Où l’on apprend pourquoi Cronenbourg s’appelle Cronenbourg
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Où l’on apprend pourquoi Cronenbourg s’appelle Cronenbourg

actualisé le 06/02/2015 à 17h28

La brasserie Hat (vue avant) s'est installée en 1862 à Cronenbourg, dont elle a pris le nom. L'entreprise a déménagé à Obernai entre 2000 et 2014. Sur son terrain s'édifie actuellement le quartier Brasserie (Photo Wikipédia)

La brasserie Hatt (vue avant, côté route d’Oberhausbergen) s’est installée en 1862 dans le quartier de Cronenbourg, dont elle a pris le nom. L’entreprise a déménagé à Obernai entre 2000 et 2014. Sur son terrain, s’édifie actuellement le quartier Brasserie (Photo Wikipédia)

Au bout de la rue, la ville. – C’est l’histoire d’une conduite d’eau de 20 kilomètres, qui reliait Argentoratum, nom de Strasbourg à l’époque romaine, au Kochersberg. Cette voie, la route de Mittelhausbergen, est l’un des deux axes structurants du faubourg de Cronenbourg. Son développement démarre au milieu du XIXe siècle, avec l’implantation des rotondes du chemin de fer sur les lieux de l’actuelle Rotonde, et celle de la brasserie Hatt, renommée brasserie Kronenbourg.

Parce qu’il faut passer sous l’autoroute et laisser derrière soi deux cimetières, l’un militaire, l’autre civil, pour atteindre ses premières maisons, parce que les lignes A et D du tramway qui y mènent passent elles aussi sous un tunnel pour déboucher à la station Rotonde, le quartier de Cronenbourg est déconnecté du centre-ville de Strasbourg et méconnu de ceux qui n’y résident ou n’y travaillent pas.

Pourtant, ce faubourg est l’un des cinq plus anciens de Strasbourg, qui existaient déjà au temps d’Argentoratum, son nom romain. Des fouilles archéologiques ont même permis de montrer que le site était habité dès le néolithique, à l’âge du bronze et ce, jusqu’à l’époque mérovingienne.

En haut, les rotondes du chemin de fer implantées en 1840 (in "Les faubourgs de Strasbourg", G4J, 2003), en bas, la construction du parking-relais de la Rotonde (Archi-Strasbourg)

En haut, les rotondes du chemin de fer implantées en 1840-41 (in « Les faubourgs de Strasbourg », G4J, 2003). En bas, à leur place, le silo à voitures de la Rotonde en construction courant 2011 (Photo Archi-Strasbourg)

Le château Kronenburg était situé dans le Kochersberg

Longtemps très peu développé (seulement 49 habitants pour 23 maisons à la Révolution, habitant des masures de paysans), le faubourg de Cronenbourg tiendrait son nom d’une tour de guet située hors les murs de Strasbourg (Kronenbourgertor)*. Sur le site consacré à la rénovation urbaine de la Cité nucléaire, ce grand ensemble des années 1960 situé au bout de la route de Mittelhausbergen, on apprend :

« Le château Kronenburg se situait au nord de la route de Marlenheim à Wasselonne, au centre du Kochersberg. Il avait été construit au début du XIIIe siècle par Frédéric II de Hohenstauffen et détruit par les troupes de l’évêque de Strasbourg en 1246. Il est ensuite reconstruit pour surveiller la route menant à Strasbourg, mais à nouveau détruit en 1369. En 1432, la ville de Strasbourg avait installé sa potence à la bifurcation des actuelles routes de Mittelhausbergen et Oberhausbergen, en dehors de la Porte de Cronenbourg. Les premières constructions du quartier remontent au XVIe siècle. »

Après la potence, les ateliers ferroviaires et la brasserie

Mais c’est au milieu du XIXe siècle que le quartier prend son essor, alors que s’installent là les rotondes de chemin de fer (dépôt de locomotives et ateliers ferroviaires) en 1840 et la brasserie Hatt, rebaptisée brasserie Kronenbourg, en 1862. Le déménagement de cette dernière du centre-ville vers Cronenbourg répond à plusieurs impératifs, décrits notamment dans les pages « patrimoine » du site Strasbourg.eu :

