Un nouveau collectif de parents en campagne pour défendre les quatre jours et demi à l’école
Société 

Un nouveau collectif de parents en campagne pour défendre les quatre jours et demi à l’école

actualisé le 27/02/2019 à 16h48

Un nouveau collectif de parents d’élèves de Strasbourg s’est constitué, cette fois pour défendre la semaine de 4,5 jours dans les écoles. Soutenu par la FCPE, ce collectif veut croire que la bataille n’est pas perdue, malgré le revirement du maire.

À un an des municipales, Roland Ries a-t-il tenté d’acheter la paix sociale avec les enseignants sur le dos des enfants scolarisés dans les écoles de la Ville ? C’est en tout cas ce que pensent des parents d’élèves, après l’annonce surprise du maire début février qu’il renonçait à son projet d’une semaine d’école à quatre jours et demi avec une demie journée d’activité éducatives, pour revenir à une semaine de quatre jours dès septembre.

La Fédération des conseils de parents d’élèves du Bas-Rhin (FCPE 67) ne décolère pas. Après les derniers conseils d’écoles, son secrétaire générale Claudio Fazio dénonce une « confiscation de l’organisation des votes par les enseignants ». Il regrette que le projet du maire ait avancé depuis 18 mois sans concertation avec les corps intermédiaires concernés :

« Il y a eu une crispation des enseignants du fait qu’ils n’ont pas été associés au dossier. Dès le départ, la municipalité était sûre de son affaire. Il aurait pourtant fallu associer syndicats d’enseignants et associations de parents d’élèves à la construction du schéma. La Ville a fait une série de maladresses dans sa méthode. Et maintenant, on en est à constater les dégâts. »

Un débat fort mal posé

Pour lui, en centrant le débat sur le bien-être de l’enfant, la Ville a ouvert un débat « inaudible pour la majorité des parents d’élèves qui ne se sont pas sentis concernés » :

« Le volet social des rythmes scolaires a été complètement occulté du débat au profit du seul bien-être de l’enfant. La majorité des parents n’y a donc pas pris part parce qu’ils pensaient que le scénario des quatre jours et demi était sûr. Si on avait aussi parlé de l’incidence sur l’organisation des familles, de comment meubler les mercredis, des implications pour les familles monoparentales qui ont retrouvé un emploi avec leurs enfants gardés dans un cadre épanouissant… Ils se seraient bien plus impliqués dans ce débat ! »

Mais tout n’est pas encore joué, assure Claudio Fazio :

« Les parents commencent à se rendre compte des incidences de ce revirement et nous allons en réexpliquer les conséquences sur la vie des familles. Nous entendons mobiliser la majorité silencieuse qui a cru que la mairie serait inflexible. »

Manuel Santiago, l'un des fondateur du collectif pour la conservation des 4,5 jours (doc remis)

Manuel Santiago, l’un des fondateur du collectif pour la conservation des 4,5 jours (doc remis)

Un collectif de parents strasbourgeois favorables à la semaine de quatre jours et demi s’est constitué via le réseau social Facebook le 31 janvier. Appelé « Pour des rythmes scolaires respectueux de tous les enfants », ce collectif compte à la date de parution de cet article 120 sympathisants. Il a donné lieu à une première réunion qui a rassemblé une vingtaine de parents. Avec la reprise de l’école depuis lundi, il compte mobiliser au-delà. Manuel Santiago, l’un de ses fondateurs, explique :

« Notre collectif s’est monté en réaction aux derniers votes de conseils d’école et au constat qu’un autre collectif de parents laissait croire que tous les parents étaient pour la semaine de quatre jours. Nous avons été tellement surpris de la position de la Ville et constaté le désarroi de certains parents chacun dans son coin. Ce retour en arrière est carrément incroyable. Dès décembre, on a bien vu monter des discours sur les quatre jours, avec beaucoup de démagogie. Mais jamais la municipalité n’avait évoqué avec les parents la possibilité d’un retour aux 4 jours. »

« Tout le monde était un peu perturbé par le maire »

Manuel Santiago explique que l’annonce du maire en décembre avait déjà « un peu perturbé tout le monde » :

« Il a annoncé une proposition originale qui n’était pas dans l’enquête soumise en octobre. On s’est quitté avant Noël dans une situation de confusion. D’autant plus que les attentats avaient fait passer tout le monde à autre chose. Certains parents n’avaient pas saisi le mode d’emploi du schéma proposé, et notamment la gratuité de l’après-midi d’activités éducatives. C’est pour ça qu’on a sollicité des réunions avec la Ville à la rentrée de janvier. Mais les syndicats enseignants eux s’étaient organisés parce qu’ils avaient compris que les conseils d’écoles permettraient imposer les quatre jours. A contrario, du côté des parents, cette idée qu’on resterait au pire au statu quo a bloqué toute mobilisation. »

Le collectif Pour des rythmes scolaires respectueux de tous les enfants et la FCPE ont conçu des stickers pour les coller dans la Ville.

Dès la semaine dernière, le collectif et la FCPE 67 ont adressé une lettre ouverte au maire de Strasbourg pour dénoncer son manque de courage politique :

« Une démarche réalisable et souhaitable aurait été de planifier le développement des nouveaux rythmes sur plusieurs années en opérant un processus d’évaluation-ajustement. Vous auriez ainsi amorcé un changement dans la mentalité des parties prenantes. Ceci vous aurait donné les moyens et le temps de réaliser votre projet initial. « 

Le second collectif retourne en campagne

Ce second collectif entend désormais tracter dans la Ville et pas seulement aux abords des écoles pour informer les parents et citoyens strasbourgeois des enjeux des rythmes scolaires. Manuel Santiago ne cache pas sa défiance envers le fonctionnement des conseils d’écoles :

« Les conseils d’écoles ont toujours voté pour les quatre jours puisqu’ils sont constitués de plus d’enseignants que de parents. Mais du côté des parents, il y avait de plus en plus d’adhésion à la solution du maire. Sur 700 parents, 300 ont voté pour sa proposition lors des derniers conseils d’écoles. »

Sur le plan juridique, ces parents dénoncent le manque de cadre réglementaire des conseils d’écoles. Dans la pratique, les directeurs ou directrices y ont seuls le dernier mot sur l’ordre du jour et aucun quorum n’est fixé pour les votes. Plutôt que de mettre en cause la validité des votes passés, ils entendent donc imposer à l’ordre du jour des prochains conseils les votes de règlements intérieurs. Pour eux, c’est la condition préalable à tous nouveaux votes sur les rythmes scolaires. En cas de blocage sur ce point, la FCPE n’exclut pas de saisir la justice administrative.

Après l’annonce du maire début février, les conseils d’écoles doivent encore prendre position sur deux schémas de durée des journées d’écoles. À moins qu’une troisième option ne soit remise à l’ordre du jour…

L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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