Comment se déplacer écolo à Strasbourg ?
Société 

Comment se déplacer écolo à Strasbourg ?

actualisé le 03/04/2012 à 10h45

Piétons, automobilistes et cyclistes se partagent l'espace public. (Photos Matthieu Mondoloni)

Ce deuxième opus de notre mini-série « comment être écolo à Strasbourg » s’intéresse aux transports. La communauté urbaine dispose de tout l’éventail des modes de déplacement alternatifs, du tramway à l’autopartage. Pour autant, se déplacer en polluant le moins possible demande des efforts, et parfois trop de sacrifices. Petit tour d’horizon des possibilités.

Pas de suspense. Oui, se déplacer de façon écolo (à pied, à vélo, en transports en commun) quel que soit son lieu de vie, c’est possible. A condition que :

  • l’on habite au centre-ville ou dans un quartier périphérique et que l’on travaille dans ce même secteur,
  • le logement ou le lieu de travail soit à proximité immédiate d’une station de tram ou de la gare,
  • l’on puisse/veuille marcher ou pédaler sur de longues distances.

Dans le cas contraire, la ville et les transports en commun ne sont pas encore taillés pour les déplacements écolos. En particulier, si :

  • l’on vit et travaille dans deux quartiers ou communes périphériques différents,
  • l’on travaille en horaires décalés,
  • notre état de santé ne permet pas de marcher ou de pédaler.

Strasbourg se veut être une communauté urbaine à la pointe des transports alternatifs à la voiture. Roland Ries a construit sa stature politique nationale sur les transports, le maire de Strasbourg est le chargé de ces questions dans l’équipe de campagne de François Hollande. Il est aussi président du Gart (Groupement des autorités responsables de transports). Aussi, rien de ce qui existe n’a été épargné à notre ville: tramway, vélos partagés, zones de rencontres, autopartage, etc. On a tout l’éventail des possibles à Strasbourg, aussi, voici un petit guide.

En trois ans, Auto’trement a doublé son nombre d’adhérents

La voiture d’abord. Cette voiture que certains écolos diabolisent, quand d’autres proposent d’en circonscrire l’utilisation aux « zones de pertinence » qui sont les siennes, c’est à dire globalement à la grande couronne (communes périphériques de l’agglomération) et aux grands axes urbains (avenue des Vosges, avenue de Colmar, route du Rhin…). Depuis 10 ans, une option s’offre à ceux qui estiment ne plus avoir besoin de leur voiture au quotidien : l’autopartage.

C’est une association, Auto’trement, devenue coopérative d’intérêt collectif, qui développe aujourd’hui un réseau de stations d’autopartage à travers l’agglomération (une trentaine) et plus récemment à travers l’Alsace (10 stations dans des gares de la région). En 2008, 1400 personnes payaient une cotisation, ils sont 2800 en 2012. Jean-Baptiste Schmider, fondateur et directeur, explique l’intérêt du service et ses contraintes:

« L’autopartage tel que nous le proposons est à réserver à un usage « occasionnel du quotidien », du genre : aller acheter un meuble chez Ikéa, manger une tarte flambée dans le Kochersberg, faire une balade dans les Vosges le week-end ou aller faire ses courses à Kehl une fois par semaine. Auto’trement, ce n’est ni pour les trajets domicile-travail, ni pour partir en vacances. Le service n’est rentable que si vous prenez une voiture moins de trois fois par semaine et que vous faites moins de 10 000 kilomètres par an. »

Jean-Baptise Schmider précise par ailleurs que 5 ou 6 stations sont en projet dans la CUS, et notamment à la Meinau et au Neuhof. « Nous avons de la demande dans ces quartiers. Mais nous hésitons encore à y laisser des voitures en stationnement, par peur du vandalisme. » Autre évolution en réflexion : installer des casiers dans les stations, dans les quartiers où de nombreux usagers sont des familles avec enfants, afin d’y entreposer par exemple des sièges-auto. Car jusqu’à présent, « nous en avons quelques-uns dans les voitures, mais c’est pénible à gérer. Certains les enlèvent et les oublient chez eux, d’autres les installent mal, etc. » Plus d’un ménage garde sa voiture personnelle pour les enfants : avoir à installer même une fois par semaine un siège enfant est quand même rasoir.