« Les brasseries de Strasbourg, installées jusqu’alors au centre de la ville, souhaitant s’agrandir et se moderniser, choisirent le loess [ndlr, une rue du Loess, donnant sur la route de Mittelhausbergen, rappelle la composition particulière des sols du secteurs] des hauteurs des terrasses rhénanes de Schiltigheim et des quartiers de Koenigshoffen et de Cronenbourg. Elles purent y construire de grandes caves, à l’abri de la nappe phréatique et des inondations. L’industrie brassicole se développa avec les malteries qui s’étendirent à cette période. »

Cafés, restaurants et bierstube attirent les Strasbourgeois

Ces activités nouvelles attirent une population jeune et active, qui croît rapidement : de 550 habitants en 1866, la population atteint les 5 500 habitants en 1900, les 10 000 habitants en 1936, les 20 000 à la fin du XXe siècle. Cette population est composée fin XIXe d’ouvriers et d’employés, notamment de cheminots, qui s’installent entre la voie ferrée et les routes d’Oberhausbergen et de Mittelhausbergen. Tout au long de cette dernière, les cafés, restaurants et bierstube se multiplient, où viennent boire et danser les Strasbourgeois. Nombre d’entre eux existent toujours.


L’ancien restaurant A La licorne, actuelle pizzeria Chez Mario – La salle attenante, longtemps cinéma de quartier est occupé par la discothèque Le Baron (en haut, in « Les faubourgs de Strasbourg », en bas, photo MM)

Comme c’est le cas parfois, notamment pour la route de l’Hôpital à Neudorf, il est difficile de déterminer aujourd’hui où commence la route de Mittelhausbergen, sensé être le centre névralgique du quartier, avec ses cafés et restaurants jadis, ses commerces aujourd’hui.

C’est que, renseignement pris, elle démarre le long du bâtiment administratif de la DREAL Alsace, à deux pas de l’A35. Elle longe là, sur sa droite, le cimetière central de Strasbourg et, sur sa gauche, la trémie d’où sort le tram qui vient de la gare. De l’autre côté de cette trémie, des immeubles neufs devraient sortir de terre « à l’horizon 2016 ».

Route de Mittelhausbergen aujourd'hui (Capture Google map)

Route de Mittelhausbergen aujourd’hui (Capture Google map)

Le « mini-quartier » Saint-Florent, centre névralgique de Cronenbourg

Une fois dépassée la station de bus et de tram Rotonde, puis le numéro 21 de la route de Mittel’ (une maison néo-régionaliste à colombages, jadis affectée au logement du garde-barrière), le promeneur s’enfonce dans le vieux Cronenbourg. Là, les immeubles de toutes les époques ont progressivement remplacé les fermes et les maisons anciennes, s’entremêlant pour former un ensemble architectural hétéroclite, à l’image de la population, autrefois populaire, aujourd’hui composée principalement de classes moyennes.

A droite, l'ancienne épicerie Burger a laissé la place aux pompes funèbres Obrecht. En face, les bâtiments centenaires ont été démoli pour construire du collectif récent (en haut, in "Les faubourgs de Strasbourg", en bas, photo MM)

A droite, l’ancienne épicerie Burger (maison au toit pointu) a laissé la place aux pompes funèbres Obrecht. En face, une ferme a été remplacée par un immeuble. L’espace urbain, trottoirs et chaussée, a été rénové très récemment (en haut, in « Les faubourgs de Strasbourg », en bas, photo MM)

Au coin de la rue Neuve, l'épicerie Mincker, puis chaussures Zorn, est devenue Alimentation Nam-Hong (ibid.)

Au coin de la rue Neuve, l’épicerie Mincker, puis chaussures Zorn, est devenue Alimentation Nam-Hong (ibid.)

L’essor du quartier entraîne aussi la construction d’écoles entre 1870 et 1914. La première école de Cronenbourg est ouverte rue Neuve en 1882. Elle est agrandie en 1889. L’actuelle école Camille-Hirtz, route de Mittelhausbergen, est édifiée en 1894 et celle de la rue des Renards, en 1905. Plus loin, au 175 route de Mittel, l’école Gustave-Doré date de 1958.

Rue des Renards vue de la route de Mittelhausbergen (ibid.)

