Les retombées du marché de Noël, refroidies par les annulations
Economie 

Les retombées du marché de Noël, refroidies par les annulations

Le marché de Noël, un événement essentiel pour les forains.

Le marché de Noël, un événement essentiel pour les forains. (M. Roussey / Rue 89 Strasbourg)

Maintenu sous des conditions de sécurité drastiques, le marché de Noël se termine de manière anticipée. Entre le traumatisme des attentats et les emplois supprimés, la locomotive économique de Strasbourg reste marquée par les annulations du début du mois.

Six semaines après les attentats, les touristes sont revenus sur le marché de Strasbourg, bien décidés à acheter leurs derniers cadeaux de Noël. Leur présence était attendue avec impatience par les forains, mais aussi les hôteliers, les restaurateurs et les commerçants, inquiets des conséquences des attaques parisiennes.

Car les exposants ne sont pas les seuls à profiter du rayonnement du marché de Noël. Avec près de deux millions de visiteurs et des retombées toujours difficiles à évaluer, mais que l’Office régional du tourisme en Alsace (ORTA) estimait en 2014 à 254 millions d’euros, le marché booste l’économie locale et décembre constitue le meilleur mois de l’année pour de nombreux commerçants, hôtels ou restaurants.

3 000 emplois saisonniers créés pour le marché

Tous secteurs confondus, près de 3 000 emplois saisonniers ont été créés en 2014 selon Pôle Emploi. Sur la place du Temple neuf, Shannon et Rachelle interpellent les passants pour leur faire goûter des spécialités à la châtaigne. Strasbourgeois tous les deux, c’est la première fois qu’ils participent au marché en tant que vendeurs. Le reste du temps, Shannon est étudiant en master d’histoire militaire.

Ce job saisonnier lui permet de financer un stage à l’étranger. Pour être recruté, il a passé un entretien après avoir postulé à des annonces postées sur internet. Sa collègue, elle, a eu le poste grâce à un speed-dating à Pôle Emploi, avec trente autres candidats. Payés au SMIC, ils ne touchent aucun pourcentage sur le nombre de ventes et n’ont donc pas la pression :

« Il y a une bonne ambiance dans l’équipe et avec les passants. Le but est bien sûr de vendre mais aussi de faire découvrir les produits. »

En moyenne, les visiteurs dépensent 65€ par jour sur le marché de Noël.

En moyenne, les visiteurs dépensent 65€ par jour sur le marché de Noël. (M. Roussey / Rue89 Strasbourg)

Avant l’ouverture du marché, certains vendeurs bénéficient d’une formation, comme ceux employés par la créatrice de pains d’épices Mireille Oster. L’année dernière, la boutique a embauché quarante-huit personnes pour la période du marché, et comptait en embaucher autant cette année :

« Si les gens ne déliraient pas complètement en faisant croire à d’autres que des atrocités vont se passer, le marché aurait les mêmes retombées que l’an passé. »

Moins d’embauches à cause des attentats

Après le 13 novembre, de nombreux commerçants ont réduit leurs effectifs. Yves Jean, gérant du magasin Aux merveilles de la cathédrale, avait prévu d’embaucher deux personnes en plus de ses cinq vendeurs habituels.

Depuis que le marché s’est installé place de la cathédrale en 1991, décembre représente pour lui le mois le plus important de l’année. Pendant la deuxième quinzaine de décembre, son magasin a enregistré une perte de 25% de chiffre d’affaires. Yves Jean a préféré annuler les CDD prévus.

Pour lui, les mesures de sécurité mises en place par la Ville permettent de rassurer les visiteurs mais elles compliquent aussi la livraison des marchandises et dissuadent certains riverains de venir jusqu’au centre-ville.

L’éveil des sens, un restaurant gastronomique situé dans le quartier Petite France, note lui aussi une baisse de fréquentation. Cette année, Marie la gérante n’a embauché qu’une personne supplémentaire contre deux ou trois les années précédentes. En temps normal, le marché de Noël permet au restaurant de gagner le double par rapport à un mois normal. Maigre consolation pour les commerçants, le préfet a autorisé l’ouverture des magasins le dimanche 17 janvier, pendant les soldes.

