A la réunion sur les Bains, Roland Ries poussé à poursuivre les échanges
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A la réunion sur les Bains, Roland Ries poussé à poursuivre les échanges

actualisé le 01/11/2015 à 12h35

La piscine de la Victoire est classé comme patrimoine historique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La piscine de la Victoire est classée à l’inventaire du patrimoine historique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La dernière réunion publique sur l’avenir des Bains municipaux de Strasbourg a été agitée. Le maire a accepté d’autres réunions après la rédaction de l’étude en cours, dont le contenu reste mystérieux.

« La concertation est un exercice difficile. » Le maire Roland Ries (PS) savait qu’il n’était pas en terrain conquis vendredi 30 octobre au Palais universitaire pour la troisième et dernière réunion de concertation sur l’avenir des Bains municipaux de Strasbourg, boulevard de la Victoire. Mais sa parole était attendue par les usagers ou citoyens attachés à l’édifice de Fritz Beblo.

Dans une courte présentation, il a surtout voulu rassurer les 180 participants en se disant « personnellement et affectivement attaché au lieu » et a laissé plus d’une heure aux questions-réponses. Plus étonnant, il a répété que « rien n’est décidé » sur l’avenir du lieu, ce qui a parfois agacé la salle quand on sait que la Société publique locale (SPL) des Deux-Rives, qui appartient à la Ville et l’Eurométropole, travaille depuis cet été à des études pour déterminer les travaux à envisager et par qui. « Je ne crois pas qu’en se mettant à 200 autour d’une table on va trouver une solution », a aussi ajouté le maire.

Pour les contours du projet, le maire a rappelé la charte de la rénovation qui prévoit le maintien de quelques douches et baignoires publiques et de l’accès aux piscines au même tarif qu’ailleurs à Strasbourg. Les bains romains, sauna et hammam resteront ouverts, mais le prix (actuellement 15 euros) reste à déterminer. Le premier magistrat de Strasbourg a aussi donné quelques chiffres détaillés de la fréquentation : 95 000 entrées à la piscine, 23 000 de scolaires, 17 000 pour les bains romains et 9 000 pour les douches publiques, une partie de ces entrées étant celles de personnes sans-domicile fixe.

D’autres réunions publiques

Mais alors si rien n’est décidé, quand est-ce que les Strasbourgeois auront leur mot à dire ? Alors que la Ville prône la démocratie participative, c’est sur ce point qu’a dû insister à deux reprises l’un des participants, en demandant ce qui était prévu après ce triptyque de réunions. Si d’abord le maire a répondu qu’ « une synthèse de l’étude en cours sera portée à la connaissance du conseil municipal », Roland Ries et son adjoint Olivier Bitz (PS) ont finalement accepté le principe d’au moins une future réunion, une fois les études de la SPL livrées.

Le revirement de 2009 expliqué

Roland Ries a aussi eu l’occasion, par l’intermédiaire de Frédéric Thommen, directeur de la construction à l’Eurométropole, de s’expliquer sur le spectaculaire retournement de situation en 2009, seulement appris aujourd’hui, lorsque le cabinet parisien Ingénierie Sportive et Culturelle (ISC) proposait une piscine d’exception pour une rénovation entre 18 et 22 millions d’euros.

« Le chiffrement des travaux ne paraissait pas crédible. Certaines dépenses n’étaient pas budgétées ou sous-dotées. Il n’y avait par exemple que 400 000 euros pour les toitures. »

Quand bien même ce montant est du même ordre de grandeur que celui des autres bains municipaux rénovés en Europe, c’est pour cette raison que la collectivité s’est alors tournée vers un proche du maire et ancien collaborateur de l’adjoint en charge du dossier, Robert Herrmann (PS), pour une contre-étude de 13 pages à 25 000 euros qui chiffre la rénovation à 30 millions d’euros et propose alors un partenariat public-privé. Ce document choisissait déjà qui devait occuper les lieux.

ISC a pourtant retravaillé avec l’Eurométropole en 2009, en 2010 et 2013, notamment sur l’extension de la piscine de Hautepierre ou sur la localisation d’une dixième piscine dans l’Eurométropole, un projet qui ne semble plus d’actualité.

