Quartiers Malraux et Danube, la tentation du Neuhof ou de l’Esplanade
Politique 

Quartiers Malraux et Danube, la tentation du Neuhof ou de l’Esplanade

actualisé le 22/05/2013 à 12h27

Le futur visage du quartier Malraux (document remis)

Deux mille habitants pour 830 logements, une crèche, une école, une maison de retraite, un hôtel, des commerces, des bureaux… Le nouveau quartier Malraux-Danube, qui devrait s’élever autour du bassin d’Austerlitz et jusqu’au pont du Danube d’ici 2018, a l’ambition de devenir un nouvel épicentre pour Strasbourg. Mais des voix s’élèvent pour critiquer la densité, la circulation des flux et la qualité architecturale des projets.

Dans son bureau du centre administratif de Strasbourg, Alain Jund, adjoint au maire EELV en charge de l’urbanisme est entouré de plans punaisés aux murs représentant pour l’un l’axe Est-ouest (Heyritz-Kehl) pour l’autre une vue aérienne du centre-ville élargi. Sur son bureau et sa table de travail, des piles de dossiers décrivant les multiples projets en cours, éco-quartiers, autopromotion, aménagements des espaces publics, etc.

Sur les quartiers Malraux et Danube, la documentation est innombrable. Là des vues en 3D des trois « cygnes noirs » de l’architecte Anne Demians, ici l’étude du cabinet de Christian Devillers, en-dessous le cahier des charges des bâtiments du quartier Danube… L’élu travaille sur ces dossiers depuis 2008. Les premiers bâtiments devraient sortir de terre en 2014, les derniers en 2018. « On a pris notre temps pour bien faire les choses », argue-t-il.

Malgré ce temps passé à discuter des projets avec les conseils de quartier de Neudorf et de l’Esplanade tout proches, une présentation très applaudie de l’étude Devillers en 2011 présentant les grands axes du devenir de ce quartier, des critiques s’élèvent, principalement du côté de l’opposition municipale UMP et indépendants.

1 – Densité ou promiscuité ?

Le quartier Malraux, ce sera bientôt les bâtiments existants de Rivétoile et de la Médiathèque, l’entrepôt Seegmuller et la tour rénovés (future cité U pour étudiants étrangers), le Ciné Cité et les fameux « cygnes noirs », trois tours construites par le promoteur Icade, d’une hauteur de 50 mètres environ. Là, on comptera 180 logements, un hôtel, des bureaux, une crèche. En face, le quartier Danube accueillera 650 familles (dont 45% en logements sociaux et accession sociale à la propriété), sur un espace urbain comptant une douzaine de pâtés de maisons.

Dans les deux cas, des rues et ruelles seront aménagées, certaines d’une largeur de trois mètres à peine. Scandale, martèle Fabienne Keller, ex-maire UMP de Strasbourg, « les gens pourront se serrer la main d’un balcon à l’autre, ces ruelles seront d’ailleurs des espaces propices à l’insécurité ». Elle note :

« La densité ne me gène pas, le quartier de la Neustadt [ndlr : les quartiers allemands, Contades, Orangerie, République] est d’ailleurs le plus dense de Strasbourg. Mais il faut réfléchir à des respirations, ce qui n’a pas été fait ! A l’Esplanade par exemple, les espaces publics sont généreux, les appartements ont de très belles vues avec beaucoup de lumière, alors que là tout sera étriqué et les logements trop proches les uns des autres… »

Des cages à lapins, comme celles que la municipalité présente se targue d’avoir détruit au Neuhof ? Alain Jund répond sur la densité :

« Mieux vaut avoir de l’intensité urbaine là que dans le Kochersberg ! Ce qui va donner envie d’habiter dans ce quartier, c’est la diversité des hauteurs à laquelle on a veillé : il va y avoir du R+1 [ndlr : un étage] comme du R+10. Il va y avoir des jardins sur les toits, qui seront des espaces naturels collectifs. Le travail sur les vues a été mené de façon méticuleuse par des architectes obligés de travailler à plusieurs sur chaque lot et éviter ainsi les gènes et les vis-à-vis… »

Les documents d’urbanisme validés en conseil de communauté urbaine indiquent par ailleurs que « pour éviter les vis-a-vis ou les ombres portées trop importantes, les volumes les plus hauts devront être implantés en quinconce ».

2 – Où sont les places ?

