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Les questions sur les animaux multicolores de la place de l’Étoile
Culture 

Les questions sur les animaux multicolores de la place de l’Étoile

par Jean-François Gérard.
Publié le 12 octobre 2015.
Imprimé le 29 janvier 2023 à 15:58
6 092 visites. 19 commentaires.
Que se cachent derrière ces statues multicolores ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Que se cachent derrière ces statues multicolores ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

140 statues multicolores d’animaux ont pris possession de la place de l’Étoile à Strasbourg pour interpeller sur la situation climatique, à deux mois du sommet international de Paris. Opération nécessaire ou simple artifice pour se donner bonne conscience tout en polluant ? Rue89 Strasbourg fait le tri (écologique) avec l’artiste Gad Weill.

Ces animaux c’est quoi ? Une expo itinérante avant la COP 21

Une exposition temporaire du nom de l’Arche de Noé Climat. Itinérante, elle a débuté à Paris en septembre. Les animaux sont tous des espèces menacées à cause du changement climatique. Il s’agit d’une idée de Ségolène Royal, ministre (PS) de l’environnement pour mobiliser la société civile sur les questions climatiques avant la conférence des nations unies sur le climat (dit COP 21) qui se tient au Bourget du 30 novembre au 11 décembre.

Qui paie ? Surtout six entreprises

Le ministère de l’Environnement coordonne l’opération, mais ne la finance pas directement. Il a fait appel au mécénat culturel, c’est-à-dire à des entreprises qui peuvent apposer leur logo à l’exposition. La Fondation Schneider Electric, l’Oréal, Arkema (chimiste), EDF, Fleury Michon et CFT (transport fluvial) ont financé le projet.

Les Ports de Paris sont aussi partenaires en laissant un entrepôt à Genevilliers à l’artiste Gad Weil, avant que les 140 statues rejoignent la capitale par barges. Le mécénat culturel permet de déduire 60% du don des impôts sur les sociétés dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires hors taxe.

Comme 8 autres villes françaises, Strasbourg a accepté d’accueillir cette exposition, jusqu’au 14 octobre. La municipalité a mobilisé un agent pour l’installation, ainsi qu’un gardien. La nuit, il n’y a pas d’éclairage supplémentaire à celui de la place de l’Étoile.

Elles sont faites en quoi ces bé-bêtes ? En PMMA

Ils sont fait en polyméthacrylate de méthyle, souvent abrégé PMMA, créé suite à une transformation chimique. C’est ce que l’on appelle souvent le Plexiglas (qui est une marque déposée), mais il s’agit plus précisément d’Altuglas (une autre marque, produite par le chimiste français Arkema) ou verre acrylique.

Cette matière est recyclable à l’infini à condition de la faire fondre. Les morceaux des statues viennent de l’usine lorraine du chimiste français, qui a donné des blocs de 3 mètres par 2, des 7 couleurs de l’arc en ciel. La découpe s’est faite ensuite au laser, les stries ont été peintes. Une centaine de seringues de colle ont été nécessaires pour fixer les pièces.

Malgré une production locale, la France est importatrice de PMMA. Les morceaux viennent surtout d’Italie (3/4 des imports), d’Allemagne, mais aussi d’Asie (Taïwan, Japon, Corée). Cette importation diminue (20 460 tonnes en 2013, 16 754 en 2014 et 12 856 sur les 12 derniers mois). Le socle démontable des statues est en acier.

Recyclables d’accord mais recyclés ? Euh…

Gad Weil justifie le choix de l’Altuglas car il laisse passer la lumière, mieux que le verre et parce qu’il s’agit d’une matière recyclable. Mais encore faut-il qu’ils soient recyclés un jour. Pour l’artiste, c’est possible, mais pas vraiment d’actualité :

« Si dans 10 ans on ne veut plus de mes statues, ils deviendront des phares de voitures, ou des meubles. »

Pour l’instant ce n’est pas prévu. Après leur 8 destinations, les animaux iront à Paris, puis au Bourget pendant le sommet. Après la COP 21, les pièces seront donnés aux ministères, des mairies ou des parcs pour continuer à sensibiliser le public. L’expo doit aussi aller à Nantes en décembre 2016.

Bref le recyclage n’est pas pour demain. Quand bien même un recyclage est plus écologique qu’une incinération, faire fondre la matière n’est pas neutre en carbone.

Comment les animaux sont transportés dans les 8 villes ? En camion

C’est aussi Gad Weil qui a réfléchi à la manière de transporter les pièces. Pour lui, avoir le coût écologique « le plus bas possible » faisait partie de la démarche :

« Le format a été spécialement pensé pour n’utiliser que 6 camions, dont un de logistique. Le socle est démontable Les pièces sont empilées à l’horizontale et légères, 70 kilos, pour que les camions consomment le moins possible. Et c’est un transporteur français, qui suit les normes écologiques les plus élevées. »

D’après les organisateurs les camions roulent à l’éthanol. Mais cela n’empêche d’avoir recours à beaucoup de plastique pour les emballer.

Les statues sont empilées pour gagner de la place dans le carton, mais emballées avec du plastique. (photo Facebook Christel Kohler)

Les statues sont empilées pour gagner de la place dans le camion, mais emballées avec du plastique. (photo Facebook Christel Kohler)

Quelqu’un va-t-il lire les contributions des spectateurs ? Pas sûr

Une fois les spectateurs attirés, souvent grâce à leurs enfants, le second objectif est de les faire poster leurs photos et idées avec le hashtag (ou mot dièse) #ADNClimat sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter, Youtube ou Instagram. Pour ceux qui n’ont pas de smartphone ou qui ne sont pas inscrits sur ces sites, une adresse mail est disponible.

De là à ce que ça se concrétise par un accord plus ambitieux, il y a encore un monde. Pas sûr que Barack Obama ou Vladimir Poutine, en voyant défiler un tweet sur leur smartphone, change de position. La démarche de l’artiste ne s’inscrit pas dans un rapport de force avec les États :

« L’important c’est de donner à tous le sentiment qu’ils ont quelque chose à dire. C’est comme signer la pétition sur le blogueur saoudien emprisonné, ça ne l’a pas empêché de se prendre des coups de fouets, mais l’important c’est le geste citoyen. »

Des couleurs flashy, c’est un bon message pour l’écologie ?

Gad Weil s’explique :

« Je souscris au discours de la ministre, l’écologie ne doit pas être punitive. Ceux qui ont un message de grisaille n’auront jamais l’adhésion de la population. J’ai horreur des discours sur la décroissance. Les « sachants » deviennent arrogants. L’espace public doit être un lieu d’expression des artistes. Moi, je m’adresse aux 85% de Français qui ne vont pas dans les lieux culturels, à la classe populaire. Les animaux ne doivent pas être tristes, ils sont flamboyants, surtout quand il y a du soleil. Ils n’ont pas de visage. Les striures doivent représenter l’adversité, qu’ils doivent lutter pour avancer. »

Article actualisé le 12/10/2015 à 11h30
L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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