Pour lutter contre la radicalisation, Strasbourg nomme un adjoint
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Pour lutter contre la radicalisation, Strasbourg nomme un adjoint

Comment lutter contre la radicalisation violente ? Alors que sept jeunes de Strasbourg ont été condamnés à des peines de 6 à 9 ans de prison ferme pour avoir passé plusieurs semaines au sein de l’Etat islamique en Syrie, le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), souhaite aider l’État pour éviter que d’autres ne prennent le même chemin. Il a confié à son adjoint aux finances, Olivier Bitz, une délégation de prévention de la radicalisation violente et nommé un chargé de mission à plein temps au sein de l’administration municipale.

Leur rôle sera de coordonner les politiques de la Ville face aux propos et aux actes, parfois déconcertants, dont sont témoins les agents : des certificats de dispense de pratique sportive systématiques pour les filles, des jeunes scolarisés qui demandent que personne ne mange de porc à la même table qu’eux, des problèmes de toutes sortes liés à l’utilisation des vestiaires et des douches dans les gymnases, etc.

Les agents ne savent pas comment réagir

Bien souvent, les agents ne savent pas comment réagir. Le premier objectif de la mission municipale sera donc de les former et de leur donner des clés pour gérer les revendications au fur et à mesure qu’elles apparaissent. Les sessions de formation débuteront à la rentrée dans deux quartiers de Strasbourg, que les élus ont refusé de préciser. Plus de 150 agents des directions de proximité doivent recevoir cette formation.

Le deuxième objectif est d’améliorer le signalement des personnes en voie de radicalisation. Depuis le début de l’année, déjà plus de 700 « signalements » ont été envoyés aux autorités pour le seul département du Bas-Rhin. Avec un tel flux, impossible pour le renseignement territorial d’objectiver ce qui relève du fantasme de ce qui peut inquiéter.

Une grille de comportements va donc être transmise aux agents, afin qu’ils puissent améliorer la qualité de ces signalements et y participer. Ces indicateurs ont déjà été listés par le ministère de l’Intérieur : changement d’habitudes vestimentaires, d’alimentation… D’une manière générale, tous les comportements qui semblent construire des murs autour de la personne et « la retirer du pacte républicain », selon Roland Ries :

« Il faut tout faire pour mettre en vigilance tout notre réseau d’agents dans les écoles, les centres culturels et nos partenaires comme les clubs sportifs. L’objectif est d’éviter que des personnes ne trouvent comme réponse à leurs problèmes que le départ en Syrie, voire pire, ne choisissent de commettre des actes terroristes. On nous demande souvent quoi faire, comment agir… Alors avec ce plan, nous allons prendre notre part à la lutte contre ce problème. »

Olivier Bitz (au centre) est en charge de mener la coordination pour la Ville de Strasbourg (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Olivier Bitz (au centre) est en charge de mener la coordination pour la Ville de Strasbourg (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Aucun moyen supplémentaire

Un troisième volet de l’action consiste à agir lorsque des personnes ont été détectées en voie de désociabilisation. Là, le maire de Strasbourg admet qu’il n’y aura aucun moyen supplémentaire pour les services ou les associations déjà à l’œuvre sur le terrain, comme les éducateurs de rue. Il s’agit d’une « nouvelle priorité » qui s’ajoutera à leurs missions. Mais l’action sociale et la prévention spécialisée sont durement touchées par la baisse des subventions en provenance du Département du Bas-Rhin, un désengagement qui n’a pas été compensé par la Ville de Strasbourg.

De même, la radicalisation intervient bien souvent en milieu carcéral. Et là encore, le Spip (service pénitentiaire d’insertion et de probation), dont les missions sont justement d’accompagner les détenus après leur sortie, sont en grève permanente à la suite de coupes dans leurs budgets. Même situation dans l’Éducation nationale, où le nombre d’adultes capables d’écouter et d’accompagner les jeunes lorsqu’ils sont en difficulté ne cesse de se réduire.

Dans ces conditions, il faudra beaucoup d’énergie, de disponibilité et de discernement aux agents de la Ville de Strasbourg pour participer à cette lutte contre la radicalisation. En face d’eux, ils ont des forces aussi diverses et puissantes que les envies de révolte de la jeunesse, les algorithmes de Facebook, ou encore la précarité.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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