L’interrogation qui revient périodiquement concerne les places, placettes et autres espaces publics de vie. Pour Fabienne Keller et son équipe, le souci majeur porte sur la place Jeanne-Helbling, dont il a été question au dernier conseil municipal. Cette place est aujourd’hui vide. C’est elle qui s’étend le long de l’eau et du silo à voitures du Ciné Cité, entre le cinéma et Rivétoile. Alors que l’opposition plaide pour un « petit Central park » à cet endroit, un « poumon vert » pour le quartier, sur les plans de Devillers, des bâtiments s’élèvent sur cette place. On peut également lire dans le dossier de modification 35 du plan d’occupation des sols de Strasbourg :

« Entre le cinéma UGC et le centre commercial Rive Etoile (sic), un nouvel immeuble viendra délimiter la nouvelle place Jeanne-Helbling. Il aura l’avantage de minimiser l’impact de la façade arrière du parking UGC, tout en rapprochant le centre commercial du complexe cinématographique. »

On ne pourrait être plus clair. Pourtant, « rien n’est figé », assure Alain Jund. Cette modification du POS rend juste la construction possible, mais rien n’est prévu à cet endroit pour le moment ».

Eco-quartier Danube (Document remis)

Côté quartier Danube, l’équipe d’opposition s’inquiète de la seule présence d’une « placette en bas d’une tour » à proximité de la station de tram Winston-Churchill. Balivernes, à écouter l’adjoint en charge de l’urbanisme, qui assure :

« Le quartier sera traversé par une place aussi grande que la place Broglie. Elle sera bordée de commerces et les voitures pourront y circuler, mais uniquement pour faire de la dépose. »

3 – Des flux de circulation mal pensés ?

La circulation, parlons-en. Dans ces deux quartiers, qui n’en feront plus qu’un demain, elle serait « mal pensée » aux dires de l’opposition. La critique porte d’abord sur le fait que les lots du quartier Malraux ont été attribués à Icade avant que l’étude sur les espaces publics – qui n’a démarré que cet automne – soit finalisée. La charrue avant les bœufs, tacle Fabienne Keller, qui émet une seconde critique :

« On parle de « ville nouvelle » alors qu’on fait une zone bouchon avec ces quatre tours (trois à Malraux, une en face à Danube) qui sera difficilement un lieu de vie. Les gens ne pourront pas y passer, ce sera une zone résidentielle où personne ne va ! Avec en plus des ruelles craignos… »

Tableau bien noir qu’efface d’un geste Alain Jund : « Les ruelles, c’est aussi ça qui fait le charme d’une ville… » Méthode Coué ?

4 – La qualité architecturale en question

Alors qu’au Bruckhof-Aristide Briand ou au Heyritz, le tout-béton est en marche, les bâtiments de l’éco-quartier Danube devraient répondre à un cahier des charges « que l’on ne voit nulle par ailleurs », assure Alain Jund, alliant performance énergétique, du BBC à la maison passive, formes urbaines variées et matériaux divers. On devrait retrouver du béton bien sûr, mais aussi du métal, du bois, de la brique et de la terre-paille. Une diversité garante de la qualité architecturale du site, espère l’adjoint, amateur d’une architecture « chahutée ».

Concernant les hauteurs, elles ne dépasseront pas les 50 mètres. Le projet d’une tour de « grande hauteur » (100 mètres) ayant fait long feu, ce seront trois tours qui s’élèveront côté Malraux, une autre côté Danube. Sur ce sujet, l’opposition ne se dit pas « anti-tour » mais réclame « du recul et une gestion de l’atterrissage ». Là, tout serait trop tassé. Et pour en remettre une couche, Fabienne Keller assène : « Quatre tours, c’est une erreur ».

Les Strasbourgeois jugeront. Deux mille d’entre eux devraient pouvoir s’installer dans ce nouveau quartier d’ici 4 ans environ. Une école, une crèche, une maison de retraite, une grande école (l’Inet), des commerces et des bureaux devraient participer à l’animation et à l’attractivité du quartier, qui accueillera peut-être aussi les bureaux de Pôle Emploi. Un projet aux antipodes, en tout cas sur le papier, des principes de séparation des espaces résidentielles et d’activités qui ont prévalu dans les années 1960, alors que l’on construisait à Strasbourg le grand ensemble de logements sociaux en tours et barres du Neuhof nord…

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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