Mais le maire s’est dit « favorable à la poursuite de la publication de toutes les études déjà réalisées ». Peut-être saura-t-on un jour qui est ce mystérieux groupe international de BTP choisi pour occuper le lieu dès 2010, avant-même que le partenariat public-privé soit présenté au public ? Le contenu de la triple étude d’assistance juridique, financière et fiscale de 2010, facturée 102 000 euros par trois prestataires, sera-t-il aussi dévoilé comme promis ?

Mode de gestion encore incertain

Même sur le mode de gestion, qui avait tellement cristallisé le débat en 2011, le maire ne s’est pas avancé. Le bail emphytéotique (très long et à bas loyer), n’est plus qu’une hypothèse. Sur ce point technique, le maire a plutôt mis en avant l’exemple de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), une société anonyme d’économie mixte (SAEM), remise en concurrence régulièrement, mais dont la ville est actionnaire majoritaire et compense les pertes des horaires non rentables (par exemple entre 5h et 7h du matin). Dans le cas des Bains, la municipalité donnerait environ 3 millions d’euros par an (le budget actuel) au nouvel occupant.

D’autres modes de gestion existent et ont été présentés le 16 octobre. Reste que le prestataire sommé de payer la rénovation voudra la garantie de rester longtemps dans l’établissement. De plus, les options d’une société publique locale (SPL) qui gèrerait exclusivement cet établissement – qui prévalait entre 2011 et 2014 – ou encore une gestion directe par la municipalité comme le proposait ISC en 2009 en vendant deux bâtiments annexes, ne sont pas privilégiées.

Dans l’assemblée, le conseiller municipal d’opposition Jean-Philippe Vetter (LR) s’est étonné d’une solution ruineuse à moyen et long terme :

« On va continuer à verser de l’argent pour un établissement dont les recettes ne nous reviendrons plus. En 10 ans, on va donner à quelqu’un d’autre le prix de la rénovation, que nous aurions pu faire nous-même. »

Remise de la pétition aux 6 000 signatures

Autre moment fort de la soirée, Bernard Aghina du collectif la Victoire pour tous a remis au maire, la pétition « Défendons les bains municipaux de Strasbourg » et ses 6 000 signatures. Olivier Bitz a minimisé ce nombre en disant que cette pétition était lancée avant la charte du mois de juin et qu’il était d’accord avec beaucoup de remarques et signatures, notamment de ne pas vendre l’établissement.

Enfin sur la promesse de 2014, de rénover la piscine de la Victoire à travers le « plan piscine » (100 millions d’euros), le maire a répondu qu’ « en maintenant le prix d’accès au même tarif qu’ailleurs, la piscine de la Victoire fait toujours partie du plan piscine ».

Deux propositions concrètes balayées

Dans l’assemblée, deux propositions concrètes ont été formulées pour les parties inutilisées, ce qui est sensé être le but premier de ces réunions : créer une école ou un institut de formation, ainsi qu’un musée de la Neustadt – la vieille ville allemande de la République à l’Orangerie –  « dont tout le monde parle mais personne ne sait ce que c’est » dans le bâtiment de gauche, mais le maire y a coupé court.

Concernant l’école, le maire a déclaré « douter de la cohérence du lieu », tandis que pour le musée, il a répondu qu’il y en aurait déjà un place du Château, à côté de la Cathédrale, soit en dehors du quartier de la Neustadt. Le maire faisait en fait référence au Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP).

L’ouverture d’un tel établissement pour dix ans est devenu obligatoire lorsque la Ville de Strasbourg a choisi d’être labellisée « Ville d’arts et d’histoire » en 2014. Une inscription à un label national méconnu étonnant quand on sait que la Ville vient d’envoyer un dossier de classement de la Neustadt au patrimoine mondiale de l’UNESCO, où la grande-île est déjà inscrite. Prévue d’abord pour 2016, l’ouverture du CIAP est désormais programmée pour 2017.

Volonté en revanche réaffirmée, par le biais de l’adjoint à la Santé Alexandre Feltz (sans étiquette) présent à la réunion, l’augmentation des créneaux pour le dispositif Sport-Santé sur ordonnance dans les bassins actuels de la Victoire.

Roland Ries a obtenu des applaudissements à la fin de la séance en expliquant qu’il souhaitait continuer à dialoguer, sur la base de la charte actuelle, avec les participants. Pour la suite, rendez-vous début 2016 pour savoir quelles activités seront développées et quels prestataires la SPL a déniché.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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