Sept responsables de structures culturelles de Strasbourg appellent à « l’action »
Culture 

Sept responsables de structures culturelles de Strasbourg appellent à « l’action »

actualisé le 25/05/2020 à 00h50

Les salles fermées et le silence, c’est terminé pour sept responsables de salles culturelles strasbourgeoises. Ils rappellent qu’il n’y a pas de vie sociale sans culture et qu’il faut en débattre.

Alors que s’amorce l’été, que se dessinent leur prochaines saisons, les structures culturelles de Strasbourg sont encore en plein dans la crise sanitaire. Pour certaines, le flou et l’attente ont assez duré. Sept directrices et directeurs de structures culturelles strasbourgeoises ont publié un texte commun titré « Pour une culture agissante » (lire ci-dessous) dans lequel ils invitent le public, leurs partenaires et les collectivités à penser dès maintenant la Culture de « l’Après. »

Pour une culture agissante

Tribune signée le mercredi 20 mai par des équipes de maisons de création et de festivals de Strasbourg, mobilisés pour que les arts et la culture contribuent activement au monde dans lequel nous voulons vivre.

Les cosignataires font partie d’un groupe de travail informel menant une réflexion commune sur le spectacle vivant et la transversalité de leurs pratiques. Ces rencontres sont ouvertes à celles et ceux qui souhaiteraient rejoindre leur démarche.

L’expérience artistique est toujours une expérience d’hospitalité partagée — condition sine qua non du sens de la création, du rôle de l’artiste dans la société, et de l’enrichissement sensible de celles et ceux qui viennent à leur rencontre. Répondre à la question de la reprise d’activité revient désormais à une même interrogation : comment se prépare-t-on « ensemble » ? Qui sommes-nous, que représentons-nous
collectivement : artistes, lieux culturels et publics, à l’échelle de notre territoire ?

Il n’y a pas d’art sans réception, pas de culture sans échange. C’est pourquoi nous voulons nous adresser en premier lieu à vous, spectatrices et spectateurs. Vous qui faites vivre la culture, vous qui la rendez possible, vous pour qui elle n’est pas un vain mot, vous qui affirmez son caractère essentiel lors de chacune de vos entrées dans
la salle de concert, au théâtre, au musée, au cinéma… Il y a les habitués, les plus fidèles, les occasionnels, mais n’oublions pas toutes celles et ceux pour qui la culture n’est pas donnée, qui l’observent dans un lointain télescopé par les divisions économiques et urbaines. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous, non contents des limites d’une sociabilité « sans contact », ont noué des relations directes avec lespublics pour mieux préparer la reprise de leurs activités. Vous n’avez pas attendu
pour nous faire part, en nous appelant ou nous écrivant, de vos inquiétudes et surtout de votre impatience de retrouver le spectacle.

Nous tenions ici même, et collectivement, à vous remercier de nous faire partager vos interrogations et vos expériences — elles sont primordiales et constituent le premier ingrédient de nos réflexions aujourd’hui.

La culture n’est pas qu’une petite lumière au bout du tunnel. Elle est agissante ici et maintenant. Elle éclaire le tunnel : nombre d’œuvres ont pu être (re)découvertes à travers d’autres médias, et nombre d’artistes ont su faire des propositions originales durant le confinement.

Nous voulons à travers cette tribune rendre compte de ce dynamisme et de l’attitude générale qui nous réunit. Nous affirmons avec force que là où les arts constituent un élément indispensable de la vie en société — à travers la représentation de soi et des autres, l’expression des désirs comme des besoins, ou l’éducation des sens —, ils sont autant de « vaccins » pour lutter contre une perception atrophiée, un sens appauvri,
un esprit de partage remis en question.

C’est dans cette optique que nous rouvrirons nos salles, mais ce qui nous tient le plus à cœur aujourd’hui, c’est de vous voir vous y inviter vous-mêmes, de vous voir vous emparer de la culture pour, ensemble, alimenter l’éblouissement retrouvé face à la scène.