La plaquette Auto’trement

Outre l’autopartage, c’est le covoiturage qui peut se révéler intéressant dans certaines situations. Une association en fait la promotion, en partenariat avec le site français Covoiturage.fr. Il s’agit de Passe me prendre, monté par Mylène Laroche en 2006. Elle explique:

« Le covoiturage marche bien dans plusieurs cas : pour se rendre ou rentrer d’un festival, pour faire de longs trajets vers d’autres régions ou l’étranger, ou encore pour amener des enfants périodiquement sur le lieu de leurs activités extrascolaires… « Passe me prendre » s’installe régulièrement sur les lieux de festivals, à La Petite-Pierre, au Zénith pour les Artefacts ou au PréO d’Oberhausbergen pour les Nuits européennes. Là, nous mettons en relation les gens qui disposent d’un véhicule et ceux qui ont besoin d’un chauffeur (et qui peuvent, le cas échéant, participer aux frais de ce conducteur). On n’imagine pas le nombre de jeunes qui vont à un concert sans savoir comment il vont rentrer ! Et tous les ans, on sent que ça prend de plus en plus. De même, on fait des opérations en gare, où on discute avec les gens, pour lever des freins – par exemple, ceux qui ont trait à la sécurité ou au savoir-vivre (mauvaise haleine, bavardage intempestif…). Je remarque d’ailleurs que souvent, ce qui fait sauter le pas à un usager, c’est d’abord l’aspect financier, puis le bon sens – être à quatre dans une voiture plutôt que tout seul dans quatre voitures. La dimension écologique ne vient qu’après. »

On peut monter à bord des trams avec son vélo, hors des heures de pointe. (MMo)

A mesure que le tram s’étend, les espaces piétons sont recomposés…

Depuis 1994 et le lancement de la première ligne de tram, c’est ce mode de transport collectif performant (prioritaire aux carrefours dans la CUS) qui a remplacé la voiture pour de nombreux usagers. En parallèle, la surface du secteur piétonnier à Strasbourg a doublé, étendue à chaque mise en service de nouvelles lignes. Un large « plateau piétonnier » existe donc à Strasbourg, en tout cas au centre-ville, qui peut être traversé à pied. Sur ce sujet, la municipalité a par ailleurs travaillé sur un « plan piéton », une première en France. Alain Jund, adjoint Vert au maire en charge de l’urbanisme, en commente quelques grands axes :

« A Strasbourg, 23% des déplacements de moins d’un kilomètre se font encore en voiture. Il y a donc une grande marge de progression pour arriver à convaincre ces usagers de parcourir de courtes distances à pieds. Pour faire baisser ce taux à 10%, notre idée est d’organiser l’espace public en balisant mieux les cheminements pour les piétons – une carte indiquant les « temps piétons » est d’ailleurs en réflexion. Quelques exemples pour rendre la marche attractive : éclairer et nettoyer les tunnels sous l’autoroute, souvent glauques, construire d’ici fin 2013 une passerelle entre le Heyritz et le NHC (Nouvel hôpital civil), redessiner les carrefours, rue du Maire-Kuss notamment, en tenant compte des flux piétonniers… »

La plaquette de présentation du plan piéton 2011-2020

A pieds la nuit, des zones coupe-gorge entre le centre et les quartiers

Rendre attractive la marche dans certaines zones en périphérie du centre-ville, franchement hostiles aux piétons et cyclistes, ne seraient effectivement pas du luxe. C’est ce pour quoi milite Pierre Ozenne, membre d’EcoCité-Strasbourg, de l’Astus (Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise) et militant remuant du collectif pour le tram-fer à Kœnigshoffen. Sur sa pratique :

« A titre personnel, je me déplace à vélo entre mon domicile (entre la route des Romains et la route de Schirmeck) et mon travail, situé à la Krutenau. J’emprunte au choix trois itinéraires : par les quais (le plus rapide), par l’Hôpital civil (le plus bucolique, une ville dans la ville…) ou par le centre-ville (le plus ludique). Mon souci : le franchissement de deux zones, celle du carrefour de la Montagne-Verte et celle du feu devant le collège Pasteur, où l’on doit appuyer sur un bouton pour avoir le vert, ce qui est totalement interdit. Car, que fait-on quand on est manchot ? »

À propos des déplacements à Strasbourg :