Des retombées économiques inégales pour les commerces

Pour d’autres en revanche, difficile de savoir si le commerce est boosté par le marché car celui-ci n’a aucun lien direct avec leur activité. Dans la boutique de prêt-à-porter Lodge, située au centre-ville, les touristes ne représentent que 15% de la clientèle. Si décembre est le meilleur mois de l’année, c’est avant tout parce que les achats concernent les cadeaux de Noël. En s’éloignant du centre, le flot de touristes se tarit. À dix minutes de la cathédrale, dans une impasse du quartier de Neudorf, le restaurant  S’Musauer Stuebel tourne avec des habitués ou des clients attirés par les commentaires sur Internet. Christophe Fischer, l’un des gérants, explique :

« Le marché ne nous apporte rien ou pas grand chose. Que les touristes soient là ou non, cela ne change rien pour nous. »

 

L’hôtellerie double ses prix pendant le marché

L’Alsace est la seule région de France où les hôtels enregistrent plus de nuitées en décembre qu’en été. L’une des rares auberges de jeunesse de Strasbourg, l’auberge des Deux-Rives, accueille beaucoup de touristes pour le marché de Noël, comme l’explique son gérant Méhdi Boudari :

« Décembre est le meilleur mois de l’année. Il draine à lui seul environ 5 000 nuitées. Le reste de l’année, on ne compte au total que 3 000 à 4 000 nuitées. Mais avec les attentats, on a subi 1 600 annulations début décembre »

En période de Noël, le prix de la chambre augmente de quelques euros. D’autres hôtels en revanche n’hésitent pas à doubler ou tripler leurs tarifs. Mais cette année, même les plus grands hôtels ont dû brader leurs prix. Soraya Bouzar, gérante de l’hôtel le Bristol, redoutait un mois de décembre catastrophique.

« Beaucoup de clients ont annulé leur séjour et les réservations ont chuté de 30%. Pour limiter la casse, on multiplie les offres de dernière minute. Et comme le marché de Noël ne dure que jusqu’au 24 décembre cette année, nous avons aussi subi des annulations pour le Nouvel an. »

Dormir chez l’habitant, un marché en pleine expansion

La psychose ambiante n’est pas la seule raison de la baisse de fréquentation. Sur l’ensemble de l’année 2014, les logements proposés par les particuliers représentaient déjà 16% de l’offre en hébergement en Alsace. Pendant le marché de Noël, les Strasbourgeois accueillent quatre fois plus de voyageurs, selon les chiffres obtenus auprès de Airbnb. En plus des 2 047 logements répertoriés par le site dans la métropole, soit 1,5 fois plus que l’an dernier à la même date, l’offre se poursuit sur d’autres sites de petites annonces, où certains particuliers louent des chambres allant jusqu’à 120 euros la nuit.

Dans son appartement au pied de la cathédrale, Sylvie propose une chambre à 100 euros, petit-déjeuner inclus, un tarif qu’elle juge “bien moins élevé que les prix du marché”. Elle ne loue sa chambre que pendant la période de Noël. Elle a trouvé preneurs tous les week-ends. La location lui permet de gagner 800 euros à la fin du mois, “un bon moyen de payer la taxe d’habitation ou les cadeaux de Noël”.

L’objectif du marché : donner envie aux touristes de revenir

Avec le marché de Noël, Batorama, première activité touristique commerciale d’Alsace, enregistre environ 60 000 promenades en bateau en décembre, soit quatre fois plus qu’en janvier. Malgré les 2 200 annulations enregistrées après les attentats, Reynald Schaich, directeur adjoint de la société, relativise : décembre n’est que le septième mois de l’année. Les réservations sont deux fois plus nombreuses en août :

« Les gens viennent pour le marché et en profitent pour découvrir Strasbourg, qu’ils voient pour la première. Ceux qui viennent en été prennent plus de temps pour visiter. »

Un constat que partagent de nombreux commerçants. Dans sa boutique de souvenirs, Yves Jean recroise chaque année des visiteurs en dehors du marché. Prochain rendez-vous : la Saint Valentin. L’office du tourisme prépare déjà les flyers de l’opération Strasbourg mon amour.

L'AUTEUR
Marion Roussey
Marion Roussey
Il existe autant de sujets que de manières de les présenter. La difficulté est de trouver le bon format et d'oser aborder les thèmes qu'on ne maîtrise pas.

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