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Le site strasbourgeois « Mon Vélo France » est une arnaque
Vie pratique 

Le site strasbourgeois « Mon Vélo France » est une arnaque

par Maud de Carpentier.
Publié le 28 septembre 2022.
Imprimé le 02 décembre 2022 à 05:00
21 739 visites. 4 commentaires.

Le site internet mon-velofrance.com propose à la vente des vélos et des scooters électriques. Soi-disant basé à Strasbourg, le magasin est un faux. Mais l’arnaque, bien réelle.

C’est un site internet d’équipements sportifs comme il en existe des centaines. Tout en haut de la page d’accueil, il est écrit que « Mon vélofrance est le spécialiste dans la distribution de vélos, pièces vélo, pièces VTT, d’accessoires vélo et d’équipement running sur internet ».

On y trouve des vélos électriques dernier cri, pour des prix allant de 410€ pour un VTT de base, à 5 500€ pour un vélo de ville électrique haut de gamme. Avec, à chaque fois, des prix défiant toute concurrence. Ainsi le vélo le plus cher, affiché à 5 500€ est un modèle qui coûte en réalité 8 000€. Une promo alléchante pour un magnifique vélo… Le problème de celui acheté sur mon-velofrance, c’est qu’il n’existe pas.

Deux fausses adresses à Strasbourg

Lorsqu’on clique sur l’onglet « nous contacter », le site assure être la vitrine numérique d’un magasin qui existerait à Strasbourg. Son adresse : 9 rue de la Brigade Alsace-Lorraine, dans le quartier de la Krutenau. Mais sur place : aucune trace d’un magasin de vélo qui s’appellerait « Mon vélo France ».

À la place, il y a la porte cochère d’un bel immeuble d’habitations, avec différentes plaques : celles de deux podologues, un garage et un cabinet médical. Aux numéros voisins, une agence immobilière et un magasin de prêt-à-porter pour hommes.

Quand on cherche ensuite sur Google maps si le magasin est référencé, c’est une autre adresse qui apparaît : le 36 rue de la Brigade Alsace-Lorraine. Un numéro qui n’existe pas dans cette rue strasbourgeoise.

Un vrai numéro d’entreprise… à Six-Fours dans le Var

Lorsqu’on tente ensuite une vérification de l’existence de cette entreprise, on trouve sur la page « mentions légales » du site :

« Bienvenue sur le site Internet www.mon-velofrance.com réalisé et édité par Cycle et Volt au capital social de 107 300,00 €, dont le siège social est situé au (…) 83 140 Six-Fours-les-Plages, France, inscrite au RCS Toulon (…). »

Sur la page « Qui sommes nous », du site « Mon Vélo France », un site d’arnaques. Le montage photo est assez évident, mais certains internautes n’y prêtent pas attention (capture d’écran).

Sur le site Societe.com, le numéro SIREN de l’entreprise renvoie bien à une société nommée « Cycle et Volt », dont le gérant serait Franck Rinaudo. Contacté, le gérant de Cycle et Volt – dont le magasin existe, et qui est bien basé à Six-Fours, explique :

« Depuis un an, je reçois des appels quotidiens de clients qui se sont fait arnaquer par ce site, et qui remontent jusqu’à moi. J’ai porté plainte deux fois pour usurpation de numéro de société. Evidemment je n’ai aucun rapport avec cette soi-disant entreprise, qui est un fake. Tout est faux. Il n’y a qu’à voir les promos qu’ils font, pour les produits qu’ils proposent, c’est juste impensable. »

Faux site, vraies victimes

Si le site est une arnaque, les victimes de ces escroqueries, elles, sont bien réelles. Il suffit – là encore – de chercher quelques minutes sur internet pour trouver les dizaines de témoignages de personnes qui se sont fait avoir.

Sur le site signal-arnaque, qui recense près de 330 000 arnaques relevées par des internautes francophones, les témoignages sur « Mon Vélo France » sont nombreux (une vingtaine), comme celui de « JMC », posté en juin 2022 :

« Je pense être aussi victime de cette arnaque. Commande de batterie BOSCH à 489€ passée le 2 juin 2022. Payé par prélèvement (…). Un mois après, toujours pas de nouvelles. J’ai déposé plainte en ligne sur le site de la fraude sur internet. »

Le site propose toujours des promos alléchantes, comme ce vélo censé coûter 2 499€, au prix de 1 599€ sur « Mon Vélo France » / capture d’écran.

Au téléphone, un interlocuteur un peu gêné… qui finit par raccrocher

Sur le site « Mon Velo France », on trouve deux numéro de téléphones portables, présentés comme « téléphone du magasin ». Après plusieurs tentatives infructueuses et un message laissé sur le tchat du site, l’un des numéros a rappelé la rédaction.

Il s’agit d’un certain « Franck Lambert », qui parle dans un français impeccable avec un accent africain. La qualité de la ligne est mauvaise. Nous l’interrogeons immédiatement sur la localisation de son magasin, introuvable à Strasbourg : « C’est notre entrepôt de stockage, ce n’est pas un magasin », explique l’homme au téléphone. Et le numéro 36 inexistant ? « Nous n’avons jamais été au 36, nous sommes au 9, c’est tout ».

Interrogé sur les nombreux clients qui font état d’arnaques et de vélos, commandés et payés mais jamais reçus, « Franck Lambert » répond très calmement :

« Vous savez, ça c’est la concurrence. Il y a beaucoup de concurrents dans le secteur du vélo sur internet, et ils font croire aux arnaques. »

Notre interlocuteur semble avoir réponse à tout. Jusqu’à un certain point :

– « Et votre numéro de Siret ? Il ne correspond pas à votre société, pourquoi ?
– C’est parce que notre société est enregistrée au Royaume-Uni.
– Mais vous, vous êtes basé à Strasbourg ? Quelque part en France ? »

Franck Lambert, ou qui que ce soit, raccroche. Il ne répondra plus.

Plusieurs plaintes, des signalements et un site qui continue de prospérer

Sur internet, les victimes s’interrogent. Comment une telle arnaque peut-elle subsister, malgré les nombreuses plaintes et les signalements faits auprès de la plateforme Pharos (Portail officiel de signalement des contenus illicites de l’Internet) ? Franck Rinaudo – le vrai gérant de la société prête-nom – semble désabusé :

« Je suis allé deux fois au commissariat, j’ai fait un signalement à Google, j’ai fait un signalement sur la plateforme en ligne… Je ne sais plus quoi faire. Les gens que j’ai au téléphone se retournent même contre moi, mais moi je n’y peux rien ! »

Franck Rinaudo raconte d’ailleurs qu’il s’agit de la troisième fausse entreprise rattachée à la sienne. « Ils avaient créé des noms de site toujours un peu semblables, avec France et Vélo dedans. » Avant de conclure, dépité : « De toute façon, le jour où la police fermera le site, ces escrocs en ouvriront un autre. »

L'AUTEUR
Maud de Carpentier
Maud de Carpentier
Diplômée à Lille en 2012, journaliste radio à Paris et Marseille, à Strasbourg depuis 2020 pour réaliser des enquêtes au long cours.

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