Le grand bricolage des étudiants qui devaient partir à l’étranger
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Le grand bricolage des étudiants qui devaient partir à l’étranger

actualisé le 09/09/2020 à 12h21

Annulations, reports, réaffectations… La crise du coronavirus a bouleversé la mobilité internationale des étudiants. À Strasbourg, beaucoup ne pourront effectuer leur année à l’étranger. Ce qui demande une grande faculté d’adaptation pour trouver un plan B.

« C’était mon rêve d’aller faire mes études en Allemagne ». Kethie, étudiante en master 2, langue et société à Strasbourg était acceptée à l’Université de Münster pour le premier semestre 2020/2021. Le 10 août, elle reçoit le mail d’annulation. La décision vient de l’établissement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie face à la recrudescence des cas.

L’étudiante de 26 ans n’est pas la seule à avoir vu ses projets compromis en raison de la crise du Covid-19. C’est le cas de Laura 25 ans, étudiante en anthropologie. Elle devait partir à Taiwan en janvier 2020 mais sa mère, infirmière, s’y est opposée :

« La veille du départ elle m’a demandé d’annuler. Au final, j’aurais été plus “safe“ à Taiwan qu’à Strasbourg mais ça, on ne pouvait pas le savoir à ce moment là »

Laura devait mener des recherches sur le terrain pour son mémoire de master. Elle se retrouve obligée de refaire son année. Sauf que, depuis, Taiwan a fermé ses frontières. « Je suis en train d’abandonner tranquillement mon projet de recherche, à cause du Covid qui repart et de l’hiver qui vient… », explique l’étudiante peu optimiste quant à ses chances de partir en janvier 2021.

Pour certains et certaines, l’année universitaire à l’étranger se passera derrière l’ordinateur. (Photo Visual Hunt / CC0 1.0 Universal / Public Domain Dedication)

Les admissions ou non d’étudiants à l’étranger se décident selon les critères de chaque Université, parfois au dernier moment. Certains étudiants ont ainsi su que très tardivement qu’ils devaient renoncer à leur échange, difficile dans ces conditions de se retourner.

Philippine 20 ans, étudiante en 3ème année à Science Po Strasbourg devait se rendre en août à Hong Kong :

 « Au début, l’échange ne devait pas être annulé. Puis, on a eu le choix : annuler le premier semestre et de venir seulement au second si on voulait. Finalement, le 16 juillet, on nous a dit que le campus est confiné. Hong Kong vit une 3ème vague et n’autorise plus d’étudiants étrangers ».  

Depuis, elle cherche désespérément un stage pour compenser. Dans ses préparatifs, la strasbourgeoise avait annulé ses vacances pour arriver plus tôt et observer une quatorzaine.

Les établissements proposent des alternatives

Les établissements strasbourgeois se retrouvent avec des étudiants sur les les bras. Kethie espère ainsi pouvoir convaincre l’administration de décaler exceptionnellement son départ au second semestre, une suggestion venue de Münster. Avant d’être fixée, elle va suivre les cours du premier semestre

À Science Po, la 3ème année se déroule obligatoirement en mobilité. Pour ceux qui ne pourront partir au 1er semestre, huit écoles, dont celle de Strasbourg, proposeront des cours virtuel, en langue étrangères et issues de différents établissements. Mais sans l’immersion dans un autre pays.

L’établissement, qui n’a pas trouvé le temps de répondre à notre sollicitation a également organisé la réaffectation d’étudiants en Europe, avec des jurys en avril.

Paul (prénom modifié) devait partir en Amérique Latine où les cours en présentiel ont été annulés fin mai. Mais sa demande de réaffectation en Europe lui a été refusée par Science Po début juin. 

« Après l’annulation des cours en présentiel à l’étranger, c’était une période compliquée car il fallait faire le point avec les parents, préparer le dossier pour la réaffectation et chercher en même temps un stage à la place de l’année à l’étranger. »

Des étudiants se rabattent sur ESN

Effet collatéral de ces mobilités avortées, l’association étudiante Erasmus Student Network (ESN), qui facilite l’intégration d’étudiants étrangers enregistre un net surplus de demandes adhésions, une trentaine, ce qui doublerait ses effectifs. « Environ 40% ont répondu que c’est parce qu’il n’ont pas pu avoir de mobilité », explique Alexis Maribe, président de l’association. Encore faut-il qu’il y ait beaucoup d’étudiants étrangers à accueillir.

Le stage ou le service civique d’uns année sont deux alternatives validées par Science Po pour valider sa 3ème année. C’est le choix de Julie (prénom modifié) qui préférait ainsi « préciser son projet professionnel » plutôt que de partir dans une destination qu’elle n’a pas choisie. L’étudiante devait s’envoler pour Delhi en Inde, mais n’a jamais reçu de nouvelle de la part de son université d’accueil. 

Pendant l’été, Paul avait finalement trouvé un stage en Europe. Mais là encore, le projet ne se concrétise pas à temps :

« Les responsables de Science Po étaient en congés, j’ai reçu ma convention de stage, un mois et demi après ma demande, le 28 août, alors que mon stage devait commencer le 1er septembre. »

Résultat, il est reparti fin août chez ses parents dans la banlieue parisienne et assiste finalement à distance, aux cours… de son université d’accueil en Amérique latine :

« J’ai choisi des cours qui tombent l’après-midi pour pouvoir faire une formation de sapeur-pompier en même temps. Mais d’autres ont des cours entre 21h et 3h du matin à cause du décalage horaire »

Paul, se console comme il peu. « Très peu de personnes ont pu partir hors-Europe », estime-t-il. Kethie, de nationalité géorgienne, retient surtout les nombreuses démarches, dont une lettre certifiée par un notaire, en vain. Selon Philippine, la 3ème année à l’étranger est « l’objectif de tous les étudiants à Science Po ». Elle attendait une expérience « hyper-formatrice ». Beaucoup espèrent encore pouvoir partir au second semestre. Sans toutefois se faire trop d’illusions.

L'AUTEUR
Sara Saidi
Sara Saidi
Journaliste alsacienne avec un pied au Moyen-Orient.

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