« Pour moi, c’est possible de se déplacer de façon écologique à Strasbourg, mais en journée seulement, grâce au réseau de transports collectifs. Parce que la nuit, c’est autre chose : au-delà du centre-ville élargi, impossible de se déplacer sans voiture. Si l’on est à pied ou à vélo, on doit passer par des zones « coupe-gorge ». Et puis tout le monde n’est pas en condition physique pour se déplacer de cette façon. Il n’y a qu’une seule ligne de bus qui relie Illkirch-Graffenstaden, le centre-ville, Schiltigheim et la Robertsau. Donc, quand on vit dans les quartiers ouest (20 000 habitants…), on n’est pas desservi. Ce qu’il faudrait selon moi, c’est mieux répartir les modes de transport sur l’agglomération et ne pas les concentrer que sur les heures de pointes et l’hyper-centre. Il y a des lignes (comme la ligne F du tram – place d’Islande/Elsau) qui ne servent à rien, et des quartiers entiers qui sont mal irrigués (Cronenbourg, Kœnigshoffen, la plupart des communes périurbaines…) ou en tout cas pas tout le temps. »

Les tunnels sous l'A35 : des zones "hostiles" pour les piétons et les cyclistes. (MMo)

688 trains régionaux tous les jours

Le must en termes de transports collectifs, c’est quand les modes de transport se complètent et que le passage de l’un à l’autre n’occasionne pas de perte de temps. C’est le cas pour Grégoire Klotz, 44 ans, qui vit à la Krutenau et travaille depuis 18 ans à Erstein-gare. Il témoigne:

« J’ai 10-15 minutes de vélo entre mon domicile et la gare. Je pose mon vélo en surface (je n’arrive pas suffisamment à l’avance pour l’accrocher en sous-sol…) et je saute dans mon TER, un omnibus qui met 20 minutes entre Strasbourg et Erstein. Une chance : mon entreprise se trouve à trois minutes à pied. Je fais ce trajet quotidien aller-retour depuis une dizaine d’années environ. Avant, j’ai pris ma voiture, puis j’ai fais du co-voiturage avec un collègue. Mais pour moi, l’option vélo-train est tout bénef’ : d’abord pour l’environnement, ensuite pour mon porte-monnaie (ma facture transport est divisée par quatre, je n’ai même plus de voiture), mais aussi pour ma santé. Je fais un peu de sport et je suis moins stressé et fatigué en prenant le train que la voiture. C’est un moment dont je profite pour lire. »

Une chance pour Grégoire, le service qui lui est proposé est optimal. Il reconnait:

« Pour moi qui habite en centre-ville, c’est parfait. Je n’ai même plus besoin de renouveler mon abonnement TER tous les mois, le prélèvement est automatique (42,30€ par mois) et le réabonnement annuel. En plus, les changements d’horaires SNCF de décembre m’ont encore facilité la vie. J’ai même un train en toute fin de soirée, pour les jours où je rentre très tard du travail ! »

Reste que le principal problème du TER est bien les horaires. Pour ceux qui travaillent après 19h, le retour vers le domicile en TER se complique rapidement : plus de cadencement, parfois même la gare n’est plus desservie. Et puis surtout, la fiabilité chancelante du service en hiver ou lors de mouvement sociaux empêche à tous les salariés contraints par des horaires stricts de prendre le train.

Après Vélocation (vélos bleu foncé), c'est le vert des Vélhop qui est repérable en ville... (MMo)

Voiture, tram, train (et pas tram-train !) et vélo bien sûr. Ou plutôt… Vélhop, le service de location de vélos développé par la communauté urbaine depuis un peu moins de deux ans. Si l’on peut imaginer que le système qui a succédé à vélocation connait un relatif succès (qui n’a pas déjà vu ces vélos verts en ville ?), son lancement n’a de loin pas fait le bruit de celui du Vélib parisien. Et pour cause : le concept est un peu plus compliqué.

En effet, les Vélhop ne sont pas tous accessibles en libre-service et, surtout, doivent être ramenés à la station dans laquelle ils ont été empruntés. Explication avancée par la municipalité : un service à moindre coût, en se passant d’opérateur privé. Mais les stations continuent d’ouvrir. Dernière en date, celle de Kœnigshoffen la semaine dernière. A noter que les tarifs Vélhop ont baissé au 1er février 2012, « pour attirer plus d’étudiants, en collant mieux à leurs possibilités financières » et que les abonnés à Badgéo (CTS) peuvent profiter de tarifs préférentiels.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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