Economie 

Quinze Alsaciens cités dans les listes des « Panama Papers »

actualisé le 07/07/2016 à 14h42 : précisions apportées par M. Pankratiev.

Début mai, le groupement international de journalistes d’investigation ICIJ a dévoilé la plus importante fuite de sociétés et de personnes ayant des intérêts dans les paradis fiscaux. Ce sont les « Panama Papers ». Et dans ces dossiers figure une poignée d’Alsaciens, aux profils très divers.

Dans les « Panama Papers », on trouve les données de plus de 214 000 sociétés offshores, c’est à dire les actionnaires et les liens de structures juridiques situées dans des paradis fiscaux comme les Îles Vierges ou les Seychelles. Ces données ont été publiées sur Internet à la suite de l’acquisition par le consortium de journalistes d’investigation ICIJ de fuites, dont la principale provient du cabinet d’avocats Mossack Fonseca, situé au Panama.

Ces données ont permis de mettre en évidence comment l’ancien Premier ministre d’Islande, le président de l’Ukraine ou le roi d’Arabie Saoudite par exemple ont placé leur argent à l’abri des regards et des administrations fiscales.

En résumé, grâce à des sociétés qui n’existent que sur le papier implantées dans des paradis fiscaux où le taux d’impôt est très bas voire inexistant, les actionnaires peuvent en toute discrétion vendre ou acheter des biens en utilisant le nom de ces sociétés-écrans. Ces mécanismes sont connus, mais c’est grâce à la fuite de 11,5 millions de documents au Süddeutsche Zeitung en 2015 que le voile sur l’ampleur de ce vaste système d’évasion fiscale commence à être levé.

Légal ou illégal ?

Il y a des usages légitimes de compagnies offshore. Être listé comme étant actionnaire d’une société dans un paradis fiscal n’est pas illégal. De plus, l’optimisation fiscale, qui consiste à domicilier des revenus à l’international dans le but de réduire l’imposition des sociétés, est une pratique légale dans bien des cas.

En France, si quelqu’un possède un compte à l’étranger et qu’il le déclare, celui-ci reste légal. Ce qui est illégal, c’est de dissimuler ses avoirs au fisc pour ne pas s’acquitter des impôts.

En Alsace, des chefs d’entreprise ou des inconnus

Il aura fallu plus d’un an à l’ICIJ, aidé par plus d’une centaine de médias, pour creuser cette montagne de documents et les rendre intelligibles dans une base de données, désormais librement accessible sur Internet. Lorsqu’en mai les premiers résultats sont dévoilés, on découvre en France que les époux Balkany, élus des Hauts-de-Seine, font partie des personnes citées dans les « Panama Papers », ou encore Michel Platini ainsi que des proches de Jean-Marie et de Marine Le Pen.

En Alsace, ce ne sont pas les plus riches ou les élus de la région qui sont cités, mais des chefs d’entreprise souvent très discrets. Dans la base de données, on trouve ainsi une quinzaine d’Alsaciens, dont les sociétés-écrans sont pratiquement toutes sous la juridiction des Îles Vierges Britanniques, qui garantit l’exemption fiscale.

Voici la liste, non exhaustive, des Alsaciens actionnaires de sociétés offshores, avec en lien leur entrée directe dans la base de données de l’ICIJ.

Quatre Strasbourgeois

  • Ephraim Massun, dirigeant d’Energie Climat, une société strasbourgeoise dont l’activité consiste dans le commerce interentreprises de matériel de plomberie et de chauffage, est actionnaire de Ledwin Company Group Inc., enregistrée à Genève et créée en 2006. Mais pour joindre Énergie Climat au Port-du-Rhin, il faut appeler un numéro surtaxé, lequel répond automatiquement que… « l’entreprise ne souhaite pas être contactée. »
  • Plus connu, on trouve également Christian Eberhardt, le président d’Eberhardt Frères, important distributeur d’appareils électroménagers à Strasbourg. Christian Eberhardt est listé comme actionnaire de deux sociétés aux Îles vierges britanniques, Xerena S.A., via les Emirats Arabes Unis, et Raxalle, via Monaco. Interrogé sur l’opportunité de ces sociétés dans de ce paradis fiscal, Christian Eberhardt n’a pas souhaité répondre à nos questions.
  • Kirill Pankratiev a exercé comme consultant en systèmes et logiciels informatiques à Strasbourg, via sa société KP Développement en novembre 2011. Il est actionnaire de Blackswan Managers and Consultants, créée en 2009 à Hong Kong et close en avril 2010. Résident en Suisse, M. Pankratiev a contacté la rédaction en juillet, pour préciser que la création de cette société offshore « n’avait rien à voir avec Strasbourg », mais parce qu’il était directeur d’une société basée à Hong-Kong.
  • Un quatrième Strasbourgeois est actionnaire d’UNISSE (Universal Science And Superior Education) depuis 1999, enregistrée dans les Îles Vierges Britanniques : Gustav Schmid.

