L’histoire sous le redécoupage des cantons à Strasbourg
Politique 

L’histoire sous le redécoupage des cantons à Strasbourg

Le redécoupage des cantons du Bas-Rhin, dont le nombre est divisé par deux en vue des élections départementales de 2015, a été présenté jeudi. Lors de l’élaboration de cette nouvelle carte, les élus socialistes de Strasbourg ont dû s’entendre pour savoir qui allait voir « son » canton sauter. C’est l’une des clés de l’accord passé en amont des élections municipales de 2014.

C’est Robert Herrmann, conseiller général PS du Bas-Rhin (canton Strasbourg 1) et 1er adjoint au maire de Strasbourg, qui a le premier fait état publiquement des dissensions au sein même de son parti à propos du redécoupage électoral en vue des élections départementales de 2015. Ce redécoupage, qui devrait être validé peu avant les élections municipales, vise à diviser par deux le nombre des cantons dans chaque département et à établir la parité hommes-femmes dans les conseils généraux.

« Processus d’élimination » à l’encontre de Robert Herrmann

A Strasbourg, de 10 cantons l’on passera à 6 en 2015. Des cantons plus grands donc, où seront élus des binômes homme-femme (le descriptif du mode de scrutin sur Le Courrier des maires). A noter que le principe de conseiller territorial, qui aurait siégé à la fois dans les conseils général et régional, a été abandonné à l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Dans la carte présentée hier (voir ci-dessus), certains cantons évoluent peu, tels ceux de Hautepierre (Serge Oehler) ou de Montagne-Verte/Kœnigshoffen (Eric Elkouby). D’autres en revanche sont très remaniés, voire disparaissent, notamment celui du centre-ville. Celui de Robert Herrmann…

Très remonté mi-septembre, ce dernier, élu d’opposition au Département depuis 2001, évoquait même un « processus d’élimination » à son encontre. Dans sa lunette de tir, Alain Fontanel, proche du maire de Strasbourg et conseiller politique du premier secrétaire national du PS Harlem Désir à Paris.

Le canton de la discorde, celui d’Olivier Bitz

Selon le 1er adjoint, Alain Fontanel, adjoint au maire aux finances, aurait fait remonter à Paris une proposition de redécoupage différente de celle élaborée par les instances du Parti socialiste du Bas-Rhin, et notamment par Jean-Baptiste Mathieu, secrétaire fédéral du PS 67 en charge des élections (et accessoirement attaché parlementaire du député Philippe Bies, rival d’Alain Fontanel). La différence entre les deux versions portait sur le canton Strasbourg 4, celui des quartiers Marne et Conseil des Quinze, gagné d’une courte tête par Olivier Bitz, proche de Roland Ries et d’Alain Fontanel, aux cantonales de 2008.

La carte proposée par Alain Fontanel agrandissait le canton d’Olivier Bitz par l’ouest, au détriment de celui de Robert Herrmann. Tandis que la proposition des instances du PS 67, elle, rattachait à l’inverse le canton 4 au nord, c’est à dire à la Robertsau tenue par Yves Le Tallec (UMP). Solution qui hypothéquait grandement les chances d’Olivier Bitz de conserver son siège lors d’un scrutin ultérieur. Les deux scénarios promettaient « une explosion du PS sur le redécoupage, une primaire entre Roland Ries et Robert Herrmann, voire la perte de la Ville en 2014 », analysait hier Mathieu Cahn, premier secrétaire fédéral du PS 67. Tout le monde à gauche avait à y perdre, d’où d’intenses négociations qui ont abouti à l’accord que l’on sait.

Les dessous de l’accord Ries-Herrmann

Une voie médiane a finalement été trouvée : 1) Robert Herrmann voit « son » canton ratiboisé des bureaux du nord (qui votent à droite) rattachés au canton Strasbourg 5 (Robertsau), mais s’assure un poste de président de la CUS en cas de victoire en 2014, ou un canton recentré vers le sud (Krutenau et nord de Neudorf), traditionnellement à gauche, en cas de défaite au printemps prochain. 2) La carte gratifie le canton d’Olivier Bitz d’un supplément d’âmes plutôt de gauche, avec l’Esplanade et le Port du Rhin. S’il n’est pas forcément très bien doté pour les cantonales, le camp de Philippe Bies et de Mathieu Cahn, qui a travaillé sans relâche à l’accord, peut souffler : l’union est sauve, les positions du PS à Strasbourg pourront potentiellement être confortées.

Le seul perdant, à première vue, c’est Henri Dreyfus, conseiller général du canton Strasbourg 3 (Bourse-Esplanade-Krutnenau). Son canton très marqué à gauche est dépecé. Cet élu de terrain commente, tout en retenue : « Je suis effectivement défavorisé. C’est sûr que sur ce redécoupage, d’autres ont été consultés avant moi… » Reste, glisse-t-on au PS, qu’Henri Dreyfus pourrait, le moment venu, se présenter lors d’une primaire interne contre Olivier Bitz pour être candidat sur ce canton Quartier des Quinze/Port-du-Rhin/Esplanade…

Rapport droite-gauche stable ?

De façon plus générale, les équilibres pourraient rester stables en 2015 à Strasbourg. De 6 (+1, avec Marie-Dominique Dreyssé, élue EELV dans le canton gare), la gauche devrait passer à 8 conseillers généraux, tandis que la droite, qui tient trois cantons strasbourgeois (Jean-Philippe Maurer à la Meinau, Pascale Jurdant-Pfeiffer au Neuhof et Yves Le Tallec à la Robertsau), passerait à 4 conseillers généraux avec deux binômes sur les grands cantons sud (Meinau-Neuhof) et nord (Robertsau, Tivoli…).

Ce redécoupage, proposé par le gouvernement via la préfecture, sera discuté en séance plénière du conseil général le 18 novembre. Son président, Guy-Dominique Kennel, prédit un avis défavorable de sa majorité UMP, tant ce « charcutage » ne semble convenir ni sur la forme (intercommunalités non respectées, cantons trop grands et incohérents, chef-lieux excentrés…) ni sur le fond (binômes constitués d’élus qui exerceront indépendamment leur mandat sur un même territoire, avec de potentiels rivalités et désaccords, perte de proximité…). Il notait par ailleurs hier, un brin agacé :

« C’est à cause de Strasbourg que la carte est sortie 15 jours après [la date prévue]. On [les socialistes] s’est réparti les postes et ensuite, on s’est réparti les cantons. La droite et Sarko ont osé beaucoup de choses, mais ils auraient fait le quart ou la moitié de ce qui a été fait là, on les aurait tués. »

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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