Rue des Renards, vue de la route de Mittelhausbergen. A droite, le mur de l’école Camille-Hirtz (ibid.)

Les rue des Ormes, rue Hatt, rue des Renards, rue de la Libération, rue du Cerf, des Champs, du Rosslauf, etc. ont été urbanisées fin XIXème. Avant, ces lieux-dits Rustbaum (« parcelle des ormes ») et Rosslauf (« pâturage communal des chevaux ») étaient réservés à l’agriculture. Dans ces petites rues, des immeubles années 1930 de deux à trois étages composent le quartier Saint-Florent, aménagé autour de son église, construite au milieu de nulle part en 1911.

Au 107, le restaurant "Zum Goldenen Ancker" est devenu "La Liberté" (ibid.)

Au 107 route de Mittel, le restaurant « Zum Goldenen Ancker » est devenu « La Liberté », dénommé « S’Eck » (le coin) par les habitants (ibid.)

Le nouveau quartier Brasserie remplit le vide laissé par Kronenbourg

À peine plus au nord, s’établit donc en 1862 la brasserie Hatt, devenue Kronenbourg. Après 160 ans de présence sur les lieux, l’entreprise déménage entre 2000 et 2014 pour s’installer à Obernai. Plusieurs bâtiments sont détruits en 2007, libérant 2,8 hectares « en cœur d’îlot ». Dans cet espace libre, avant de passer la voie ferrée, un nouveau morceau de ville est en cours d’édification. Présenté par ses promoteurs comme un « éco »-quartier, « la Brasserie » souffre pour le moment encore de l’entassement des voitures en surface. Les espaces publics, sous responsabilité de la SERS, ne sont pas encore terminés, loin s’en faut.

Le quartier Brasserie

Le quartier Brasserie, en cours d’aménagement par la SERS, est édifié sur les anciens terrains de la brasserie Kronenbourg (Photos MM)

Puis la route de Mittelhausbergen s’enfuit vers la campagne, ou ce qu’il en reste. Là où les jardiniers-maraîchers, nombreux à Cronenbourg il y a un siècle, cultivaient encore la terre à deux pas de la ville, s’alignent aujourd’hui les maisons individuelles construites dans les années 1960, 70 et 80. Il s’agit du quartier Saint-Antoine.

L’ancien terrain militaire devient la Cité nucléaire

Sur l’ancien terrain militaire où s’exerçaient les soldats (rue du Champs-de-Manœuvre, ancien lieu-dit « de la tanière du loup »), un peu plus loin, se dresse la Cité nucléaire (2 200 logements), édifiée autour du CNRS (1954) en 1964 et remaniée actuellement dans le cadre du Plan de rénovation urbaine. Ses rues, aux noms de grands savants, Albert-Einstein, Lavoisier, Curie, Galilée ou Becquerel, sont dessinées sur des lieux-dits « parcelle du gros chêne » et « taillis de sureau », témoignant de la nature très présente dans ce secteur il y a moins de deux siècles.

Au fond, le CNRS, installé là depuis 1954, à droite, la Cité nucléaire, à gauche, des bâtiments récents (Photo MM)

Au fond, le CNRS, installé en plein champs en 1954. A droite, la Cité nucléaire ; à gauche, des logements récents (Photo MM)

Après une courte incursion sur le ban communal d’Oberhausbergen, sur quelques dizaines de mètres, on quitte Strasbourg pour la commune de Mittelhausbergen. Là, en limite d’urbanisation, plus de champs depuis quelques années, mais les locaux flambants neufs du RSI (Régime social des indépendants) en face de la zone commerciale d’Ober et avant le siège de la Société Générale.

Un récent et énième coup de canif au tissu agricole de l’Eurométropole qui laisse songeur, quand on se rappelle les promesses pas si lointaines de « sanctuarisation » des terres agricoles dans le futur PLU (plan local d’urbanisme) de l’agglomération…

* « Dictionnaire historique des rues de Strasbourg », Maurice Moszberger, Le Verger, 2012. « Les faubourgs de Strasbourg », Théodore Rieger, Gilbert Bronner, Léon Daul et Louis Ludes, G4J, 2003 (épuisé).

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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