Nous souhaitons aussi témoigner de notre souci permanent et impérieux de préserver la santé de tous et toutes. Comme vous, chaque jour, nous observons l’évolution de la situation en saluant avec admiration les professionnels de la santé. Chaque jour, d’hypothèse en hypothèse, à l’écoute des épidémiologistes et des autorités publiques, en concertation avec les élus et l’ensemble du tissu artistique et culturel, nous inventons les conditions de possibilité de la reprise. Les perspectives sont nombreuses et encore incertaines, mais dans cet exercice quotidien, nous souhaitons affirmer nos responsabilités : faire vivre la culture et les arts, retisser le « sens » et créer ces moments de présence si précieux à nos yeux.

Définir le cadre de la vie artistique en s’adaptant aux conditions sanitaires est le premier de nos engagements. Porter notre réflexion sur le sens de nos initiatives au-delà de la situation perturbante que nous traversons est une autre mission que nous devons endosser avec résolution. Dans un contexte nouveau, confrontés à une crise sociale et économique, voire philosophique, dont le caractère durable fait peu de
doute, soyez assurés que nous redoublerons d’innovation, de vision, d’ouverture.

Pour préfigurer cet avenir, mettons à profit de l’ensemble de la population les valeurs de nos arts : écoute, reconnaissance, optimisme. Et appelons-en à une politique culturelle d’une ambition sans précédent, initiée à nos côtés par l’État, la Région Grand Est et la Ville de Strasbourg.

Car la culture, c’est notre conviction, doit jouer un rôle majeur dans ce que tout le monde nomme déjà « l’Après. » Avec vous.

Pierre Chaput, Espace Django
Thierry Danet,
Laiterie / Ososphère
Barbara Engelhardt
, Maillon
Renaud Herbin,
TJP
Stanislas Nordey,
Théâtre National de Strasbourg
Philippe Ochem,
Jazzdor
Stéphane Roth,
Musica
Joëlle Smadja,
Pole-Sud

Rue89 Strasbourg : Comment s’est déroulée la génèse de ce texte ?

Joëlle Smadja : Depuis le début de la crise, les annulations et les fermetures de nos salles, nous échangeons beaucoup entre responsables de structures culturelles, pour savoir quoi faire et à quoi s’en tenir… Nous avions un groupe informel à Strasbourg que nous avons réactivé à cette occasion. Après deux mois de silence, il nous apparaissait important de prendre la parole, de rappeler ce qu’est la culture et quel est notre rôle social.

Floe de Jean-Baptiste André, aux 30 ans de Pole-Sud en septembre (capture d’écran)

Est-ce en lien avec les élections municipales ?

Nous appelons les collectivités locales à se positionner bien sûr, et nous espérons que les candidats aux élections prendront part au débat. Il est important que les électeurs, même dans cette fin de campagne très courte, sachent à quoi s’en tenir quant aux choix des élus pour la culture. Mais il s’agit aussi d’un message à l’adresse du public et de nos partenaires. Dès le début de la crise, la culture a été évacuée comme quelque chose de non-essentiel. Puis on voit à présent qu’on nous demande d’occuper les enfants pendant l’été… On reçoit des fiches techniques ultra-détaillées qui nous expliquent comment faire venir et faire ressortir les gens sans qu’ils se croisent… Très bien, mais la culture, ce n’est pas que ça. Il faut se poser les questions de fond et surtout y répondre.

Pole-Sud a été particulièrement touché par la crise sanitaire ?

C’est une année maudite pour beaucoup de structures culturelles. C’était l’année d’une programmation spéciale à l’occasion de nos 30 ans et nous avons dû annuler entièrement notre biennale Extradanse. Mais nous sommes subventionnés et c’est une chance, particulièrement dans ce contexte. Nous avons payé les intermittents jusqu’en juin et honoré l’ensemble de nos engagements. Je pense surtout aux structures qui dépendent de la recette, qui vont devoir se relever après la perte d’au moins trois mois sans revenus, avec des jauges devenues minimes… La culture est un secteur économique important. On ne peut pas continuer à attendre en silence…

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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