Ailleurs dans le Bas-Rhin

  • À Gambsheim, Albert Schneider, né en 1941 et co-gérant de la société civile immobilière Albia, est actionnaire de Trade Group Limited, basée à Hong Kong, depuis 2002. Contacté à son domicile, Albert Schneider n’a pas répondu à nos sollicitations.
  • Toujours à Gambsheim, Franck Schneider est lui aussi actionnaire de cette société depuis 2002. Celui-ci est dirigeant de HP SUD, une entreprise créée en 2011.
  • Jacques Kouchnir, décédé en 2011, est avec Stella Bash actionnaire de Quiltmere Limited depuis 1998. La société-écran, enregistrée à Lausanne, est toujours active. Il possédait plusieurs sociétés civiles immobilières à Truchtersheim et à Berstett. Contactée par téléphone, Stella Bash affirme avoir vendu toutes leurs actions.
Capture d'écran de la base de données ICIJ.

Capture d’écran de la base de données ICIJ : les liens avec la société offshore Quiltmere Limited, enregistrée en Suisse.

  • À Bischoffsheim, Bernard et Marie-Louise Lehmann sont actionnaires depuis dix ans de Fevor Management, située à Genève. Ceux-ci sont co-gérants d’une société immobilière et Bernard Lehmann en possède deux autres encore : Le Lielos et Mont des Frères. Contacté par téléphone, Bernard Lehmann s’est déclaré très étonné d’apprendre l’existence de ces sociétés. Retiré des affaires, il a assuré qu’il n’avait jamais créé ou détenu des actions d’une société offshore. Il a cependant refusé de nous communiquer les coordonnées du cabinet en charge de la gestion de son patrimoine et de ses sociétés.

Dans le Haut-Rhin

  • Dans la liste des Français impliqués dans les « Panama Papers », on trouve aussi un certain Marc Frey, domicilié à Mulhouse et actionnaire de IBBIMCS, enregistrée à Malte depuis 2012. Marc Frey cultive l’art de la discrétion dont sont adeptes bon nombre de personnes utilisant les sociétés offshore. Ce n’est pas le cas de sa famille en revanche, que nous avons contactée pour qu’elle lui transmette nos questions. Cependant Marc Frey n’a jamais rappelé.
  • À Mulhouse toujours, Sacha Poirson est spécialiste dans le marketing Web pour la société AGC Consultants. Mais elle est aussi directrice, secrétaire et actionnaire depuis 2008 d’Amon and Ascan Development Inc., basée à Samoa, une île au large de l’Australie. Contactée via la CCI de Mulhouse, Sacha Poirson n’a pas répondu à nos sollicitations.
  • Dominique Beccia était propriétaire d’une petite entreprise spécialisée dans l’informatique à Bergholtz-Zell. Créée en 2009, elle est radiée depuis cinq ans. À Malte, Dorns Limited existe quant à elle toujours et Dominique Beccia en est actionnaire depuis 2010. Aujourd’hui, Dominique Beccia est directeur de programme chez Microsoft. Contacté, il a expliqué à Rue89 Strasbourg que cette société offshore avait été créée quasi-automatiquement, lorsqu’il a confié le montage juridique d’une société de jeux vidéos à un cabinet de Malte dont il est résident.
  • Francis Lapp est un autre alsacien au profil international. Après une carrière dans l’industrie, il a rénové une partie du port de Gdansk en Pologne pour y construire des yachts. Son entreprise, Sunreef Yachts est prospère. Il est actionnaire d’Ideal Asset Management Inc. depuis 1999, une société-écran enregistrée en Grande-Bretagne, elle même liée à une société de Gdansk. Contacté via Sunreef Yachts, Francis Lapp n’a pas souhaité répondre à nos questions.
  • À Munster, les listes de l’ICIJ font apparaître une Marie-Madeleine Ernewein. Elle est actionnaire de Valhalla International Holdings depuis 2008, toujours en activité et enregistrée en Suisse. Il n’a pas été possible de la contacter, voire même de l’identifier avec certitude.
L'AUTEUR
Auriane Poillet, Pierre France
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