Sous-louer ou échanger son appart, le bon plan qui fait grincer des dents
Société 

Sous-louer ou échanger son appart, le bon plan qui fait grincer des dents

actualisé le 19/11/2012 à 15h16

Sous-louer son appart, une façon de financer une partie de ses vacances ailleurs (Photo MM)

A l’approche du marché de Noël, les hôtels et les gîtes affichent souvent complet. Des touristes se pressent sur les sites d’échanges d’appartements ou de sous-locations pour dénicher un toit à petits prix sous lequel passer leur court séjour. Ce système D fait de plus en plus d’adeptes, notamment parmi les propriétaires qui peuvent ainsi rentabiliser quelques semaines, à condition d’avoir confiance. Les professionnels de l’hôtellerie s’inquiètent.

Depuis une quinzaine d’années, les sites qui proposent de la location de courts séjours, des chambres chez l’habitant ou de l’échange de maison fleurissent sur le net. Autant de systèmes alternatifs pour se loger pas cher, en vacances ou de façon provisoire. A Strasbourg, la demande en logements de courte durée explose pendant le mois de décembre, alors que les marchés de Noël brassent deux millions de visiteurs en cinq semaines. C’est ce que confirme Julien Delon, patron de la start-up franco-française Sejourning, lancée à Paris il y a un an, encore nouveau sur le marché strasbourgeois :

« Grâce à nos outils statistiques, on sait que la demande à Strasbourg est forte pour décembre. On a eu déjà beaucoup d’appels téléphoniques de gens qui recherchent des logements et nous avons rentré une vingtaine d’offres de studios et de deux-pièces la semaine dernière. Mais nous n’avons jamais assez d’appartements… »

Sur le profil des loueurs et les modalités de sous-locations, Julien Delon embraie :

« Les gens qui louent sont soit en couple mais ne vivent pas encore ensemble. Ils peuvent donc aller chez l’un ou chez l’autre pendant que l’appartement est loué. Souvent sans enfant, ils sont étudiants et partent en Erasmus. Ils sous-louent alors leur logement pendant quelques mois. Les deux conditions sont d’obtenir l’autorisation écrite de son propriétaire et de sous-louer moins cher que ce qu’on paye soi. »

Comme d’autres sites, Sejourning se rémunère à hauteur de 16% sur la transaction entre les parties, 4% côté loueur, 12% côté locataire. Sur une location de deux nuits d’un appartement à 50€ par nuit, le locataire paiera donc 112€, alors que le loueur percevra 96€. Dans les 16€ touchés par le site sont compris la TVA, l’assurance multirisques, la transaction bancaire, les services (contrats de location, factures, lettre type à envoyer à son propriétaire avant de sous-louer…), etc. Sur les sites d’échanges comme Trocmaison, c’est par le biais d’une cotisation annuelle de l’usager (un peu moins de 100€ pour 12 mois) que se rétribuent les professionnels.

Article de la loi sur la Sous-Location (cliquer pour accéder au texte)

Il y a la location ou la sous-location entre particuliers, avec paiements (l’assurance à souscrire, les revenus à déclarer…), et il y a l’échange d’appartements entre deux parties qui communiquent en direct, et qui chacune, ne paie qu’un abonnement annuel au site d’échange, comme sur TrocMaison (environ 100€), version française de HomeExchange. Alexandra Origet, qui dirige l’antenne française de cette entreprise américaine, n°1 pour l’échange de maisons dans le monde, conseille aux Strasbourgeois de profiter de l’engouement des marchés de Noël pour voyager à moindre frais :

« Pour un peu plus de 100 annonces dans la région de Strasbourg, 1 830 membres de HomeExchange dans le monde souhaitent se rendre à Strasbourg, principalement en décembre ! Les offres viennent de partout en France, mais aussi de Buenos Aires, Lisbonne, Amsterdam, Abu Dhabi, Londres, Rome… De toute évidence, les marchés de Noël provoquent un intérêt bien supérieur à l’offre, ce qui signifie que les Strasbourgeois bénéficient d’un véritable « tapis rouge » pour se rendre dans le lieu de leur choix, partout dans le monde. »

