comptait plus de 80% de son public extérieurs à Ostwald. C’est pour conserver le lien avec ce public que Gaël Doukali a rouvert la petite salle dès janvier, à grand renfort de stars nationales comme les chanteurs Camélia Jordana ou Féloche.

Mais le nouveau Point d’Eau ne devrait proposer qu’une cinquantaine de dates par an. Pas plus. Malgré les têtes d’affiche, la priorité de la nouvelle direction ne sera pas le public strasbourgeois, comme le souligne Bruno Boulala (PS), adjoint à la Culture :

« Il ne s’agit pas d’accentuer la fréquentation extérieure à notre commune. On ne va pas jouer la carte de faire comme les autres établissements. On ne va pas faire de la programmation à tout va. Le Point d’Eau sera avant tout un outil au service de la population. »

7 millions d’euros d’investissement pour la commune

Après deux ans de travaux, le projet socialiste de rénovation de l’espace culturel municipal du Point d’Eau aura coûté 7 millions d’euros aux contribuables. Un investissement ambitieux qui a concentré les critiques de l’opposition lors des dernières élections municipales.

L’adjoint du maire Jean-Marie Beutel, réélu en 2014, assume le choix de la Ville de miser sur la culture pour développer le lien social. Il défend :

« Sur un mandat politique on a peu de temps. Mais il faut bien comprendre que tout ce qui est entrepris aujourd’hui a une vue sur le long terme. On essaie de renouer avec l’idée qu’une commune comme la nôtre doit répondre à un besoin culturel naturel. Au départ du point d’Eau dans les années 1990, le lieu était ouvert aux habitants. Il y avait un travail de fond avec les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) qui s’est estompé au fil des années. On souhaite réactiver cette dynamique. »

Avant la nouvelle formule, 80% du public du Point d'Eau venait d'autres communes. (Photo Facebook / Le Point d'Eau)

Avant la nouvelle formule, 80% du public du Point d’Eau venait d’autres communes. (Photo Facebook / Le Point d’Eau)

Un équipement au service des habitants d’Ostwald

À Ostwald, pas question d’opposer culture et animation. La Ville a passé une convention de partenariat avec la fédération des MJC du Bas-Rhin pour décider ensemble de leur politique culturelle en direction des jeunes. Avec son agrandissement, le Point d’Eau doit devenir le carrefour de la commune, nouveau lieu de passage des familles grâce au déménagement de l’école de musique.

La grande salle, loin de n’être pensée que comme une salle de spectacle, sera aussi mise à disposition des associations qui organisaient jusqu’alors leurs événements dans le gymnase municipal. Le projet s’inscrit dans un changement plus vaste de la ville : avec la construction de son nouvel écoquartier des rives du Bohrie, à deux pas, elle devrait accueillir 3 000 habitants supplémentaires dans les années à venir.

Priorité à l’action culturelle

Depuis sa réouverture, le Point d’Eau a proposé deux niveaux de tarifs selon les spectacles, à 15 et 20 euros en tarif plein. Il propose aussi un tarif unique à 6 euros pour les productions estampillées « familles ». Avec le lancement de la grande salle, la Ville entamera en septembre une phase de réflexion et pourrait instaurait une troisième tranche tarifaire pour ajuster son budget.

La Ville entend consacrer une enveloppe de 450 000 euros annuels à son espace culturel, hors coûts de personnel fixe. Pour la saison à venir, le quart de cette somme doit être alloué à l’action culturelle : travail avec les écoles, ateliers de pratiques artistiques… C’est trois fois plus que lors la saison de janvier à juin en 2015.

Le tarif scolaire le plus bas de l’agglomération

Pour s’inscrire sur le territoire, Gaël Doukali a déjà commencé à instaurer des partenariats avec les institutions de la commune. Il a engagé un travail de fond avec les écoles. Dès la rentrée 2014, les artistes qui y intervenaient étaient aussi programmés au Point d’Eau. Le lieu pratique un tarif scolaire à 3 euros, le plus bas de l’agglomération. Si les enfants veulent revoir un spectacle déjà vu avec l’école, ils peuvent revenir gratuitement. Le Point d’Eau a aussi tissé des liens avec la maison de retraite. Quand les personnes âgées ne peuvent pas venir, ce sont les artistes qui se déplacent.

Placer le Point d’Eau sur le trajet des parents

L’enjeu est de taille : faire de la culture un outil au service du lien social dans la commune et toucher les publics les plus éloignés d’elle par d’autres biais que l’entrée en salle. Pour ce faire Gaël Doukali mise sur les enfants :

« Les circuits les plus simples pour toucher les habitants les plus éloignés de la culture, c’est le rapport aux enfants. C’est pour moi un levier sur lequel on peut jouer. Nous devons nous inscrire dans leurs habitudes afin de mettre de l’artistique dans la vie quotidienne des gens, de les surprendre par des événements. »

Le Point d’eau se situe à mi-chemin entre la cité du Wihrel et les crèches de la ville. Avec le soutien de celles-ci et du réseau des assistantes maternelles, son équipe veut créer un rendez-vous, d’abord mensuel, d’accueil des parents après qu’ils soient allés chercher leurs enfants. L’idée est d’installer dans le hall du Point d’Eau un espace convivial où chacun peut rester discuter en fin d’après-midi et croiser les artistes au hasard de leurs pauses et de leurs initiatives.

Gaël Doukali poursuit :

« On veut être dans un rapport individuel aux habitants pour valoriser les compétences locales et les passions des gens. »

Renouer avec l’époque des grands projets fédérateurs

Déjà, grâce à son travail avec les assistantes maternelles, un atelier de couture s’est mis en place au Point d’Eau au hasard d’une rencontre entre cinq mamans et la volontaire civique de l’équipe, costumière de formation. Gaël Doukali projette aussi l’ouverture d’un atelier sur les » destins singuliers » où des personnalités ordinaires d’Ostwald aux histoires extraordinaires travailleraient avec un conteur pour se raconter sur scène.

À terme, Gaël Doukali espère aussi faire émerger au Point d’Eau de grands projets fédérateurs comme aux commencements du lieu dans les années 1990. Il évoque le souvenir vivace à Ostwald des fameux jardins de l’An 2000. Il y a 15 ans, le projet avait mobilisé pendant plusieurs mois 700 enfants, leurs écoles et les centres aérés pour produire un spectacle géant mêlant théâtre, danse, musique et arts plastiques. De l’électricité aux costumes, le Point d’Eau avait fait appel à tous les talents des habitants pour faire aboutir le projet. Aujourd’hui, c’est la possibilité de telles aventures collectives que la Ville souhaite offrir à nouveau à ses habitants.

L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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