« Comme à la maison » et moins cher qu’un hôtel

Qu’il s’agisse d’un échange ou d’une location, l’intérêt de ce type d’hébergement de vacances, c’est de se retrouver un peu « comme à la maison », pour un tarif inférieur ou égal à celui d’un mode d’hébergement classique. C’est en tout cas ce que pense Aude L., cadre de 35 ans et mère de deux jeunes enfants, adepte de la location chez l’habitant. Parisienne puis Strasbourgeoise, elle est une habituée du site HomeLidays. Habitant l’Alsace, elle loue habituellement à Paris pour de courts séjours, mais aussi dans les Vosges ou, pour des vacances plus longues, en Bretagne par exemple. Elle explique son choix :

« Même si parfois, nous nous retrouvons dans une résidence secondaire ou un appartement meublé pour de la location, je préfère quand nous arrivons dans une habitation principale. C’est décoré, plus chaleureux, il y a un peu d’épicerie dans les placards et surtout, quand une famille vit là, il y a des jouets à disposition, voire une poussette. C’est très confortable pour nous : les enfants ont de la place, nous ne sommes pas entassés à quatre dans une chambre d’hôtel qui nous coûterait aussi cher. Nous pouvons manger sur place, par la peine d’aller tout le temps au restaurant. On peut inviter nos amis pour un brunch ou un dîner…C’est très souple.

En plus, j’aime découvrir un univers nouveau. Certains appartements sont stupéfiants. Parfois, c’est plus banal, mais nous n’avons jamais eu de mauvaise surprise. Ce qui me plaît aussi, c’est d’imaginer la vie des gens qui habitent là. Maintenant que je suis propriétaire d’une maison à Strasbourg, j’envisage de faire de l’échange, même si c’est beaucoup de contraintes (mettre les papiers et les choses de valeur sous clé, faire de la place dans les placards, tout nettoyer…) et que je n’en ai pas besoin pour payer mes vacances… »

La confiance règne… ou pas

Selon un patron de site internet, les Français sont plutôt méfiants. Pour ne prendre aucun risque, côté loueur, il est important certes de mettre ses biens de valeur sous clé, mais aussi de prévenir son assurance habitation. « Une formalité à un coût très bas », assure Philippe de Rouvillier, patron de Chambre à louer. Le même précise que, tant que l’occupation est ponctuelle, le contrat de bail écrit n’est pas nécessaire. « Ce n’est obligatoire que lorsque c’est la résidence principale du locataire », ajoute-t-il. Côté locataire, l’arnaque n°1 à éviter, c’est le mandat cash à envoyer à un supposé propriétaire, qui en fin de compte n’existe pas, et les offres un peu trop belles. Au hasard : un week-end dans un cinq-pièces place de la République à… 30€.

La confiance, c’est ce qu’a perdu Kamal Messaoudi, propriétaire d’un 17 mètres carrés place de la Cathédrale. Depuis un mois, ce Strasbourgeois, qui a acheté ce studio il y a 5 ans pour faire de l’investissement, teste la location de vacances (70€ la nuit). Il explique :

« Sur 5 ans, j’ai eu quatre locataires, que des étudiants. J’ai eu des soucis d’impayés de loyer et des dégradations. Je me suis dit, si je remets à neuf, autant tenter la location de courte durée. Je compte profiter du marché de Noël pour engranger deux ou trois mois de remboursement de crédit, et ensuite je verrai si je continue ou pas…

J’ai déjà reçu une centaine de coups de fil. J’aurais pu louer plusieurs dizaines de studios rien que sur les deux premiers week-ends de décembre ! J’ai déjà deux semaines de prises. Bien sûr, ça va me demander du boulot, il faut accueillir les gens tous les deux jours et faire le ménage… »

Le coup de gueule de l’hôtellerie

Ces contraintes, ce sont celles de l’hôtellerie. Sauf que la branche, elle, doit en plus payer des taxes, des impôts sur les sociétés, etc. Cette « concurrence déloyale » fait donc grincer quelques dents. Patrick Diebold, responsable hôtellerie du groupement des hôteliers-restaurateurs du Bas-Rhin, s’agace :

« Pour le moment, la législation n’interdit pas ce type de pratiques. On est obligé d’accepter cette concurrence déloyale, mais selon moi, ça ne durera pas ! On est en France, ces gens vont bien finir par devoir payer des taxes… Et puis, en tant que client, quelle garantie de qualité j’ai en arrivant chez quelqu’un ? Et cette personne qui encaisse va payer des charges ? Sans doute pas ! ce qui me gêne, c’est le côté sauvage… »

Et vous, Buenos Aires ou Londres cet hiver ?

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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